[Mostra de Venise 2019] “Ad astra” de James Gray

Par Boustoune

De quoi ça parle ?

D’un astronaute envoyé aux confins du système solaire pour sauver la Terre d’un désastre imminent.
Plusieurs vagues d’ondes électromagnétiques venues de Neptune ont déjà ravagé une partie de la planète et les autorités pensent que la prochaine, encore plus massive pourrait signifier la fin du monde. Roy McBride (Brad Pitt), un astronaute expérimenté, est choisi pour enquêter sur le phénomène. Mais au fur et à mesure de sa mission, Roy comprend qu’il n’a pas été choisi uniquement pour ses compétences professionnelles. Son père (Tommy Lee Jones), héros de la conquête spatiale porté disparu depuis plusieurs années, pourrait bien être à l’origine de ces étranges vagues électromagnétiques…

Pourquoi on n’a pas eu des étoiles plein les yeux ?

La première moitié du film est plutôt réussie. Après une introduction spectaculaire montrant les effets d’une de ces fameuses tempêtes électromagnétiques sur une station orbitale, James Gray prend le temps de présenter son personnage principal, soldat modèle aux capacités physiques hors normes, mais traversant une passe difficile sur le plan personnel, et de mettre en place une atmosphère mystérieuse, laissant planer le doute sur l’origine de la catastrophe annoncée,  le rôle du père de Roy dans le phénomène, et les véritables intentions de l’agence ayant financé l’expédition.
Cela donne envie de faire un bout de chemin aux côtés de McBride, d’autant que la première escale, sur la Lune, recèle quelques belles idées. Gray dépeint la Lune comme une destination touristique à la mode, accessible par des vols commerciaux ressemblant à s’y méprendre à ceux des compagnies aériennes d’aujourd’hui. Les vacanciers restent cependant cantonnés à la base lunaire principale, sorte de complexe hôtelier moderne, avec boutiques de souvenirs, magasins d’articles de luxe et les mêmes panneaux publicitaires que dans les métropoles occidentales. Hors les murs, on trouve le désert lunaire, sillonné par des pirates prêts à dépouiller les voyageurs imprudents. Comme souvent, le luxe et la consommation de masse côtoient la misère et la violence.

Mais la suite du voyage est un peu moins palpitante, hormis une ou deux péripéties destinées à réveiller le spectateur. Le récit s’essouffle, le rythme retombe et l’intérêt s’étiole. Le slogan “Un mars, et ça repart” s’avère ici totalement mensonger. Au contraire, passé la planète rouge, le récit se concentre sur l’axe narratif le plus convenu, laissant de côté toutes les belles idées amorcées ça et là. Le spectateur, qui s’était pris à rêver de moutons électriques, d’odyssée de l’espace ou de philosophie interstellaire doit se contenter d’une version neurasthénique d’Armageddon, doublée d’un banal mélo familial. Difficile retour sur Terre…
On ne peut pas reprocher à James Gray de rester cohérent avec la logique intimiste qui porte toute son oeuvre, mais on attendait malgré tout une réalisation plus ample, plus forte et plus ambitieuse.

Techniquement parlant, il n’y a rien à redire. Le film est réalisé proprement, les images sont sublimes et Brad Pitt est plutôt convaincant en astronaute taiseux et torturé, mais la fusée manque trop de kérosène pour nous envoyer en orbite. Le film suscite un vague ennui, et sera vite balayé par les vents de Neptune…

Angles de vue différents :

Malgré quelques réflexions intéressantes sur l’affrontement international pour l’accès aux ressources ou la capacité de la race humaine d’être une « dévoreuse de mondes », James Gray se contente d’effleurer ces sujets au profit d’un nécessaire recentrage « sur l’essentiel » qui sent un peu le déjà vu.
(Olivier Bachelard, Abus de Ciné)

Ad Astra or Ad patatras ?????”
(Nicolas Le Grand, critique off. pour Abus de Ciné)

Una clamorosa delusione pesante e soporifera”
(Davide Turrini, FQ Magazine)

Ad Astra est un chef-d’œuvre et, en son sein, Brad Pitt est impressionnant
(Louis Lepron, Konbini)

Prix potentiels ? :

Rien, le vide intersidéral, ou à la rigueur un prix d’interprétation pour Brad Pitt.


Crédits photo :
copyright James Gray/20th Centry Fox, images fournies par la Biennale di Venezia