[SƎANCES FANTASTIQUES] : #19. Vacancy

Par Fuckcinephiles

Copyright Sony Pictures Releasing France


Parce que les (géniales) sections #TouchePasAMes80s et #TouchePasNonPlusAMes90s, sont un peu trop restreintes pour laisser exploser notre amour du cinéma de genre, la Fucking Team se lance dans une nouvelle aventure : #SectionsFantastiques, ou l'on pourra autant traiter des chefs-d'oeuvre de la Hammer, que des pépites cinéma bis transalpin en passant par les slashers des 70's/80's; mais surtout montrer un brin, la richesse d'un cinéma fantastique aussi riche qu'il est passionnant à décortiquer. Bref, veillez à ce que les lumières soient éteintes, qu'un monstre soit bien caché sous vos fauteuils/lits et laissez-vous embarquer par la lecture nos billets !


#19. Motel de Nimrod Antal (2007)
Avant de venir ajouter à son tour, son petit crachat sur le cercueil en colza d'une franchise Predator qui n'aurait jamais vraiment dû quitter les 90's, le talentueux cinéaste hongrois Nimrod Antal, découvert avec le nerveux et expérimental Kontrol, avait réussi à booster une fin des années 2000 ou le cinéma de genre semblait à nouveau user via sa laborieuse méthode de franchisation à outrance, avec une petite bombe : Motel, B movie racé, hargneux et modeste comme on les aime.
Renouant avec la nostalgie des bandes tendues made in 60's, ou la magie ne résidait pas dans une accumulation d'effets de manches ou d'un gore craspec, mais bien dans une maîtrise rigoureuse d'un pitch accrocheur verrouillé à la virgule près, et une dévotion entière à la notion de suspens pure et viscérale, pour mieux capter l'attention de son auditoire, et encore mieux le hanter dès le générique de fin enclenché.

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Passé ce qui est, sans forcer, l'un des génériques d'ouverture les plus originaux de sa décennie, le script robuste et épuré (85min au compteur, pas un pet de gras supplémentaire) de Mark L. Smith va constamment à l'essentiel, et s'articule autour de la nuit cauchemardesque d'un couple au bord de la rupture à la suite d'un drame insurmontable (la mort de leur enfant), et qui a le malheur d'échouer une nuit dans un motel isolé, tenu par un propriétaire cinéphile, aux goûts gentiment extrêmes...
Pur modèle d'efficacité brute ne tombant jamais dans la facilité de la violence graphique et putassière (alors qu'il se permet quelques écarts snuffs vraiment dark), réservant en son sein suffisamment de rebondissements et de moments de flippes pour tenir en haleine (quelques séquences bien remuantes, que tout claustrophobe qui se respecte sentira bien passé), Vacancy dépasse tout du long son statut de Psychose-like pour incarner un thriller féroce et véloce, totalement vissé sur des personnages furieusement empathique dans leurs imperfections.
Porté par des dialogues du tonnerre, ou chaque phrase lancée par le couple Kate Beckinsale/Luke Wilson (deux talents trop souvent sous-utilisés, à l'alchimie incroyable) sont des flèches décochées pour faire mal, les deux héros dénotent des jeunes adultes " ultrabrite " communs aux genres - et souvent décérébrés -, en tant qu'adultes bousillés par la vie, incapable de se dire qu'ils s'aiment et qu'ils ont besoin l'un de l'autre (Antal ayant l'intelligence de les cadrer séparément, pour mieux les réunir par la force des choses, face à leurs agresseurs), mais qui, in fine, vont entrevoir un avenir commun dans leur quête/espoir de survie.

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Constamment à l'affût, avec une gestion de l'espace proprement indécente (il utilise le moindre recoin de son cadre resserré - la chambre d'un motel, la réception et l'espace entre les deux -, pour capter chaque plan accrocheur), certes pas dénué de quelques scories un brin dommageable (un happy end qui fracasse un brin sa noirceur, l'usage léger du snuff movie avec les meurtres filmés hors-champ), Motel est un modèle de thriller à l'ancienne, nerveux et jouissif, dont la simplicité apparente (loin d'être un défaut en soi, et encore moins ici) n'a d'égale que son ultra-efficacité.
Il n'en faut pas forcément plus, pour incarner un excellent film de genre...
Jonathan Chevrier