[CRITIQUE] : Paradise Hills

[CRITIQUE] : Paradise Hills

Réalisatrice : Alice Waddington

Acteurs : Emma Roberts, Milla Jovovich, Awkwafina, Eiza González, Danielle McDonald, Jeremy Irvine,...
Distributeur : -
Budget : -
Genre : Fantastique, Drame.
Nationalité : Espagnol.
Durée : 1h35min.

Synopsis :

Une jeune femme se réveille piégée sur une île bien étrange, sur laquelle tout paraît idyllique, et qui ressemble à une école préparant les jeunes filles en vue de leur mariage...


Critique :

Fantaisie enlevée et plutôt bien rythmée, fascinante dans son fond autant qu'elle est éblouissante dans sa forme, #ParadiseHills est une fable révisionniste d’une originalité frappante dans sa mise en images de la stigmatisation des femmes dans la société moderne #EtrangeFestival pic.twitter.com/84jzepwwkP— FuckingCinephiles (@FuckCinephiles) September 8, 2019

On avait decouvert la prometteuse cinéaste espagnole Alice Waddington en 2015, avec son premier court-métrage Disco Inferno, petite bombe de festival bien barrée ayant suffisamment su faire le tour du globe (plus de 60 destinations différentes, et des prix en rafale), pour que l'on attende avec une impatience non feinte, son passage dans le bain nettement plus tortueux et complexe du long-métrage.

De manière plutôt culottée, elle s'échine - avec le duo Brian DeLeeuw/Nacho Vigalondo au scénario - à offrir sa pierre a l'édifice du renouveau du conte, actuellement usé jusqu'à la moelle par une firme aux grandes oreilles alignant les productions avec une frénésie proprement abusive, en épousant puis détruisant tous ses codes/clichés pour mieux en croquer une relecture infiniment plus macabre, foutraque et féministe.

[CRITIQUE] : Paradise Hills

Copyright Manolo Pavón

Dans une sorte de rencontre loufoque et volontairement bizarre entre Le Prisonnier et The Handmaid's Tale, Paradise Hills incarne autant une utopie ensoleillée qu'une distopie effrayante, la péloche raconte l'histoire de la jeune Uma, héritière de bonne famille catapultée du jour au lendeman sur une île mystérieuse parce qu'elle n'a pas encaissé l'idée de devoir épouser l'oligarque qui a mis sa famille en faillite.

Là-bas, dans ce qui s'apparente à une école de redressement méditerranéen ou le lavage de cerveau est sournois, un paradis de façade dirigé par une directrice démoniaque et à baffer, elle se liera avec d'amitié un groupe d'autres détenus qu'il faut " changer " (la star pop Amarna, l'anxieuse Yu et Chloé, trop volumineuse pour sa famille), avant de peu à peu tracer les contours d'une potentielle évasion, ignorant que le véritable but de l'installation est plus sinistre qu'ils l'imaginent...
Fable futuriste fermement placée dans le monde de l'imaginaire, tout en offrant une vision sensiblement pertinente et intrigante - même si pleinement amplifiée - de l'état catastrophique du monde moderne (les pauvres suffoquent et peinent à subsister, tandis que les riches se complaisent dans l'opulence et les jeux pervers, les normes étouffantes auxquelles les femmes de la bourgeoisie doivent se conformer,...), Paradise Hills offre un versant distinctement féminine de la dystopie, où tout ce qui brille et est esthétiquement sublime, n'est in fine qu'une cage dorée, une jolie prison de rose et de coton où toute jeune femme rebelle (ou plutôt elle-même) se voient jeter en pâture dans le programme/moule de poupée parfaite et docile exigé par leurs proches, qui serait presque le pendant féminin du programme de " réhabilitation " d'Orange Mécanique.

[CRITIQUE] : Paradise Hills

Copyright Manolo Pavón

Mieux, dans une histoire sans véritable indication de temps (pour en accentuer le vertige anxiogène), il démontre avec une puissance étonnante, que le sexisme ambiant et toxique autant que la stigmatisation sociale de la femme aujourd'hui, ne survit même pas aux normes illimités de la richesse : les princesses du film se doivent d'être leurs propres chevaliers blancs si elles veulent être sauvées.

Se rappelant au bon souvenir de ses piges dans la publicité et la mode, Waddington offre une patine stylistique post-moderne incroyablement merveilleuse et ambiguë à son conte macabre (tout est beau, mais à un double-sens fascinant), histoire d'éblouir son auditoire et d'intelligemment flouter les faiblesses évidentes de son intrigue (développement des personnages assez sommaire, la remise en question immédiate du lieu, rendant la résistance de son héroïne nettement moins intéressante à suivre,...), où du jeu plus où moins louable de son casting vedette : Emma Roberts squatte douloureusement l'attention, Milla Jovovich surjoue (comme d'habitude, mais c'est ici parfait pour son personnage), là ou Awkwafina et Danielle MacDonald ne demandaient qu'un peu plus de présence pour voler le show, tandis qu'Eiza González est à tomber et capte avec malice toutes les nuances de son personnage.
Fantaisie enlevée au parfum enivrant, cohérente et plutôt bien rythmée (même s'il peine un peu a démarrer), fascinante dans son fond autant qu'elle est éblouissante dans sa forme, Paradise Hills est une fable révisionniste d’une originalité frappante et qui offre une parabole à la fois relativiste et divertissante aux femmes opprimées.

[CRITIQUE] : Paradise Hills

Copyright Manolo Pavón

Une île etrange et paradisiaque, qui intronise sans forcer Alice Waddington au panthéon des nouvelles cinéastes à suivre, et qui nous donnerait bien envie d'y retourner plus tard... dans une salle obscure de préférence.


Jonathan Chevrier

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