Elephant Man

Par Journal Cinéphile Lyonnais @journalcinephil

Elephant Man, le deuxième long métrage (après Eraserhead) et chef d’oeuvre de David Lynch est la reprise à ne pas manquer lors de la réouverture des salles le 22 juin.

Elephant Man
USA, 2h05, 1981
Avec Anthony Hopkins, John Hurt, Anne Bancroft

Synopsis

Londres, 1884. Le chirurgien Frederick Treves découvre un homme complètement défiguré et difforme, devenu une attraction de foire. John Merrick,  » le monstre « , doit son nom de Elephant Man au terrible accident que subit sa mère. Alors enceinte de quelques mois, elle est renversée par un éléphant. Impressionné par de telles difformités, le Dr. Treves achète Merrick, l’arrachant ainsi à la violence de son propriétaire, et à l’humiliation quotidienne d’être mis en spectacle. Le chirurgien pense alors que  » le monstre  » est un idiot congénital. Il découvre rapidement en Merrick un homme meurtri, intelligent et doté d’une grande sensibilité.

A propos du film

Elephant man s’inscrit dans la lignée des films de monstres apparus à la fin des années vingt et au début des années trente qui questionnaient déjà la « monstruosité » des humains par constraste avec celui de leur personnage principal. C’est notamment le cas de Freaks, la monstrueuse parade de Tod Browning.

Comme Tod Browning, Lynch met l’accent sur l’opposition apparence/personnalité. La phrase culte « Je ne suis pas un animal, je suis un être humain » résonne encore à l’heure actuelle, de même que le « C’est vous le monstre! » lancé par le médecin au gardien.

Avec Elephant Man, qui comme une  Une histoire vraie est aux antipodes de l’univers développé par le réalisateur dans ses autres films, David Lynch nous offre un film de toute beauté, poignant, cruel de vérité, et terriblement actuel. 

Tourné en noir et blanc, dans un décor londonien qui rappelle ceux des romans d’Oscar Wilde, Elephant man est aussi une peinture de l’Angleterre victorienne au début de la révolution industrielle.


L’origine d’Elephant Man

Elephant man est tiré d’un fait réel, il relate l’histoire, en 1884, de John Merrick (joué par John Hurt), un homme difforme, baptisé ainsi car sa mère se serait fait piétiner par un troupeau d’éléphants durant sa grossesse. Le jeune Merrick est montré de foire en foire tel un monstre à un public avide de sensations fortes.
Un jour à  Londres, alors qu’il revient d’un périple dans les foires d’Europe,  c’est un véritable attroupement qui se forme rapidement face à lui à la gare. On l’invective, on le moque, on le frappe et il est sauvé de  justesse. Emu par le destin tragique de ce garçon, le directeur du Royal Hospital, Monsieur Francis Culling Carr-Gomm fait appel à la générosité dans un article très émouvant du Times. Il émeut jusqu’à la Reine Victoria. Et du coup John Merrick est accueilli gratuitement à l’hôpital où on prend enfin soin de lui. Un chirurgien, le docteur Treves (Anthony Hopkins), le prend sous sa coupe, tout d’abord par intérêt scientifique, puis parce qu’il découvre un homme cultivé, raffiné et avide d’amour. 

Pour écrire leur scénario, Eric Bergen et Christopher De Vore se sont inspirés de deux romans : The Elephant man and Other Reminiscences, les mémoires de Sir Frederick Treves, et The Elephant man : a study in human dignity d’Ashley Montagu. David Lynch modifie ensuite le script, principalement pour que le récit progresse de manière plus efficace. Ainsi, le personnage acquiert la parole après quelques efforts alors qu’en réalité cette avancée a demandé de nombreuses opérations. La débit et la fin ont également été changées par le ralisateur.

Le nom du véritable « Elephant Man » – qui vécu au XIXème siècle – est Joseph Merrick, et non John. Lorsque Sir Frederick Treves écrit ses mémoires, on le retrouve également sous le prénom de John.

La maladie dont souffrait Merrick n’a pu être diagnostiquée de son vivant. Plus tard, des études de son squelettes ont laissé penser qu’il était atteint de neurofibromatose, une maladie affectant les os et la peau. Depuis, d’autres chercheurs ont annoncé qu’il souffrait en fait du Syndrome Proteus, une maladie encore plus rare que le précédente. Aucun des deux diagnostics n’a pu être vérifié scientifiquement

Lorsque le véritable John Merrick meurt, des parties de son corps sont alors préservées pour des recherches scientifiques. Certains de ses organes sont mis dans des bocaux et des moules en plâtres sont réalisés sur sa tête, un bras et un pied. Pendant les raids aériens allemands, les organes sont détruits. Les plâtres, eux, sont miraculeusement épargnés et transférés à l’Hôpital de Londres. Le maquillage de John Hurt a été directement élaboré à partir de ces derniers.

Avant le film, une pièce et un téléfilm

Avant que David Lynch n’aborde le sujet, David Bowie jouait sur scène à Broadway le rôle de John Merrick sans aucun maquillage. Deux années après celui du cinéaste de Blue velvet, un autre Elephant Man est tourné pour la télévision par Jack Hofsiss d’après une pièce de Bernard Pomerance. Philip Anglim y reprend le rôle de John Merrick tandis que Kevin Conway incarne le docteur Treves.

Les Oscars

Elephant man reçoit huit nominations aux Oscars sans remporter aucune statuette. Les catégories dans lesquelles le film s’est distingué sont les décors, la musique, les costumes, le montage, le scénario, la mise en scène, le meilleur interprète masculin pour John Hurt ainsi que meilleur film.