Les personnages ne sont pas si différents de nous

Nous sommes tous un peu différents. Non seulement nos psychés nous distinguent les uns des autres mais aussi nos comportements, nos attitudes, nos postures.
Certes, nous possédons tous un esprit et un corps mais ceux-ci parviennent à s’exprimer de sorte que l’on peut nous qualifier d’individus.

Et pourtant, nous avons aussi des points de similitude (ce qui permet de nous étudier et de comprendre notre complexité en tant qu’individu mais aussi en tant qu’être social capable de relations sociales).

Le personnage de fiction, un être représenté

En fiction, nous devons, dans une certaine mesure, représenter nos personnages. Ils peuvent être hyper-stylisées, peut-être pour un effet comique, ou ils peuvent être plus réalistes. Et ils peuvent, comme la plupart d’entre nous, se comporter différemment à des moments différents.

Dans la vie, nous-mêmes sommes refrénés parce que nous avons une tendance à nous adapter à notre environnement. D’autres offrent moins de flexibilité envers le monde extérieur et, on peut le dire, se distinguent ainsi un peu plus de la masse.
C’est-à-dire qu’ils manifestent des idiosyncrasies que les autres qualifient d’extravagantes à travers une plus grande variété de situations.

En revanche, pour Robin Mukherjee, ceux qui s’intègrent facilement, en se donnant le moins de contraintes possibles, peuvent devenir un peu ennuyeux pour en faire des personnages de fiction. Cette souplesse, ce mimétisme, ne font pas de bons personnages dramatiques, à moins qu’on ne les emmène dans un voyage où ils pourront devenir moins informes.

Pourquoi seraient-ils ennuyeux ?
En partie parce qu’ils ne sont pas terriblement intéressants à observer, et en partie parce que nos observations ne nous apprennent pas grand-chose sur eux ; ils sont difficiles à lire. Il ne suffit pas que quelque chose se passe en eux, nous devons voir ce que c’est.

L’étymologie de personnage

Le mot personnage vient du latin personæ . Ce terme permettait de désigner le masque de théâtre qui non seulement décrivait la fonction de l’acteur dans la fiction (la fonction fait le stéréotype mais surtout, bien plus avantageux pour l’auteur, la fonction fait aussi l’archétype (repris d’ailleurs par Carl Gustav Jung dans sa psychologie analytique)) mais la personæ est aussi un instrument qui servait de porte-voix (per en latin signifie « à-travers » et sonum est le son).

Rendons à César aussi ce qui lui appartient. Tertullien s’est servi des mots substantia (ousia en grec) et personæ pour nommer la Sainte Trinité, ce Dieu unique en trois personnes.

Un petit exercice

il est plus qu’utile d’affiner son imagination. Et un brainstorming est toujours intéressant. Il suffit de se poser les bonnes questions (ce qui est déjà une recherche en soi). Robin Mukherjee nous propose donc d’interroger un personnage que l’on croit bien connaître, c’est-à-dire nous.

  • Pensez-vous posséder un trait de caractère que les autres reconnaissent facilement en vous ?
  • Pourriez-vous le décrire ? Où se situe t-il ? Et de quoi est-il fait ?
  • Vous est-il jamais arrivé de vous surprendre vous-mêmes ? Par exemple, dans une situation donnée, vous avez réagi d’une façon surprenante, à tout le moins, qui n’est pas vous. Vous en êtes-vous étonné ? Et qu’est-ce que cela vous a appris sur vous ?
  • Comment vous comportez-vous au quotidien ? Quelles habitudes servez-vous ? Et pourquoi ces habitudes ? Sont-elles fondées sur des expériences personnelles ? Des convictions ?
    Les choses que vous vous dites sur vous-mêmes sont-elles vraies ?
  • Quels sont les modes de pensée qui vous animent ?

Cette question peut être compliquée à résoudre. Faisons un peu de théorie aidé en cela par John Kim. Pour ce thérapeute, nous possédons tous des distorsions cognitives.

La vie est une question de pensée. Le succès ou l’échec, quelle que soit la façon dont vous les définissez, ne feront qu’amplifier vos processus de pensée, en particulier les modes de pensée malsains.

Derrière vos pensées se cachent vos sentiments. Si vos pensées sont malsaines, ce que vous ressentez à votre égard vous mènera très probablement à la mésestime de soi. Et comme les émotions sont plus puissantes que la logique, vos sentiments peuvent vous dominer et vous envoyer dans un fossé très profond.

La plupart d’entre nous sont tellement concentrés sur l’objectif d’arriver quelque part ou d’obtenir quelque chose que nous oublions que le bonheur réside dans la façon dont nous voyons le monde, dans nos convictions sur nous-mêmes et dans notre façon de penser. Ce que vous pensez et la façon dont vous pensez détermineront votre chemin.

Alors quels sont les modes de pensée qui vous animent ? Les distorsions cognitives sont simplement des moyens par lesquels notre esprit nous convainc de quelque chose qui n’est pas vraiment vrai. Ces pensées inexactes sont généralement utilisées pour renforcer les pensées ou les émotions négatives – se dire des choses qui semblent rationnelles et exactes, mais qui ne servent en réalité qu’à nous faire sentir mal dans notre peau.
Il existe de nombreuses distorsions cognitives. Voici ce que John Kim croit être les distorsions cognitives les plus courantes. Voyez si certaines d’entre elles vous touchent.

  1. Nous appliquons un filtre.
    Nous prenons les détails négatifs et les amplifions, tout en filtrant tous les aspects positifs d’une situation. Par exemple, une personne peut choisir un seul détail désagréable et s’y attarder exclusivement, de sorte que sa vision de la réalité s’assombrit ou se déforme.
    C’est comme si ces détails négatifs (qui sont peut-être des traumas) sont un fardeau plus lourd et cette densité qui les caractérisent leur donne un privilège néfaste.
  2. Dans certaines façons de voir les choses, celles-ci sont soit « noires soit blanches » :
    Nous devons être parfaits, ou nous sommes un échec ; il n’y a pas de juste milieu. Vous placez les personnes ou les situations dans des catégories « soit/soit », sans nuances de gris et sans tenir compte de la complexité de la plupart des personnes et des situations. Si vos performances ne sont pas parfaites, vous vous considérez comme un échec total.
  3. Une généralisation systématique
    Cette distorsion cognitive implique d’arriver à une conclusion générale sur la base d’un seul incident ou d’un seul élément de preuve. Si un malheur se produit une fois, par exemple, on peut s’attendre à ce qu’il se répète. Une personne peut considérer un seul événement désagréable comme faisant partie d’un schéma de défaite sans fin.
    Cela se produit assez souvent dans une relation amoureuse : si il ou elle n’a pas répondu à mon SMS dans les trois minutes, il ou elle doit donc sortir avec quelqu’un d’autre maintenant.
  4. Sauter trop facilement aux conclusions
    Sans que l’autre nous le dise ou nous le confirme, nous croyons savoir, et nous en sommes persuadés, ce qu’ils ressentent et pourquoi ils agissent ainsi envers nous. Nous sommes notamment en mesure de déterminer ce que les gens ressentent à notre égard. Nous n’en avons aucun doute.
    Par exemple, une personne peut conclure que quelqu’un réagit négativement à son égard, mais n’essaie pas vraiment de savoir si cette impression est juste. Ou encore, une personne peut anticiper que les choses vont mal tourner et se sentir convaincue que sa prédiction est déjà un fait établi. Cela arrive souvent dans les relations.
  5. Le sens de la catastrophe
    C’est ce qu’on appelle aussi amplifier ou minimiser les choses. Nous nous attendons à ce que la catastrophe frappe, quoi qu’il arrive. Nous entendons parler d’un problème, puis nous posons des questions de type Et si une tragédie se produisait ? Et si ça m’arrivait à moi ? Et si je meurs de faim ? Et si je meurs ?. En somme, c’est une attitude égoïste. C’est de remplir par exemple son congélateur s’il y a risque d’une pénurie sans se soucier de savoir si son voisin a seulement de quoi manger le soir même.
    Par exemple, une personne peut exagérer l’importance d’événements insignifiants (comme son erreur ou la réussite de quelqu’un d’autre). Ou bien elle peut réduire de manière inappropriée l’ampleur des événements importants jusqu’à ce qu’ils apparaissent sans menace immédiate (par exemple, les qualités ou les vertus d’un individu ou les imperfections de quelqu’un d’autre).

Continuons notre brainstorming avec encore deux questions.

  • Comment vos traits de personnalité règlent vos actions et influencent votre discours (ou vos prises de décisions) ?
    Il faut distinguer entre ce qui est inné (probablement) et ce qui est acquis (plus sûrement). C’est un peu comme s’il nous fallait prendre conscience pour démonter des automatismes qui seraient pour le moins néfastes et qui le sont tant que nous les ignorons.
  • Avez-vous le sentiment que certaines personnes se trompent sur votre compte ? Et si c’est le cas, pourriez-vous analyser pourquoi ?

Je continuerai prochainement sur la foulée de cet article. En attendant, vous pourriez discuter dans les commentaires ou mieux dans le forum sur les discussions soulevées par les points des articles qui vous auraient interpellés.


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