La fonction de l’archétype

archétypeAvatar est une reprise de Danse avec les loups, Pocahantas et de toute autre histoire où un blanc colonial se met à la place de son ennemi, le plus souvent un pauvre natif sans véritable avenir.

Pourquoi un auteur comme James Cameron s’est-il senti obligé d’utiliser des personnages et une intrigue si familiers ? Il serait dommage de se laisser aller à une compréhension superficielle de la mécanique de ce récit.

Avatar devait être prévisible au niveau du personnage afin que Cameron puisse explorer pleinement le monde visuel qu’il a créé. Plus le temps consacré au développement du personnage est important, moins il y a de temps pour mettre en place des mondes fantastiques et des spectacles visuels.

In The Air de Jason Reitman et Sheldon Turner qu’ils ont adapté d’un roman de Walter Kim peut se plonger dans les problèmes personnels de Ryan Bingham car le monde qu’il habite est notre monde. Le monde de Avatar (ou de toute autre histoire où l’importance du monde est primordiale) est très différent.

La nécessité de l’archétype

George Lucas l’a compris dans Star Wars. Les frères Wachowski l’ont compris dans Matrix. Et James Cameron l’a compris dans Avatar.

Le personnage archétypal est un instrument pour les auteurs et les cinéastes qui veulent se concentrer sur quelque chose de plus que le développement des personnages. Un archétype s’intègre dans n’importe quelle culture et est rapidement accessible à n’importe quel public.

Plus la caractérisation s’éloigne de l’évidence, plus il est difficile pour un auteur de communiquer la provenance de ses personnages nous avertit James R. Hull. Leurs motivations sont moins claires.

Pourquoi ne pouvons-nous pas avoir les deux ? Pourquoi ne peut-il pas y avoir un spectacle et un développement complexe des personnages ?

Parce que le long métrage de deux heures actuellement accepté par le public et les créateurs ne peut tout simplement pas le supporter. Vous pourriez trouver cela dans une mini-série de HBO, mais vous ne pourrez pas l’obtenir avec une œuvre destinée à un média visuel et sonore supportant difficilement une durée de plus de deux heures.

Le personnage archétypal donne à un auteur l’occasion de se concentrer sur autre chose que les personnages eux-mêmes.

LA FONCTION DE L’ARCHÉTYPEAvant d’aborder les personnages de Avatar et de Star Wars d’un point de vue objectif (ce que sont les personnages archétypaux), il est bon de déterminer quel est le but de chaque histoire.

Dans La Guerre des étoiles, contrairement à la croyance populaire, le but de l’histoire n’est pas de détruire l’étoile de la mort. En termes plus précis, le but de cette histoire est de combattre l’Empire.

Si les rebelles ne trouvent pas le moyen de lui tenir tête, ils seront contraints de vivre sous la tyrannie. Heureusement, ils réussiront.

Dans Avatar, le but de l’histoire est de sauver Pandore de la destruction. Si les Na’Vi ne trouvent pas le moyen d’arrêter leurs agresseurs, leur planète se transformera en une exploitation minière désolée.

L’archétype est défini selon ses motivations en regard du Story Goal

La théorie narrative Dramatica nomme le but de l’histoire, le Story Goal. Ce Story Goal concerne tous les personnages à des degrés divers.

Le protagoniste est motivé à poursuivre cet objectif et à considérer les avantages et les inconvénients de la réalisation de cet objectif. Jake Sully dans Avatar et Luke Skywalker dans Star Wars illustrent tous deux cette définition et cette compréhension des personnages et de leur relation à l’intrigue. On pourrait même considérer que la relation des personnages à l’intrigue est le rapport qu’ils entretiennent avec le monde.

archétypeDans Avatar, le colonel Miles Quaritch a été jugé trop simpliste. Beaucoup prétendent que ses motivations sont trop évidentes et qu’il ressemble presque à une version cartoon d’un Space Marine maléfique.

Mais ne peut-on pas en dire autant de Grand Moff Tarkin dans Star Wars ? D’un point de vue objectif, Miles et Moff remplissent la même fonction dramatique de l’antagoniste classique.

Dynamiquement opposé au protagoniste, l’antagoniste d’une histoire cherche à empêcher l’objectif (le Story Goal) d’être atteint, et à amener les autres personnages de l’histoire à reconsidérer leurs efforts pour atteindre cet objectif (puisque cet objectif est un problème qui englobe tous les personnages).

Le but de Quaritch dans cette histoire est de détruire Pandore et ses habitants, et de forcer Jake à reconsidérer l’équipe pour laquelle il joue. Il n’y a rien d’autre que la structure lui demande de faire, et donc, il remplit ce rôle (cette fonction) de manière tout à fait adéquate.

Dans Star Wars, l’Empire, personnifié par Grand Moff Tarkin, fait exactement la même chose. Il s’efforce à chaque instant d’empêcher Luc et les rebelles de se soulever et il saisit toutes les occasions pour les amener à reconsidérer leur nature rebelle, que ce soit en assassinant l’oncle et la tante de Luke ou en menaçant de détruire le monde d’Aldérande, où vit Leia.

Il n’y a rien de plus complexe dans Star Wars que dans Avatar lorsqu’il s’agit de l’antagoniste. S’il est facile de se moquer de Quaritch et de son personnage de Space Marine, Tarkin et son personnage de nazi de l’espace expose une même caractérisation, une détermination semblable.

Ils remplissent tous deux la même fonction dramatique dans leurs histoires respectives.

Le Contagonist, un archétype de Dramatica
archétypeParker Selfridge de Avatar

Cette même similitude dans la motivation des personnages existe entre Parker Selfridge, cet administrateur matérialiste de Avatar, et Dark Vador. Ces deux personnages remplissent le rôle d’archétype du Contagonist.

L’archétype du Contagonist est un concept dramatique unique à la théorie narrative Dramatica, s’opposant au personnage plus familier du Guardian (Dramatica n’use pas du terme mentor).

Le Contagonist d’une histoire est amené à empêcher l’objectif d’être atteint, tout en fournissant une source de tentation. Parker et son obsession pour l’unobtanium représentent la cupidité d’un système (caricatural du capitalisme) dans Avatar. Parker illustre ainsi le type de problèmes (surtout pour les autres) créé par quelqu’un qui incarne la tentation.

De plus, il fait obstacle aux tentatives de Jake de sauver les habitants de Pandore en arrêtant le programme Avatar et en regardant ailleurs quand c’est nécessaire. Son personnage peut sembler insipide, mais la fonction qu’il remplit est solide.

Beaucoup considèrent à tort que Dark Vador est l’antagoniste ou le « méchant » de Star Wars. Bien qu’à première vue cela puisse sembler vrai, il est important d’évaluer la motivation du personnage dans le contexte du Story Goal.
Dark ne fait rien pour empêcher les rebelles de combattre l’Empire, du moins pas avant la fin de l’assaut de la Death Star par les rebelles. Jusque-là, cependant, il gène la progression des autres – contre les rebelles bien sûr en cachant une balise de guidage sur le Millenium Falcon et même contre l’Empire lui-même lorsqu’il tue un officier.

Il est clair aussi qu’il représente une source de tentation ne serait-ce que parce qu’il a cédé aux tentations du côté obscur de la Force.

Dark et Parker jouent tous deux le même rôle de personnage objectif (donc d’archétypes selon la définition qu’en donne Dramatica). Il n’y a rien de plus profond en eux que leur désir d’entraver la marche des autres et de les tenter hors de la voie du succès.

Mais Darth est-il aussi ridiculisé que Parker de Cameron ? Bien sûr que non. Dark Vador est devenu une telle partie de l’inconscient collectif qu’il échappe facilement au dénigrement, nous dit James R. Hull.

D’autres archétypes

Il y a d’autres personnages similaires dans les deux histoires. Tsu’tey, le premier petit ami de Neytiri, joue le même rôle de sceptique (archétype Skeptic selon la formulation de Dramatica) que Han Solo dans Star Wars.

Tous deux sont manipulés par leur incrédulité, soit dans les capacités de Jake, soit dans la Force elle-même. Et tous deux étaient motivés pour s’opposer aux efforts de leur protagoniste respectif (sans véritable intention de nuire malgré les apparences, ils ne croient tout simplement pas en eux).

Maintenant, il est vrai que Han Solo soutient sa propre histoire dans le contexte plus large de Star Wars, et c’est cet aperçu plus profond de son personnage qui le fait paraître plus complet et plus développé que le petit ami jaloux de Neytiri.
Mais dans le contexte plus large de l’intrigue principale entre rebelles et Empire, il n’y a vraiment rien de plus pour Han que de refuser de participer à l’effort collectif.

De même, Grace Augustine et Ben Kenobi ont tous deux joué le même personnage, celui du Guardian. Contrairement au Contagonist (qui s’oppose au Guardian selon leurs fonctions respectives), Grace et Ben sont tous deux motivés pour aider le protagoniste en incarnant la voix de la conscience.

Comme pour Han, Ben a joué un rôle beaucoup plus important dans la structure globale de Star Wars (celui de Influence Character), mais là encore, dans le contexte du rapport du personnage au Story Goal, Grace et Ben ne font qu’un. Ils ont un même but dramatique.

L’importance de la structure

Avatar pourrait-il être amélioré ? Certainement. Mais la façon dont une histoire est racontée est distincte de la façon dont elle est structurée. Le récit se base sur les dialogues et la description des personnages (l’intrigue décrit les événements). La structure de l’histoire est centrée sur la motivation et la justification (un concept de Dramatica pour expliquer le comportement des personnages).

Les critiques formulées à l’égard de Avatar sont-elles justes ? C’est possible. Mais y a-t-il un problème avec la simplicité des motivations des personnages ? Non, sauf si vous pensez qu’il y a un problème avec les motivations des personnages de Star Wars assène James R. Hull.

Avatar et Star Wars ont été peuplés par les mêmes personnages archétypaux et sans que ceux-ci n’aient été complexifiés ou altérés. D’antagoniste à Contagonist, de Skeptic à Guardian, l’exploration des personnages dans les deux films a été réduite au minimum afin d’offrir autant de temps d’écran que possible aux explosions spatiales et aux aéroglisseurs marins.

Si plus de temps avait été consacré au développement des personnages et à une caractérisation plus complexe, le spectacle aurait été beaucoup moins spectaculaire. Dans les deux cas.

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