[CRITIQUE] : The Dig

Par Fuckcinephiles

Réalisateur : Simon Stone
Avec : Carey Mulligan, Ralph Fiennes, Lily James, Asher Ali, Ben Chaplin, Ken Scott,...
Distributeur : Netflix France
Budget : -
Genre : Drame, Historique.
Nationalité : Britannique.
Durée : 1h52min.
Synopsis :
Une riche veuve engage un archéologue amateur pour exhumer une sépulture dans sa propriété. Ils découvrent alors un ancien navire funéraire saxon et son trésor qui pourrait bouleverser l’histoire de l’humanité. Ensemble, ils doivent se serrer les coudes face au British Museum qui entend bien s’emparer du vaisseau en prétendant l’avoir découvert …
D’après le roman de John Preston.


Critique :

Avec ses douces courbes cotonneuses d'odyssée britannique un poil académique, #TheDig est une sorte d'artefact croqué par feu Anthony Minghella, un beau drame contemplatif et mélancolique qui se débat joliment pour ne pas tomber dans les pièges habituels des récits historiques. pic.twitter.com/cpBzrIDbOT

— FuckingCinephiles (@FuckCinephiles) January 30, 2021

Avec ses douces allures cotonneuses de drame britannique gentiment académique, The Dig ressemblait sur le papier et pour faire sens à son propos, à une sorte d'artefact minutieusement fabriqué par feu Anthony Minghella - voire Terrence Malick -, que les millions (pour une fois bien usé) de Netflix aurait déterré du coeur des 90s, pour en faire la petite pépite d'or d'un début d'année ciné 2021 qui en a cruellement besoin.
À l'écran, le second long-métrage de Simon Stone - adapté du roman éponyme de John Preston - confirme magnifiquement cette impression, véritable pièce de théâtre à ciel ouvert profondément contemplative et mélancolique, qui se débat admirablement pour ne jamais tomber dans la majorité des pièges habituels des récits historiques.

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Chronique symbolique sur une découverte historique se situant elle-même sur une chronologie mémorable de l'histoire britannique (l'été 1939, soit au bord du précipice de leur engagement dans la Seconde Guerre mondiale en septembre de la même année), ou le triomphe n'est pas tant de trouver des vestiges séculaires d'une civilisation passée enterré dans les terres de Sutton Hoo (qui s'avérera in fine un navire qui finirait par fournir une compréhension plus profonde de la sophistication du début de l'histoire anglo-saxonne, quelques années plus tard), que de s'offrir modestement une ultime bouffée d'air frais avant que quelque chose de terrible se profile à l'horizon; The Dig s'attache à Edith Pretty, propriétaire foncière et riche veuve de Sutton Hoo, mère d'un fils pré-adolescent et un peu archéologue amateur sur les bords, qui a une intuition sur l'un des monticules de sa propriété.
L'homme qu'elle choisit pour fouiller le terrain est Basil Brown, un excavateur local pour un musée provincial, un archéologue brillant et un expert dans sa région, mais dont l'éducation formelle (couplé à son statut social inférieur) et son comportement peu orthodoxe font qu'il n'est pas vraiment pris au sérieux par beaucoup.
Basil établit cependant un lien vibrant avec Edith, qui avait acheté les terres avec son mari pour explorer les monticules ensemble, mais le projet a sévèrement déraillé suite à sa mort prématurée et elle et son fils, Robert sont déterminés à finir le travail, même avec la guerre imminente et un pays ayant résolument la tête ailleurs.
Lorsqu'ils réalisent que ce qui se trouve sous les monticules est en fait plus important que de potentielles tombes vikings, les grands musées et archéologues importants trouvent soudainement le temps et les ressources pour contribuer aux fouilles; ajoutant à la marmitte une pluie de nouvelles têtes, du cousin d'Edith, Rory, qui s'est enrôlé dans l'armée de l'air, aux archéologues graichement mariés Stuart et Peggy Piggott.

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Film sur le temps ou le plus grand ennemi est le temps lui-même, jamais trop alourdit par ses origines romanesques (les luttes relationnelles des personnes impliquées sont tout aussi bouleversantes les unes que les autres, même si elles se trouvent dans l'ombre de l'or qu'elles déterrent), The Dig exprime avec délicatesse et sagesse combien la vie se répète sous le poids écrasant du passé, à quel point l'enterrement n'est pas plus éternel que la mort mais comme un long sommeil (1500 ans après l'inhumation d'un roi sans nom lui redonne une vie éblouissante), ou même à quel point contre toutes attentes, nous sommes tous similaires face à la dureté de la vie et du temps qui passe.
Examinant avec mélancolie notre propre emprunte éphémère à la lumière des traces que nous laissons derrière nous, le film tisse tout autant les liens poignants d'une romance provincial aussi douce que contemplative, sur deux âmes endurant leurs propres batailles physiques et émotionnelles intimes (ils apparaissent souvent comme des ombres noires, presque hors de la vie, que ce soit elle contre un mur tapissé de sa vieille maison élégante ou lui plaqué contre le ciel), et dont les longues conversations sur l'idée de posséder l'histoire et sur qui a le droit de revendiquer le mérite de sa découverte, ne concerne pas tant une recherche de la vérité qu'une envie d'en savoir plus sur qui est réellement l'autre.

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Que ce soit dans ce doux parfum de romance, son douloureux souvenir d'un être cher disparu ou la menace terrifiante et envahissante d'une nation prête au conflit, The Dig distille un vertige doux-amère et presque hors du temps (alors qu'il est historiquement très marqué, la photographie de Mike Eley baigne le métrage dans une lumière automnale semblant tout droit d'un songe) qui embaume les rétines et les coeurs, pour ne plus jamais nous lâcher.
Un poème intense et poignant à la beauté irradiante, incarné à la perfection par un trio Mulligan/Fiennes/James, et mis en scène avec virtuosité par un Stone rompant constamment la fausse redondance de son action.
Une (très) belle réussite, rien de moins.
Jonathan Chevrier