[Venise 2020] “Und morgen die ganze welt” de Julia von Heinz

Deutschland. Dachau. Am Set von Und morgen die ganze Welt. Foto: Oliver Wolff[Compétition Officielle]

De quoi ça parle ?

De jeunes militants d’extrême-gauche allemands qui se demandent quel est le meilleur moyen de lutter contre la montée des mouvements fascistes et néo-nazis. Manifester pacifiquement ou soigner le mal par le mal?

Pourquoi on trouve le film un peu gauche ?

La première heure est plutôt bien menée. Caméra à l’épaule, la cinéaste nous entraîne dans les pas de Luisa, une jeune allemande de vingt ans qui a envie de se battre pour ses idéaux de gauche.
Elle rejoint son amie et amante Batte dans un collectif qui squatte un entrepôt désaffecté. Le groupe veut y créer une sorte de soupe populaire vegan et y implanter la base où se préparent leurs manifestations, notamment celles contre les mouvements néo-nazis.
Luisa est vite fascinée par le duo formé par Alfa et Lenor, qui prônent des actions plus violentes pour lutter contre les factions d’extrême-droite, qui, portées par la montée des partis nationalistes et fascistes un peu partout en Europe, se livrent à de violentes “ratonnades” contre des migrants. La jeune étudiante en droit, révoltée et désireuse de trouver sa place dans le combat, va aller plus loin dans les actions coup de poing, se mettant en danger et provoquant un schisme idéologique au sein du collectif.

Cette première partie met en place des thématiques potentiellement passionnantes : Comment lutter efficacement contre les idéologues haineuses ? Comment rester fidèle à ses principes, plutôt non-violents et humanistes, face à la brutalité et la barbarie ? Et si l’on cède à la violence, vaut-on mieux, finalement, que ceux que l’on combat?
A travers l’évolution de Luisa, la cinéaste interroge aussi sur la mécanique de la radicalisation, assez similaire à celle des individus dans les groupuscules fascistes ou dans les mouvements islamistes. L’engrenage est assez similaire, même si les motivations sont évidemment totalement différentes. Les individus radicalisés se laissent toujours aveugler par leur haine de l’Autre, se focalisant sur ce qui les différencie plutôt que sur ce qui les rapprochent.

Le problème, c’est que la seconde moitié du film patine un peu. Le rythme mollit, la mise en scène se fait plus banale, le personnage principal moins attachant. On s’ennuie ferme, même quand la tension est censée monter. Quant aux intéressantes questions soulevées par le film, la cinéaste les balaie d’un revers de la main avec sa scène finale, au message assez douteux.

Sur un thème similaire, on peut préférer des oeuvres comme Nocturama de Bertrand Bonello ou Night moves de Kelly Reichardt, infiniment plus puissants et fins.

Prix potentiels

On ne voit pas le film au palmarès, à moins que Cate Blanchett ait eu une adolescence rebelle et militante.
Ou peut être un Lion du Futur pour l’actrice Mala Emde, même si on ne milite pas pour…

Autres avis sur le film

”Proceeding along its stealthy course, Von Heinz’s tense, well-textured film treads a chilly, liminal country.”
(Xan Brooks – The Guardian)

”Après les Tontons Flingueurs, les Teutons Flingués”
(Des cinéphiles français, au bar, après la séance. C’est gratuit, mais drôle…)

”And Tomorrow the Entire World is a great film! Political and a reminder that people worldwide are in a posture of resistance.”
(@CHICAontheGO sur Twitter)

Crédits photos : Seven Elephants / Oliver Wolff


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