« Le Diable, Tout le Temps », une fresque sombre et ambitieuse

« Le Diable, Tout le Temps », une fresque sombre et ambitieuse

Synopsis : " Knockemstiff, Ohio. Face à sa femme mourante, un homme désespéré, Willard Russell, tente le tout pour le tout. Il se tourne vers la religion. Ses prières vont petit à petit s'apparenter à des sacrifices dont Arvin, le fils du couple, pourrait être l'offrande ultime... "

Les lumières de la salle de cinéma s'allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position "je m'installe comme à la maison" ce n'est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique...

Nouveau gros film estampillé Netflix de l'année, après Je Veux Juste en Finir de Charlie Kauffman et avant le très attendu Mank de David Fincher, Le Diable, Tout le Temps est le quatrième long-métrage du cinéaste Antonio Campos, jeune réalisateur plus connu pour sa réalisation de séries Netflix tels que The Sinner et Marvel's The Punisher. Adaptation du roman éponyme de Donald Ray Pollock, également narrateur dans le film, " Le Diable, Tout le Temps " est un récit choral se déroulant dans le fin fond de l'Ohio, dans la ville de Knockemstiff, où l'on suit une multitude de personnages dont les destins et les choix s'articulent autour du personnage d'Arvin ( Tom Holland, incroyable). Un jeune orphelin, fils d'un ancien soldat ayant combattu durant la Seconde Guerre Mondiale, qui se retrouve à la croisée des chemins, entre le bien et le mal, entre Dieu et le Diable.

Dès les premières minutes du long métrage, le cinéaste Antonio Campos pose le ton. Une atmosphère poisseuse à souhait, une photographie avec un grain pelliculaire crasseux, des êtres désabusés qui s'en remettent aux discours des prédicateurs fous de leur paroisse, dans une Amérique profonde qui ne jure que par la religion chrétienne. " Le Diable, Tout le Temps " déploie des personnages plus horribles les uns que les autres, et une ambiance sombre et crépusculaire où le cinéaste porte un regard sinistre et glauque sur cette Amérique de laissés-pour-compte, qui résonne avec l'ère Trump actuelle.

À l'image du roman noir dont il s'inspire, œuvre elle-même très référencée par rapport à toute une mythologie du film noir, " Le Diable, Tout le Temps " développe un récit choral avec une structure narrative éclatée, qui opère sans cesse des allers-retours entre le passé et le présent. Une histoire qui jongle entre la Seconde Guerre Mondiale et la Guerre du Vietnam, où plusieurs personnages, aux destinés différentes, se rencontrent autour d'un élément. En l'occurrence, il s'agit du personnage d'Arvin, dont l'innocence va être pervertie par ces personnages qui vont le pousser à emprunter la voie de la violence, et donc du Diable.

Et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il y a un vrai plaisir à voir les histoires de ces personnages se déployer dans un récit plus grand qu'eux. Un récit qui se déroule sur plusieurs années, où les choix de chacun auront un impact sur le tableau d'ensemble. Une structure narrative très ambitieuse, pour une forme soignée et ludique, mais qui pêche par moments dans son ambition de grande fresque du film noir. Si l'idée d'une voix off omniprésente dans le récit a quelque chose de très beau sur le papier, notamment dans sa volonté d'établir une filiation avec l'œuvre d'origine (ainsi qu'avec tout un panthéon du roman noir), cela entraîne à l'écran une certaine lourdeur indigeste dans le récit. Surtout quand le narrateur du film, interprété par Donald Ray Pollock lui-même, annonce certains événements du récit au risque d'en réduire l'impact. Ou de surligner certaines actions des personnages pour justifier la cohérence du récit.

Hormis l'omniprésence de cette voix off qui s'avère plus indigeste à l'écran que sur la belle idée du papier, " Le Diable, Tout le Temps " est un vrai plaisir de polar noir, porté par un énorme casting, où le cinéaste met en valeur tous ses acteurs qui brillent dans le moindre second rôle. Bill Skarsgard en ex-soldat chrétien et traumatisé, Harry Melling en prédicateur fou, Sebastian Stan en Shérif corrompu, Jason Clarke et Riley Keough en couple de tueurs en série pathétiques. S'il y a un vrai plaisir communicatif à voir l'excellent Robert Pattinson cabotiné en diable déguisé en pasteur, c'est sans aucun doute Tom Holland qui brille au-dessus de ce casting prestigieux, dans ce qui apparaît comme son meilleur rôle à ce jour. Le cinéaste a eu une idée vraiment brillante en prenant l'interprète du jeune Peter Parker, aka Spider-Man, pour en faire ressortir une noirceur inouïe et inimaginable sous son air juvénile. D'une sobriété et d'une justesse impressionnante, l'acteur écrase le reste du casting avec aisance dans ce qui ressemble à une véritable confirmation de son talent, déjà aperçu dans The Impossible de J.A. Bayona ou encore dans The Lost City of Z de James Gray.

Si le récit choral peine par moments dans sa pure ambition de grande fresque noire démesurée (on est loin d'un Magnolia), " Le Diable, Tout le Temps " n'en reste pas moins un polar sombre d'une violence inouïe, qui dresse le portrait d'une Amérique profonde, glauque et poisseuse, aux personnages plus horribles les uns que les autres, porté par une mise en scène soignée et un casting d'acteurs dingues.

Disponible depuis le 16 septembre 2020 sur Netflix.

" Avec sa multitude de personnages plus horribles les uns que les autres, son ambiance poisseuse et sa violence inouïe, Le Diable, Tout le Temps est un polar sombre, d'une cruauté et d'une noirceur impitoyable, porté par un casting d'acteurs démentiels, autour d'un Tom Holland brillant. Jouissif. "

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