Le bandit

Par Platinoch @Platinoch

Un grand merci à Sidonis Calysta pour m’avoir permis de découvrir et de chroniquer le DVD du film « Le bandit » de Edgar G. Ulmer.

« C’est écœurant d’avoir si peur d’une pendaison. Même si c’est la sienne ! »

Son complice abattu lors du hold-up d’un wagon de marchandises, Santagio trouve refuge dans une ferme isolée du Haut-Mexique. Si Manuelo Lopez, le fermier, projette de le tuer pour s’emparer du butin, il y renonce après que le bandit en fuite lui a sauvé la vie. Pendant ce temps, sa femme, Maria, fatiguée d’une vie de labeur et de misère, supplie le fugitif de l’emmener aussi loin que possible. Bientôt, au moment de son départ, Santagio voit arriver Gunt, son receleur, accompagné de policiers…

« Avec moi, toutes tes idées sur le péché vont changer ! »

Né en Bohême au sein de ce qui était alors l’Empire austro-hongrois, Edgar G. Ulmer profite de l’effervescence culturelle qui agite successivement Vienne puis Berlin pour peaufiner ses talents auprès des plus grands. Tour à tour décorateur pour Max Reinhardt puis scénariste pour Murnau (sur « Tabou »), il est avec plusieurs de ses jeunes condisciples (Billy Wilder, Robert Siodmak, Fred Zinnemann) de l’aventure du film « Les hommes le dimanche » pour lequel il est crédité comme coréalisateur. Mais montée du nazisme oblige, il part en exil dès le début des années 30 à Hollywood où il décroche rapidement un bon contrat avec les Studios Universal. Abonné aux séries B, son nom sera rapidement associé au cinéma d’épouvante (« Le chat noir ») et au film noir (« Le démon de la chair »). Ce n’est que sur le tard qu’il s’essayera à différents genres dont le western avec « Le bandit » en 1955 qui impressionnera fortement François Truffaut au point qu’il dira que ce film a nourri son inspiration pour l’écriture de son « Jules et Jim ».

« Être raisonnable avec tout cet argent ? Mais si j’avais été raisonnable je ne l’aurai pas eu ! »

Vendu comme un western, « Le bandit » est un film un peu hybride, qui comporte également des éléments de drame social et de film noir. Dans le Mexique du tout début du vingtième siècle, on y suit la cavale désespérée d’un ancien guérillero, revenu désabusé des révolutions pour lesquelles il a combattu. Se retrouvant seul après la mort de son vieux complice, il entrainera dans son ultime braquage un paysan désargenté dont il croisera la route et dont il convoitera l’épouse délaissée et malheureuse. Au-delà même de son intrigue assez basique (le braquage et la poursuite qui s’en suit), le film surprend par son scénario qui inverse les codes traditionnels inhérents à ce genre cinématographique en faisant du personnage du desperado un être sensible et doué d’un certain nombre de valeurs (il demeure charitable auprès des plus pauvres, redistribue une partie de son butin) et se révèle finalement bien plus valable que le modeste paysan qu’il contraint à l’accompagner commettre son forfait, qui lui se montre cruel, cupide et totalement déloyal. Entre les deux, le personnage féminin se révèle tout autant intéressant, rêvant de briser ses chaines pour sortir de la condition de servante dans laquelle elle se retrouve enfermée depuis toujours. Mais plus encore, il plane sur le film une atmosphère élégiaque assez inédite dans l’univers du western. Telle une mélancolie teintée de fatalité, le film semble sonner le glas de l’ère des aventuriers idéalistes et des révolutions au profit d’un ordre brutal gouverné par les puissants et l’argent. Une vraie curiosité, portée qui plus est par un excellent Arthur Kennedy.

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Le DVD : Le film est présenté en version restaurée dans un Master Haute-Définition, en version originale américaine (2.0) ainsi qu’en version française (2.0). Des sous-titres français sont également disponibles.

Côté bonus, le film est accompagné de deux présentations respectivement signées Bertrand Tavernier et Patrick Brion.

Edité par Sidonis Calysta, « Le bandit » est disponible en DVD depuis le 23 mai 2019.

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