[TOUCHE PAS NON PLUS À MES 90ϟs] : #2. The Truman Show

[TOUCHE PAS NON PLUS À MES 90ϟs] : #2. The Truman Show
Nous sommes tous un peu nostalgique de ce que l'on considère, parfois à raison, comme l'une des plus plaisantes époques de l'industrie cinématographique : le cinéma béni des 90's, avec ses petits bijoux, ses séries B burnées et ses savoureux (si...) nanars.
Une époque de tous les possibles où les héros étaient des humains qui ne se balladaient pas tous en collants, qui ne réalisaient pas leurs prouesses à coups d'effets spéciaux et de fonds verts, une époque où les petits studios (Cannon ❤) venaient jouer dans la même cour que les grosses majors légendaires, où les enfants et l'imaginaire avaient leurs mots à dire,...
Bref, les 90's c'était bien, tout comme les 90's, voilà pourquoi on se fait le petit plaisir de créer une section où l'on ne parle QUE de ça et ce, sans la moindre modération.
Alors attachez bien vos ceintures, prenez votre ticket magique, votre spray anti-Dinos et la pillule rouge de Morpheus : on se replonge illico dans les années 90 !

[TOUCHE PAS NON PLUS À MES 90ϟs] : #2. The Truman Show

#2. The Truman Show de Peter Weir (1998)
Nous pensions le plus grand bien d'Andrew Niccol à l'époque (un peu moins maintenant, soyons honnête), grâce à la force évocatrice de son brillant Bienvenue à Gattaca, mais force est d'avouer que nous étions férocement tombé amoureux du bonhomme grâce à The Truman Show, put*** de grand film emprunt d'une nostalgie folle, concocté comme une critique habile de la société contemporaine, brassant une pléiade de sujets d'actualité (qui l'était en 1998, et qui le sont malheureusement encore plus aujourd'hui) sans ne jamais paraître ni redondant, ni totalement à côté de la plaque.
Évidemment, c'est la satire télévisuelle qui domine le récit, qui nous vient en premier à l'esprit en pensant à la péloche, mais la superficialité de nos programmes et l'omniprésence de la publicité, ne sont que la partie visible d'un iceberg infiniment riche, tant c'est in fine la mise en images de notre bon gros goût abject pour le voyeurisme, qui est la plus pertinente à l'écran.
Un penchant pour le voyeurisme et, par effet de cause, de l'extinction de la sphère privée, qui font qu'aujourd'hui l'idée de voir des gens filmés, épiés 24h/24 et 7/7, nous paraît désormais étrangement commun et banal.
Ce n'est pas un hasard si les énièmes émissions de télé-réalité continuent de cartonner : l'être humain a perdu tout sens moral, au point que cela est devenu un luxe de pouvoir montrer ses fesses à la face du monde, si cela permet d'obtenir ne serait-ce qu'un ersatz de popularité fugace : célébrité ou le Saint Graal de l'absurdité du monde moderne.

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Copyright Universal Pictures


The Truman Show joue tout du long sur cette ambivalence pour nous démontrer qu'à cause du monstrueux cyclope (la télévision), seul l'image et le manque de réflexion priment sur nos vies, nous qui sommes à la fois victime et bourreau de notre propre consommation télévisuelle.
Le film démarre dès sa première bobine sur le ton faussé de la comédie (le générique de l'émission servant d'introduction au film), dépeignant un héros naïf et niais (et presque tout droit sorti d'une sitcom), avant de tranquillement virer par la suite vers la tragédie Shakespearienne (comme dans tout bon " drama " télévisé) ou le créateur n'a plus d'emprise sur sa création.
Caricaturée, maniérée et pour le coup ridiculisée, la cité de Seahaven - littéralement " le paradis de l'océan " -, n'est qu'un enfer pour Truman qui y est enfermé : un monde contrôlé par une seule personne, un showrunner placé tout en haut du studio dans la lune (une allégorie de Dieu, puissant et dominateur).
Il a tous les pouvoirs sur la vie de Truman, tout autant que les spectateurs qui décident de l'avenir de l'émission (et donc directement de celui de Truman) en choisissant ou non, sa chaine, en choisissant ou non, de le regarder.

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Une supercherie absolue à laquelle s'ajoute de faux proches, campés par des acteurs qui ne s'adressent à Truman que par - ou presque - des slogans publicitaires où des répliques de scripts savamment écrits à l'avance.
Pitoyable, nous sommes donc tous capable de violer la liberté d'un individu pour seul but de l'aimer, et de par la suite, s’identifier à lui au fil de son calvaire inconscient et douloureusement addictif.
Étouffé par l'omniprésence des caméras et des acteurs (don't forget Big Brother), victime de l'ignorance et de la banalité, Truman (homonyme vibrant de true man) semble tout droit sorti d'un monde Orwellien - voir d'un roman de Philip K. Dick -, un homme tranquille qui doute petit à petit de la réalité (l'ombre de la cultissime série Le Prisonnier plane énormément au-dessus métrage).
Mais heureusement, la marionnette, le pantin fragile des producteurs (qui lui offrent " généreusement " une vie) qu'il incarne, arrivera tout de même à fuir de sa prison, dans un final tout en émotion, éloge de la liberté de pensée et de décision.
Porté par le désir fou de rencontrer réellement une femme qui l'a conquit alors qu'ils ne se sont vus qu'une poignée d’instants, il choisira d'embrasser une vie de liberté -  et ses problèmes - et non une vie contrôlée et systématiquement surveillée.
L’amour et les lois du coeur guident de toute rébellion... une belle conclusion, pas vrai ?

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Tout du long, le duo Weir/Niccol sait ou il nous emmène, nous manipulant nous les fans de Truman (mais avant tout simples spectateurs face à un écran de cinéma), au sein d'un joli pied-de-nez à la cynique Hollywood qui, même si elle a beau affirmer vouloir produire des œuvres prônant l'éloge du libre-arbitre, impose ouvertement un dictat du conditionnement humain, du " celui à qui l'on doit ressembler ", dans chacune de ses grosses productions populaires.
Que ce soit par le biais de la surconsommation à outrance, de l'omniprésence des médias dans nos existences, tout comme l'hypocrisie et superficialité des relations " politiquement correct " que chacun de nous s'impose, The Truman Show cherche à nous ouvrir les yeux en nous démontrant simplement (et donc violemment) combien l'habitude, le confort, le matérialisme et l'ignorance sont aliénants pour nous.
En moins de deux heures montre en main, il détruit sans remords toutes les valeurs du monde occidental, que l'homme s'est borné à construire au fur et à mesure des années et de notre évolution (régression ?), soutenu par la partition cinq étoiles d'un Jim Carrey éblouissant
En héros malgré lui, au milieu de rires forcés et d'émotions sincères, tiraillé entre son existence tranquille et posée et son envie de découvrir une inacceptable vérité, il éblouit tout autant qu'il touche dans un one man show troublant, démontrant toute l'étendue de son talent.

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Empreint de finesse, passionnant, émouvant et drôle tout autant qu'il est tragique et ignoble, The Truman Show est une merveilleuse satire d'anticipation sur la société contemporaine, régie par l'endoctrinement de la conformité et des faux-semblants qui rassurent, à coups de propagandes publicitaires factices et superficielles.
Visionnaire jusque dans ses plus infimes détails, et si la morale du film était celle qui pouvait sauver notre monde qui peu à peu s'éteint ?
Car être libre, c'est avant tout savoir...

Jonathan Chevrier
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