[FUCKING SERIES] : Hollywood : Make the industry fair for good... or not

[FUCKING SERIES] : Hollywood : Make the industry fair for good... or not
(Critique - avec spoilers - de la mini-série)

Avec la crise actuelle qui impose un véritable débat entre les plateformes de streaming et les distributeurs/chaînes de cinéma, il y a quelque chose d'aussi audacieux qu'ironique à l'idée de voir Netflix produire et diffuser une série basée sur les prémisses d'Hollywood (alors qu'une bonne partie de l'industrie actuelle, ne considère absolument pas que ce que produit la plateforme soit justement, du cinéma à part entière); une époque où seul le grand écran était une option viable pour se divertir.
Fleurant bon le cinéma primitif et le naturalisme le plus pur, Hollywood - tout est dans le titre - semblait vouloir dépeindre, utopiquement, une industrie du cinéma ou tout était résolument plus simple (mais pas forcément plus humain, les rêves brisés étant tout aussi nombreux qu'à l'heure actuelle), et ou la précarité du métier n'était pas autant monnaie courante (l'avantage des contrats longs, souvent liés aux mêmes majors, et du nombre astronomique de productions lancées par saison); mais surtout ou l'obsession de la réussite et de la célébrité - plus qu'aujourd'hui -, semblait être le Graal ultime pour une pluie d'hommes et de femmes aussi déterminés que désespérés, par l'idée de réussir (et de, évidemment, goûter au faste, à l'argent et au glamour).

[FUCKING SERIES] : Hollywood : Make the industry fair for good... or not

Copyright Saeed Adyani/Netflix


Sous la figure tutélaire de Ryan Murphy (qui s'inspire vaguement des mémoires de Scotty Bowers, Full Service: My Adventures in Hollywood and the Secret Sex Lives of the Stars), force est d'avouer que sans scrupter totalement leurs coutures de prime abord, les sept épisodes du show réalisent un effort plus que louable et élegant pour catapulter son auditoire au coeur des premières heures de l'industrie, ou la diversité était furieusement considérée comme un frein violent pour faire son trou (ce qui, n'ayons pas peur des mots, n'a pas totalement changé aujourd'hui).
Soit, sur le papier, un terreau parfait (et qui, de facto, en faisait une série totalement cohérente aux autres créations de Murphy) pour l'intrigue reine de cette mini-série, vissée sur la confrontation entre des comédiens/scénaristes/réalisateurs venant de minorités diverses, et la féroce adversité d'un Sud violent, gangrenée par des préjugés raciaux et sexuels aberrants; mais aussi et surtout sur l'écart injuste entre les hommes et les femmes, toujours cruellement d'actualité, et l'incapacité de ses dernières à être définitivement autonomes.
Entre de bonnes mains, cette uchronie aurait eu tout d'une petite bombe dont la pertinence toute relative il est vrai (difficile de donner trop de crédit à une uchronie positive, dans une réalité aussi cynique que la notre), aurait pu faire modestement bousculer la réflexion générale sur le mécanisme aberrant de la machine à rêves Hollywoodienne.

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Copyright Saeed Adyani/Netflix


Dans l'état, la série concoctée conjointement par Ryan Murphy et Ian Brennan, met fébrilement les pieds dans le plat et survole bien trop les débats, pour convaincre un auditoire engoncé entre l'enthousiasme vibrant (ou guimauve, c'est selon) d'une vision sadique mais didactique sur les arcanes d'une production de cinéma; et l'incohérence totale d'un traitement qui prône une morale faussement révolutionnaire puisque elle-même, basée sur des inégalités et un parallèle assez culotté : une station-service/bordel, qui se veut comme la définition directe d'une major Hollywoodienne, ou le dur labeur (comprendre : satisfaire sexuellement une grosse ponte) peut mener au succès.
Positionnant lentement ces récits pour mieux nourrir un conflit central au traitement effroyablement bancal, d'un équilibre trop prudent sur de nombreux problèmes sociaux qui sont encore présents dans notre société moderne, révisant l'histoire sans trop masquer sa réalité sadique (difficile d'enjoliver un monde cruel et tordu, connu pour vendre une image proprette d'elle-même et de ses plus illustres représentants), Hollywood semble jongler tout du long avec des quilles trop lourdes pour elles, et les fait plus souvent tomber que tenir droites entre ses mains.

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Copyright Saeed Adyani/Netflix


Tombant assez souvent dans la facilité (sans pour autant incarner une folie narrative héroïco-blanchissante, qui anéantirait automatiquement tous ses efforts), le show ne se dérobe pourtant pas totalement face à l'hypocrisie et aux standards que l'industrie cinématographique a considéré comme " la tradition " (la façon dont tout le monde est traité comme un morceau de viande à coups de changement de noms, d'impossibilité d'user de leurs propres voix, de jouer des scènes écrites pour eux, ou de devoir volontairement se perdre dans le processus pour exister, comme coucher avec des producteurs/réalisateurs reconnus,...); mais elle ne réinvente pas assez subtilement l'histoire comme si la peur et le jugement n'étaient plus des préoccupations majeures, avec des personnages qui ne saisissent jamais vraiment le flambeau par eux-mêmes, pour se battre pour ce qui est juste (et quid de l'après ?).
Ce qui en résulte une représentation belle mais totalement absurde dans son fond, de ce qu'aurait dû être l'industrie (qui aurait pu/dû devenir beaucoup plus inclusive, en mettant davantage l'accent sur des histoires qui n'étaient pas de droites ou blanches), et qui fonctionne indirectement comme un gros appel du pied contradictoire à la machine Hollywoodienne actuelle, pour qu'elle corrige un minimum le tir... sans suivre son exemple (qui n'offre d'ailleurs aucune distinction entre les minorités elle-mêmes).

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Copyright Saeed Adyani/Netflix


Et que dire des personnages, au traitement éparse et parfois totalement incompréhensible aux vues de certains (hello Rock), qui n'ont pas toujours la possibilité de s'épanouir et de donner du corps à ceux refusant de prendre le mot «non» comme une vérité absolue.
Dommage, quand on voit que le casting est une composition habile entre nouveaux talents et puissants vétérans, qui se mélangent parfaitement les uns aux autres avec des partitions plutôt emballantes, visant à garder le spectateur un minimum investi tout au long de la série (de Jeremy Pope à Jake Picking, en passant par Jim Parsons, Samara Weaving, Patti LuPone ou encore les habitués de l'univers Murphy, Darren Criss et Dylan McDermott).
Un vrai sentiment de gâchis en somme, même quand Ryan Murphy et Ian Brennan se font Tarantino du petit écran et jouent avec leurs fantasmes, en y incorporant tout du long des éléments qui sont un vrai régal pour les cinéphiles amoureux de l'époque : du name dropping à gogo, des citations emblématiques, plusieurs lieux célèbres et même quelques apparitions de véritables légendes (Hattie McDaniel/Queen Latifah, Vivien Leigh/Katie McGuinness, Eleanor Rosevelt/Harriet Sansom Harris, George Cukor/Daniel London,...).

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Copyright Saeed Adyani/Netflix


L'image immaculée et fascinante de l'âge d'or d'Hollywood se révélant être finalement fausse (ce qui est loin d'être une breaking news, dans le sens où l'on assiste clairement à une réitération de faits plus ou moins connus de tous), le tandem Murphy/Brennan baissent les stores de la fenêtre de ce côté de " Dreamland ", sans pour autant faire de Hollywood, le récit révisionniste percutant auquel ils aspirent, ou un seul et unique film Peg (basé sur l'histoire vraie de Peg Entwistle, actrice britannique qui s'est suicidée en 1932, en sautant du haut du "H" du panneau Hollywood - jadis Hollywoodland -, jonché dans les hauteurs du mont Lee), servirait de pansement utopique et soudain à toutes les inégalités de l'industrie.
La ballade reste néanmoins belle, à défaut d'être marquante et pertinente.
Jonathan Chevrier 


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