Artemis Fowl, quand Disney signe son Harry Potter du pauvre

Artemis Fowl, quand Disney signe son Harry Potter du pauvre

Synopsis : " Descendant d'une longue lignée de criminels, le jeune et richissime Artemis Fowl - 12 ans et déjà doté d'une intelligence hors du commun - s'apprête à livrer un éprouvant combat contre le Peuple des Fées, des créatures puissantes et mystérieuses qui vivent dans un monde souterrain et qui pourraient bien être à l'origine de la disparition de son père 2 ans plus tôt. Pour mener sa lutte à bien, il devra faire appel à toute sa force et à son ingéniosité diabolique, quitte à prendre en otage le capitaine Holly Short - une elfe réputée pour sa bravoure - et l'échanger contre une rançon en or. Pour le nain gaffeur et kleptomane Mulch Diggums - qui va tout tenter pour venir en aide à Holly - et la commandante Root, chef du F.A.R.F.A.DET (Forces Armées de Régulation et Fées Aériennes de DETection, le département de reconnaissance de la police des fées), la partie s'annonce plus que serrée ... "

Les lumières de la salle de cinéma s'allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position "je m'installe comme à la maison" ce n'est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique...

Relégué sur sa plateforme de streaming en catastrophe suite à la crise sanitaire du Covid-19, Disney sort enfin son Artemis Fowl, adaptation du premier roman de jeunesse d' Eoin Colfer paru en 2001, relatant les aventures d' Artemis Fowl, jeune irlandais de douze ans, génie du mal qui découvre l'existence d'un peuple de fées vivant sous terre. Une sorte de versant irlandais au Harry Potter de J.K. Rowling dont Disney s'empare de la mythologie dans l'espérance de créer une nouvelle franchise fructueuse pour la firme aux grandes oreilles. Aux commandes de ce premier opus, on retrouve le Britannique Kenneth Branagh, habitué des adaptations de littérature anglaise, notamment l'œuvre d'un certain William Shakespeare dont l'ombre plane sur sa filmographie, de ses adaptations directes ( Henry V (1989), Hamlet (1996)) à son influence évidente sur la plupart de ses films, de Thor (2011)à l'adaptation des œuvres d' Agatha Christie ( Le Crime de l'Orient-Express en 2017) et Mort sur le Nil très prochainement). Entre l'adaptation de deux œuvres phares du genre du Whodunit, le réalisateur s'essaye à l'adaptation d'un univers d'Heroic-Fantasy SF, un choix de producteurs qui sonne comme une évidence tant le nom du britannique a plusieurs fois était glissé à la Warner pour réaliser plusieurs épisodes de la saga Harry Potter, notamment La Chambre des Secrets où l'acteur interprétait Gilderoy Lockhart.

Malheureusement, ce qui était censé être une évidence pour le studio n'en est finalement peut-être pas une, tant Kenneth Branagh peine à introduire un univers crédible dans ce qui est censé être le premier opus d'une potentielle franchise assez incertaine. Là où un Chris Colombus parvenait à introduire l'univers de J.K. Rowling dans Harry Potter à l'école des sorciers (2001), à développer sa mythologie dans La Chambre des Secrets (2002), avant d'être magnifié dans la merveille de conte gothique qu'est Le Prisonnier d'Azkaban d' Alfonso Cuarón (2004), une transition vers l'adolescence achevé par le sombre La Coupe de feu de Mike Newell (2005), avant que David Yates ne s'empare du reste de la saga, de L'Ordre du Phénix (2007) aux deux parties des Reliques de la Mort (2010 - 2011), pour y laisser une empreinte plus adulte et mature. Quatre cinéastes dont les différentes visions et personnalités ont donné une identité cohérente à une saga d'Heroic-Fantasy aujourd'hui intemporel et inégalée en terme d'adaptation de littérature jeunesse. Tous ces éléments qui ont fait la réussite de cette saga manque à l'appel de cette nouvelle franchise estampillée Disney.

Les bases que pose Kenneth Branagh pour cet opus d'introduction sont beaucoup trop faibles. Artemis Fowl relate les péripéties d'un premier acte sur 1H30 de long-métrage dont l'action principale et le climax se déroulent dans un manoir, où un mini Men In Black "tête à claques", accompagné d'une fée de dix ans octogénaire, d'un majordome expert en arts martiaux ressemblant à John Coffey (de La Ligne verte), d'un grand nain poilu ressemblant à un cousin éloigné d'Hagrid, interprété par Josh Gad qui sert à la fois de comic relief et de narrateur avec une voix exagérément grave au point d'en devenir ridicule, affronte le peuple des fées dans le jardin du manoir comme dans une cour de récréation, menée par Judi Dench avec des oreilles pointues (vraiment ?) qui semble définitivement lancée dans une entreprise d'autodestruction de sa propre carrière après la catastrophe Cats (2019).

Et pendant ce temps, Colin Farrell patiente en discutant avec un mystérieux méchant à capuche qui sert d'antagoniste à ce premier opus, dont l'identité devrait être révélée dans une potentielle suite dont on espère qu'elle ne verra jamais le jour. Disney étant très confiant sur sa nouvelle franchise, le jeune Artemis Fowl passe un coup de fil à notre antagoniste en carton, lui promettant au passage qu'il viendra lui botter les fesses dans une potentielle suite à venir. L'un des plus gros problèmes d' Artemis Fowl réside en grande partie dans son casting, en particulier dans le choix de son acteur principal. Après un casting de 1 200 jeunes irlandais, la production a choisi le jeune Ferdia Shaw dont il s'agit du premier rôle à l'écran. Un choix qui s'avère être une erreur de casting tant le jeune acteur campe un Artemis Fowl monolithique, sans relief, ni charisme, qui ne sait tout simplement pas jouer, ce qui cause problème lorsqu'on est censé s'identifier à un gamin de douze ans qui revendique une intelligence de génie du mal. Le reste du casting se paye des guest-stars dont le film ne fait rien. Un Colin Farrell aux abonnés absents, une Judi Dench qui pousse des grognements, comme si ses oreilles pointues ne suffisaient pas à rendre tout cela très embarrassant. Seul Josh Gad semble s'amuser un peu en comic-relief à la fois hilarant et agaçant.

Pour achever le tout, Kenneth Branagh applique à ce beau bazar son premier degré shakespearien habituel, revendiquant au passage sa paternité avec ce blockbuster d'une laideur absolue qui ressemble plus à un terrible accident industriel qu'à un film abouti et assumé. Dans le cas contraire, il s'agit sans aucun doute de la pire réalisation du Britannique à ce jour, que l'on espère retrouver plus inspiré avec son Mort sur le Nil.

" En sortant Artemis Fowl en catastrophe sur sa plateforme de streaming, Disney nous épargne la sortie en salles d'un navet à 125 millions de dollars qui rejoint les ratages industriels de la firme, dans la lignée du terrible Un Raccourci dans le Temps. Un immense gâchis."

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