Écrire le documentaire

Par William Potillion @scenarmag

Tout comme la fiction, le documentaire est un objet fascinant. Capable de saisir le génie humain et de le rendre de façon lumineuse s’il est conçu avec toute la profondeur exigée.

Travailler l’écriture d’un documentaire peut être aussi un moyen pour un auteur habituellement de fictions de se libérer de certaines limites.

La note d’intention

La note d’intention devrait être la première étape avant toute écriture (d’un scénario ou d’un documentaire). Elle est la profession de foi de l’auteur. Elle explique ses intentions.
Cette note d’intention doit être précise et claire sur ce que veut celui qui se propose d’écrire plus tard un documentaire (et espère le faire produire).

Classiquement, la note d’intention occupe un maximum de 5 pages. Au-delà, l’attention du lecteur (quel qu’il soit) risque de se diluer. C’est un exercice difficile parce que lorsqu’on commence à s’épancher, le chaos et la volubilité s’installent vite.

La note d’intention est le premier acte fondateur (et vendeur) d’un projet. C’est à travers elle qu’un lecteur percevra la qualité du projet (et le sujet importe peu). La note d’intention décide dès l’abord du devenir de ce projet.

Le financement

Inutile de se voiler la face, le documentaire est un objet très difficile à financer. Peut-être même plus qu’un scénario.

La technologie permet maintenant de faire tout et n’importe quoi au moindre coût. Il suffit de regarder ce qui est diffusé sur le net pour s’apercevoir que cette technologie est trop souvent au service de la médiocrité.

Pour satisfaire à l’exigence de qualité, il faut investir. Certes, l’investissement dépend du sujet envisagé et le budget correspondra aux besoins que le sujet crée.
La recherche de financement intervient après la note d’intention car cette note ne devra certainement pas être tenue en certaines contraintes par des questions de moyens. Le sujet en souffrirait.

Le financement d’un documentaire est certes plus aléatoire que celui d’un scénario. Cependant, il est moins un parcours du combattant.

Trouver un budget, c’est trouver des personnes qui partageront votre vision. Le financement participatif, associations, institutions, entreprises, les chaînes de télévision elles-mêmes, toutes ces organisations sont susceptibles d’apporter une partie ou la totalité d’un budget.

Pour les convaincre, il faut démontrer à ces investisseurs ce qu’ils pourront retirer de ce projet. C’est-à-dire par exemple une reconnaissance, une promotion de leur cause ou de leur image, un retour financier d’un prêt participatif… Toutes les raisons sont valables parce que contrairement au scénario, elles ne se fondent pas sur un espoir (par exemple une star pour attirer les foules) mais sur un véritable besoin.

Planifier

Il y a quelque chose qu’il faut bien comprendre. Que l’on soit en fiction ou en documentaire, l’essence du projet est une histoire. Le documentaire exige d’être scénarisé.

Pour communiquer avec autrui, il est nécessaire d’organiser et de planifier son discours. Abattons tout de suite un mur : c’est précisément la même chose que pour l’écriture d’un scénario. Oserais-je l’affirmer ? Le documentaire possède en effet son personnage principal.

Concrètement, le plan décrit les événements. On a ainsi une idée des moyens à mettre en œuvre pour donner une réalité aux événements décrits. On sait où l’on va, les rencontres que l’on doit faire en préparation ou en tournage, la recherche documentaire nécessaire.

On peut alors diviser le projet en actes. Chaque acte sera un aspect du message global que vous essayez de transmettre avec votre projet de documentaire. Le plan est décidément un guide. Il est l’idée. Votre documentaire existe déjà en idée à travers son ordonnancement sur le papier.

L’écriture du documentaire

L’écriture d’un documentaire est particulière. On ne peut procéder tant que l’on n’a pas le matériel narratif, les données, les interviews… Tant que l’on n’a pas complété ses recherches.

Tout comme un scénario, 90 % du temps sera consacré à la préparation de l’écriture. Les 10 % restants en seront grandement facilités. Par contre, pour un documentaire, si vous ne possédez pas déjà le matériel narratif, au moins les interviews, car vous ne pouvez pas deviner ce que dira la personne que vous interrogez et si ce qu’elle vous dit peut être lié d’une façon ou d’une autre à votre message, vous ne pouvez pas vraiment écrire votre documentaire.

Il vous faut accumuler les visuels, peut-être que vous envisagez quelques effets spéciaux ou des reconstitutions, tant que vous ne les avez pas, vous ne pourrez pas les assembler.

Posé en d’autres termes, si vous n’avez pas obtenu le financement de votre projet (grâce à la note d’intention qui ne devra pas être timide face au budget qu’elle suggère), il n’est pas très utile de commencer l’écriture du documentaire (alors qu’on le peut avec un scénario de fiction).

Toucher émotionnellement

Le parallèle avec l’écriture d’un scénario fonctionne encore. Le lecteur/spectateur doit pouvoir se rattacher à votre projet. Et c’est par l’émotion que l’on y parvient. Le concept de personnage principal est toujours présent car c’est sur lui que se porte l’empathie du lecteur.

Un documentaire sur une histoire personnelle, sur l’étrange destinée d’un individu intéressera forcément le lecteur. Si le lecteur peut s’ouvrir émotionnellement à votre message, il peut comprendre la complexité de ce que vous tentez de lui dire.

Le lecteur/spectateur veut être transporté ailleurs. Il aime apprendre des choses nouvelles qui pourraient le motiver et lui donner un point de vue autre sur le monde.

Votre point de vue sans la propagande

Présenter des faits et la réalité du monde est difficilement impartial. En effet, l’auteur devra faire des choix. Il conservera certaines informations et en éliminera d’autres.

La question à se poser est de bien savoir ce que vous voulez dire. Lorsque vous serez d’accord avec vous-mêmes, vous vous apercevrez qu’il sera bien plus facile de concrétiser votre projet et votre lecteur/spectateur appréciera la clarté de votre message qu’il soit ou non d’accord avec ce que vous lui présentez.

Même s’il désapprouve ce que vous lui dites, le lecteur/spectateur restera accroché à votre documentaire parce que celui-ci lui donne matière à réfléchir. Vous lui montrez un autre point de vue. Contrairement à un scénario, ce n’est pas tant un effet que vous recherchez avec votre interlocuteur. Vous ne cherchez pas à rendre votre lecteur/spectateur dans un certain état d’esprit.

Vous lui apportez une information précise. Les conséquences de cette information nouvelle pour le lecteur ne sont pas contrôlables. Dans l’écriture d’un scénario, vous emmenez votre lecteur vers un horizon que vous avez prévu. Un documentaire ouvre de multiples horizons mais ce n’est pas votre problème.

Affinez votre projet

La conception d’un documentaire est sensiblement la même que celle d’un scénario. Écriture et réécriture sont parties intégrantes du processus. Elles vous permettent de définir votre message et de bien concevoir votre histoire.

Un documentaire peut faire appel à un narrateur. Dans ce cas, l’écriture du documentaire doit refléter le style du narrateur (un peu comme le genre colore singulièrement une fiction).

La réécriture est aussi ce moment où peuvent apparaître des divergences entre les faits et le message que vous souhaitez communiquer. Il vous faudra faire de nouveaux choix et probablement vous procurer d’autres faits pour compléter ou expliciter votre propos.

Un documentaire n’est pas une simple observation de la réalité humaine. C’est une fenêtre ouverte sur notre nature humaine, sur ce qui nous motive, sur ce qui nous remplit de joie ou de tristesse ou encore de haine.

Un documentaire traite de choses réelles avec de vrais gens et de vrais problèmes. Il atteint le lecteur/spectateur au cœur.