L’intrigue : un long moment de souffrance

Au cours de l’intrigue, l’espace de l’acte Deux, le personnage principal, souvent aussi l’héroïne ou le héros de l’histoire, connaît un grave moment de désespoir. A un moment du récit, et cela est inscrit dans la structure, tout semblera perdu pour le personnage principal.

Ce moment est aussi connu comme le All is Lost. C’est un moment de profond désespoir. Mais il n’advient pas par la seule volonté de la providence. Ce All is Lost est la conséquence d’une série d’événements qui s’accumulent et mènent le héros dans une désespérance profonde.

C’est d’ailleurs ce qui fait la beauté de ce moment. Cette unité de désespoir fait d’événements autonomes est belle. Et quel que soit le genre. Tragédie ou comédie, peu importe. C’est ce qui est intéressant avec la structure. Elle échappe aux conditions du genre.

Trois caractéristiques

H.R. D’Costa remarque qu’il y a trois caractéristiques essentielles qui unifient cette accumulation d’événements, ce qui vous permet d’identifier et d’analyser plus facilement ce rythme essentiel de l’intrigue :

  • il est douloureux
  • il est émotionnellement déchirant, et
  • il est paradoxal.

Certes, l’émotion suscitée par l’intrigue est ce qui importe le plus. Et le succès d’une histoire dépend pour une grande part de sa capacité à émouvoir son lecteur.

En comprenant les trois caractéristiques de cette crise majeure du personnage principal, vous ne vous contenterez pas de conquérir la masse de pages blanches qui vous attendent pour écrire l’intrigue (ou acte Deux) nous dit H.R. D’Costa.
Vous créerez également une expérience profondément engageante pour le lecteur et le spectateur qui auront le plaisir d’accompagner votre héros ou votre héroïne dans son aventure.

D’abord, une souffrance
intrigueKurt Vonnegut

Cela peut sembler contre-intuitif, mais l’une des meilleures choses que vous pouvez offrir à votre héros ou à votre héroïne est de les traiter avec cruauté.

Pour reprendre les mots de Kurt Vonnegut, « Soyez sadique. Peu importe la douceur et l’innocence de votre personnage principal, faites-lui subir des choses horribles – afin que le lecteur puisse voir de quoi il est fait« .

Mais, il est difficile de faire du mal à quelqu’un que l’on aime. Beaucoup d’auteurs sont réticents à mettre leur personnage principal en danger, probablement parce que l’héroïne ou le héros sont généralement le personnage dont l’essence et l’histoire reflètent le plus leur propre personnalité et leur expérience.
Vous devez surmonter cet instinct de protection nous conseille H.R. D’Costa.

Hal Ackerman note de son côté :

Cela va contre notre gré. Nous, les auteurs, sommes surtout des gens bien. Généreux de cœur et d’esprit. Lorsque nous voyons un être humain en détresse, notre impulsion est de donner à cette personne consolation et réconfort. Ce sont là de beaux traits humains.
Mais en tant qu’auteur, nous devons nous débarrasser de ces traits ennuyeux de bonté et devenir brutal, impassible devant les difficultés apparemment insurmontables de nos personnages. Nous ne devons pas être si prompts à les tirer du froid, ni d’avoir la compassion nécessaire pour les protéger et les nourrir et les protéger de la peine. Nous voulons plutôt les exposer au danger, les mener à leur pire cauchemar au pire moment.

intrigueHal Ackerman

Et ce pire cauchemar au pire moment, c’est entre le point médian et la fin de l’acte Deux qu’il se produit. Et H.R. D’Costa suggère que vous devriez trouver un moyen de donner à l’idée que vous auriez pu concevoir de ce moment la forme d’une blessure béante (qui est, bien sûr, sera appropriée au genre).

Vous voyez, la structure est indépendante du genre mais les formes, les représentations, les illustrations que vous donnez aux différents moments de la structure répondent aux conventions du genre dans lequel vous écrivez.

En étant cruel envers votre héros ou votre héroïne, vous répondez aux attentes de votre lecteur qui s’attend à éprouver un roller coaster d’émotions. Le All is Lost, c’est le « plongeon » qui rend l’éventuelle ascension de votre personnage principal d’autant plus puissante.

L’intrigue : une souffrance physique

Blesser votre personnage principal ou encore l’empoisonner sont des moyens évidents pour l’immobiliser contre sa volonté. Considérons Iron Man.

Dans une seconde tentative pour vaincre Tony, Obadiah se faufile dans son manoir et immobilise temporairement le héros avec un dispositif ironiquement fabriqué par Stark Industries. Impuissant, Tony ne peut que regarder Obadiah arracher de sa poitrine le réacteur à arc miniature, qui empêche les éclats d’obus de pénétrer dans le cœur de Tony.
Assumant que la nature suivra son cours, Obadiah s’en va précipitamment. Heureusement, Tony trouve bientôt un moyen de retourner sur la terre des vivants.

Après tout, le cinéma est un média visuel, et les blessures physiques sont faciles à décrire sur le papier et à représenter à l’écran. Mais l’éventail des souffrances humaines se présente sous de nombreuses formes, les blessures physiques peuvent suffire si le genre s’y prête mais les blessures morales sont peut-être plus passionnantes à travailler.

L’intrigue : une souffrance émotionnelle

Comme son nom l’indique, une peine affective ou passionnelle est provoquée par une blessure émotionnelle, généralement le résultat d’une rupture dans les relations interpersonnelles. Une telle disharmonie déclenche naturellement un sentiment de détresse.

Contrairement à la douleur physique, la douleur émotionnelle laisse le corps humain intact ; néanmoins, elle n’en est pas moins dévastatrice pour votre héros ou héroïne.

intriguePar exemple, dans la comédie romantique Notting Hill, Anna, une actrice célèbre, se rend incroyablement vulnérable afin de regagner son amour (ce sentiment est souvent désigné par Love Interest dans la littérature anglo-saxonne), le doux Will :

« Je dois partir aujourd’hui », dit-elle. Mais Anna demande à Will ce qu’il ferait si elle décidait néanmoins de rester.

Will est persuadé que le caractère d’Anna, qu’il accepte néanmoins, ne les conduise à une nouvelle rupture. Nous avons vu l’état émotionnel dans lequel s’est retrouvé Will après cette première rupture.

Un voile couvre les yeux d’Anna et Anna fait une dernière tentative : La célébrité n’est pas vraiment une réalité, tu sais. N’oublie pas, je suis aussi une fille… debout devant un garçon… lui demandant de l’aimer.

Le refus de Will est violent pour Anna. C’est elle le personnage principal. Mais Will se protège parce qu’il ne veut pas revivre ce qu’il a vécu après leur première séparation.

Le rejet peut se présenter sous des formes diverses et variées. Se couper des cercles sociaux par exemple est tout aussi douloureux qu’une rupture amoureuse. Ou encore, être privé de la présence d’un être aimé.

Prenez Madame Doubtfire. Père dévoué, Daniel Hillard ne supporte pas que son divorce ait réduit de manière significative le temps qu’il passait avec ses enfants. Pour un père qui a besoin d’être avec ses enfants tous les jours, qui lui sont aussi indispensables que l’air qu’il respire, ce manque de contact est écrasant.
Sa solution ? Se faire passer pour une nounou, l’imperturbable Madame Doubtfire.

Malheureusement, toutes les pertes ne sont pas aussi passagères. Dans de nombreuses histoires, une personne clé dans la vie du héros – un mentor, un ami, un conjoint, un parent ou, ce qui est le plus horrible, un enfant – mourra et produira le All is Lost.

L’intrigue : une souffrance psychologique

Qu’est-ce exactement que la douleur psychologique ? C’est le genre de détresse dont la racine se trouve dans les pensées de votre personnage principal, qui sont souvent répétitives au point de devenir obsessionnelles.

C’est cette composante intellectuelle qui distingue la douleur psychologique de la douleur physique et émotionnelle nous suggère H.R. D’Costa.

Lorsque votre personnage principal est sous une telle contrainte psychologique, la démonstration est faite de la pression psychologique à laquelle il se soumet consciemment ou non.

Malgré cette activité mentale intense, votre personnage doute qu’il puisse un jour trouver une solution à son problème et c’est là que réside l’anxiété, nous confirme H.R. D’Costa.

Comme vous pouvez probablement le deviner, ce genre de détresse se produit généralement lorsque le monde se referme sur votre personnage principal. Les sorties sont inaccessibles. Le héros n’a plus de temps, l’héroïne n’a plus d’options.

Plus il rumine ses difficultés, plus sa détresse psychologique sera intense.

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