Le personnage et sa terreur

Par William Potillion @scenarmag

Qu’est-ce qui ou quoi effraie votre personnage ? Au fil des jours, nous-mêmes, nous sentons-nous quelque peu nerveux ou plus anxieux que d’habitude ? Ce qui n’arrange en rien notre relation aux autres.

Certains d’entre nous sont beaucoup plus sensibles à la peur et parfois le niveau d’angoisse et d’appréhension est tel que c’est à un véritable sentiment de terreur auquel nous nous soumettons. Margaret Atwood, par exemple, décrit d’une manière terrible cette terreur dans La servante écarlate.

Et la peur devint terreur

Si l’on n’est pas capable de lutter contre ses peurs, il est inévitable que nous serons alors la proie de notre propre terreur. Quel rapport à la fiction ? Le lecteur fait l’expérience de la terreur par personnage interposé.

Cette terreur partagée est une sorte de monstre mythique qui viendra booster le suspense même si l’issue de l’action est prévisible. Car ce n’est plus le résultat qui importe. La chose qui compte est que nous ressentions par quoi passe le personnage et c’est ainsi que nous nous préoccupons non pas de son sort (que l’on sent déjà scellé dans un sens ou dans l’autre) mais ce qu’il vit ici et maintenant, devant nous.

Ce phénomène se voit par exemple dans Apollo 13 de 1995. Nous sommes tous plus ou moins familiers avec les événements qui entourèrent la mission Apollo 13 en 1970. Et pourtant, cette histoire nous offre un suspense quasi insoutenable.

Parce que cette histoire retranscrit non tant pas une aventure. Elle dépeint plutôt trois des peurs les plus universelles qui soit : la mort, l’abandon et l’impuissance. Parler de telles peurs à un lecteur, c’est s’assurer de lui faire ressentir le même effroi que l’on insuffle à ses personnages.

Le bon côté des choses

A y bien regarder, on peut toujours trouver un équilibre à tout. La peur n’y fait pas exception puisqu’elle nous prépare au danger qui menace. Cela peut remonter aux temps archaïques où l’humain était une proie facile pour des prédateurs plus puissants et plus agiles. Il a fallu développer des stratégies de survie.

L’une d’entre elles fut la prise de conscience que nous possédions une intelligence peut-être encore embryonnaire mais suffisante pour contrer un ennemi qui en était dépourvu.
La seconde est que l’humain a compris assez tôt que le groupe ou la communauté était un avantage.

Le groupe est comme un filet de sécurité. Les autres membres vous préviennent du danger et peuvent aussi se tenir à vos côtés pour combattre l’ennemi comme vous le faites pour eux. On serait une proie facile lorsque nous sommes isolés.

L’homme moderne a gardé cette peur. Elle a tout comme lui évoluée en une peur innée du rejet social. Et nous retrouvons cette vieille terreur d’être jugé, rejeté, abandonné par les autres.
Elle est constitutive de l’être humain et certaines études ont démontré qu’il était dans nos gênes de la ressentir. Nos personnages de fiction n’y échappent pas non plus. Il est donc important de bien la comprendre et que ces personnages en souffrent. Et s’ils n’en souffrent pas, d’expliquer pourquoi il en est ainsi.

La valeur positive ou négative que peut prendre un concept est utile dans la création du suspense. Il est relativement facile de décrire la réaction d’un personnage dans une situation donnée sans que le lecteur sache si ce sera une bonne ou une mauvaise chose.
Cette interrogation, ce doute dans lequel vous placez votre lecteur ajoute à la tension dramatique.

L’interprétation est en fait laissée au lecteur qui est d’abord un observateur. S’il perçoit quelque chose comme négatif, sa réaction émotionnelle sera par exemple de l’anxiété. Et s’il perçoit cette même chose ou autre chose de façon positive, il en ressentira une certaine excitation.

Dans une scène, l’auteur montre la réaction de son personnage mais ne la nomme pas explicitement. Le lecteur ne peut savoir si cette réaction est bonne ou mauvaise pour le personnage et cela crée du suspense.
Et l’auteur garde toute latitude pour révéler cette information. Il construit son suspense. Même lorsque l’auteur joue avec l’ironie dramatique (lorsque le lecteur en sait plus que le personnage dans une situation donnée), le lecteur n’a pas à totalement comprendre la réaction du personnage même s’il est empli de terreur.

En écrivant de telles scènes, l’auteur doit savoir s’il souhaite que la réaction de son personnage corresponde à l’expectation de son lecteur (pour peut-être mieux le prendre à contre-pied plus tard) ou bien veut-il décrire une situation totalement hors de contrôle pour des raisons que le lecteur ne connaît pas encore ?

Car chacune de ces options amène du suspense. Le déni de vos personnages alors que le lecteur connaît par exemple les événements historiques qui servent de fond au monde de l’histoire et que ces personnages refusent de voir cette vérité qui deviendra historique et que le lecteur connaît (c’est l’ironie dramatique) est un outil favori pour créer du suspense.

LE PRÉALABLE À L’ŒUVRE DE FICTION : LA RECHERCHE