J'accuse

Un grand merci à Gaumont pour m’avoir permis de découvrir et de chroniquer le blu-ray du film « J’accuse » de Roman Polanski.

J_accuse

« Il ne s’agit pas que de ma vie. Mais de mon honneur »

Pendant les 12 années qu’elle dura, l’Affaire Dreyfus déchira la France, provoquant un véritable séisme dans le monde entier. Dans cet immense scandale, le plus grand sans doute de la fin du XIXème siècle, se mêlent erreur judiciaire, déni de justice et antisémitisme. L’affaire est racontée du point de vue du Colonel Picquart qui, une fois nommé à la tête du contre-espionnage, va découvrir que les preuves contre le Capitaine Alfred Dreyfus avaient été fabriquées. A partir de cet instant et au péril de sa carrière puis de sa vie, il n’aura de cesse d’identifier les vrais coupables et de réhabiliter Alfred Dreyfus.

« Emporter des secrets dans la tombe, c’est l’essence même de notre profession ! »

J'accuse_Jean_Dujardin

Difficile de parler du« J'accuse » de Roman Polanski tant la sortie du film fut noyée sous les polémiques bruyantes autour de son réalisateur, et poursuivies jusque lors de sa consécration aux Césars. Au point finalement d'occulter la qualité du film et la portée même de son sujet. Pourtant il y avait au départ de ce projet la volonté ambitieuse et courageuse de se frotter frontalement à l’Affaire Dreyfus, qui reste encore aujourd’hui comme l’une des pages les plus sombres, traumatiques et honteuses de notre histoire nationale. Et pour cause : l’Armée et les institutions républicaines vont se compromettre en montant de toutes pièces une grossière erreur judiciaire – faisant volontairement porter la culpabilité de l’affaire sur un jeune officier juif – exaltant l’antisémitisme latent de la société pour mieux étouffer une banale affaire d’espionnage militaire. L’affaire, qui deviendra un véritable scandale d’État, marquera durablement la société française alors très divisée entre partisans de l’ancien régime (réactionnaires et antisémites) et républicains progressistes. Au point que le cinéma français n’osera pas se confronter à ce sujet pendant plus d’un siècle – seul l’irréductible Yves Boisset s’y risquera pour la télévision dans les années 90 – tandis qu’Hollywood y consacrera péniblement deux films (« The life of Emile Zola » en 937 et « I accuse » en 1957). En cela, le film de Roman Polanski constitue à lui seul un vrai petit évènement cinématographique.

« Un homme d’honneur ne répond pas à un criminel de droit commun »

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Adapté du roman « D. » de l’auteur américain Robert Harris, « J’accuse » s’ouvre sur la scène terrible  de la dégradation publique du Capitaine Dreyfus, préalable à sa déportation au bagne de Guyane. Seul face aux militaires, l’homme crie dignement son innocence avant de disparaitre dans un silence de mort tout juste parsemée des sarcasmes des officiers présents. Le ton est donné. La suite des évènements sera vue par le prisme du Colonel Picquart, ancien instructeur de Dreyfus et antisémite assumé. Fraichement promu à la tête du contre-espionnage français, ce dernier découvrira peu à peu l’énormité de la supercherie (avec des pièces à charge totalement fabriquée) et l’ampleur du complot (couvert par les plus hautes sphères militaires et politiques), se retrouvant alors face à un profond dilemme moral : fermer les yeux comme les autres ou dénoncer l’injustice quel qu’en soit le prix ? Fort d’une reconstitution minutieuse (mais jamais pesante ni pompeuse), Roman Polanski réussit à nous plonger dans la complexité des arcanes de l’Affaire Dreyfus (à la fois idéologique, sociologique et politique) avec une belle énergie, bien que l’intrigue - pour l’essentiel bureaucratique - ne déborde que rarement du cadre feutré de l’administration militaire. C’est aussi le portrait passionnant de deux hommes seuls face à leur destin, dont le cinéaste n’élude jamais la complexité (l’action de Picquart n’est pas mue par l’empathie mais par sa conception de la justice et par l’idée vertueuse qu’il se fait de l’armée). Mais plus encore, la force du film vient de l’universalité de son propos : s’il dénonce les dérives de l’obscurantisme (racisme, injustice, recherche de bouc-émissaires...) comme condition de l’effondrement d’une société, c’est pour mieux nous rappeler que l’Histoire n’est - hélas - qu’un éternel recommencement et qu’il faut toujours rester vigilent. « J’accuse » est ainsi un grand film politique tout simplement brillant, quoi qu’on puisse penser du cinéaste.

J-accuse_Louis_Garrel

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Le blu-ray : Le film est présenté en version originale française (5.1 et 2.0) ainsi qu’en audiodescription. Des sous-titres français pour malentendants sont également disponibles.

Côté bonus, le film est accompagné d’un Making of, réalisé par Morgane Polanski et Théo Saffroy (32 min.).

Edité par Gaumont, « J’accuse » est disponible en DVD et blu-ray depuis le 18 mars 2020.

Le site Internet de Gaumont est ici. Sa page Facebook est ici.