[CRITIQUE] : Mare

Par Fuckcinephiles

Réalisatrice : Andrea Štaka
Acteurs : Marija Skaricic, Goran Navojec, Matrusz Kosciukiewicz,...
Distributeur : -
Budget : -
Genre : Drame.
Nationalité : Croate, Suisse.
Durée : 1h24min.
Synopsis :
Croatie. Mare n'a jamais pris l'avion, bien qu'elle habite juste à côté de l'aéroport avec son mari et leurs trois enfants. Elle aime sa famille et bien prend soin d'eux. Mais Mare se sent parfois comme une étrangère dans sa propre maison. Un ouvrier polonais va chambouler son univers...


Critique :

Portrait intime d'une femme d'âge moyen découvrant une sorte de libération à son quotidien insatisfaisant, dans une liaison extraconjugale torride et tendre, #Mare, louable dans sa retenue mais frustrant dans son ambivalence constante, est trop convenu pour totalement divertir. pic.twitter.com/XT5KQYmt1E

- Fucking Cinephiles (@FuckCinephiles) April 5, 2021

Portrait intime de l'insatisfaction féminine à la quarantaine, aux tropes universels sur les questions de classe et de conscience sociale, le troisième long-métrage (après Cure et Fraulein) de la réalisatrice Andrea Štaka, Mare, ne pète pas forcément la soie de l'originalité, une vérité dont la cinéaste semble toute fois parfaitement consciente, tant elle laisse planer une sorte de déséquilibre aussi séduisant qu'il peut paraître parfois éreintant tant l'histoire semble avoir vu mille fois ailleurs - et souvent en mieux.
Jouant sur le contraste inhérent au quotidien la tranche populaire de la Croatie - et ici de la capitale, Dubrovnik -, engoncé dans des quartiers étroits et proscrits tout en étant flanqué juste à côté d'un portail ouvert vers le vaste monde - l'aéroport -, Mare est autant authentiquement enraciné dans son cadre restrictif que son histoire est trop prudemment contrainte par les limites de son écriture.
Un parallèle volontaire - ou pas - qui désarçonne autant qu'il sert en partie son propos, en l'embaumant d'un véritable sentiment de claustrophobie qui dépasse les limites de l'écran.
Mare (superbe Marija Skaricic, qui a également joué dans les deux films précédents de Štaka) est autant la mère dévouée, discrète et aimante d'un ado troublant et de deux jeunes enfants, que l'épouse considérée comme acquise d'un employé de l'aéroport, Djuro.
Un homme bourru qui, comme beaucoup d'hommes de la région, est férocement marqué par les souvenirs des nombreux guerres balkaniques dans lesquelles il a combattu, autant que par les traditions ancestrales et archaïques qui dominent ces régions du globe (sa femme ne doit pas aller travailler, donc ils vivent tous avec le maigre salaire du mari, dans une maison qui n'est pas la leur et dont ils peuvent être virés à tout moment).
Dans ce quotidien prosaïque fait de ménages, de courses ou encore de préparations des dîners, Mare, comme beaucoup de femmes dans sa situation, est à la fois essentielle au bien-être physique et émotionnel de sa famille et totalement invisible pour elle, au point même qu'elle ne considère pas qu'elle ait besoin d'une quelconque intimité.
À sa grande surprise et avec un peu d'hésitation, elle se lance alors à corps perdu dans une liaison à la fois torride et tendre avec son nouveau voisin polonais Piotr, une relation mâtinée d'excitation et de culpabilité qui va lui permettre de voir la vie sous un oeil différent, et commencer enfin à penser un peu à elle...
Si toutes les étapes sont cochées avec minutie, ce voyage cathartique d'une femme d'âge moyen découvrant une sorte de libération dans une liaison extraconjugale n'en reste pas furieusement convenu et commun, d'autant plus que l'écriture, louable dans sa retenue mais frustrante dans son ambivalence constante (démontrant quelle ne sait absolument pas sur quel pied danser), est beaucoup trop familière et moins excentrique dans son portrait de femme qui se réveille de son coma émotionnel, qu'avait pu l'être les précédents efforts de la cinéaste.
Un récit hésitant donc, qui ne rend jamais justice à l'alchimie sincère entre Štaka et son actrice vedette (elles retranscrivent ensemble, parfaitement l'état dans lequel on peut être lorsque l'on n'est pas mécontent de sa vie, mais pas vraiment heureux non plus), mais qui aurait mérité d'être plus volontaire et maîtrisé pour un tant soit peu marquer...
Jonathan Chevrier