Exercices pour une histoire – 5

Par William Potillion @scenarmag
Le salut et la lumière

Un homme et une femme. Elle semble préoccupée. En 300 mots, écrivez leur histoire. Vous ferez de l’un d’eux le personnage principal (ce qui ne signifie pas qu’il sera aussi le protagoniste car le protagoniste est celui qui fait avancer l’histoire, le responsable de l’action en quelque sorte, mais cela ne l’oblige pas à être le personnage principal).

Faites en sorte que les concepts de salut et de lumière (quelle que soit la signification de ces mots pour vous) soient au cœur du discours.

Se lâcher

Il n’est pas facile de trouver sa voix en tant qu’auteur. Il y a tellement de choses qui nous retiennent. On est tellement influencé. Là où l’on appartient, on attend de nous d’être dans la norme.

L’auteur doit être libre. Normativité et censure se confondent parfois.
Considérons le langage (en fait, n’importe quel moyen d’expression tant qu’il permet de nous exprimer comme un texte ou une image) comme un moyen d’atteindre ce que nous sommes vraiment.

Cela commence par écrire ce que l’on ne saurait dire en public sans en éprouver de la honte. C’est là aussi que le choix des signes (mot, image, icône…) intervient. Pour nous dévier de l’embarras, de l’humiliation, du scandale.

On peut être sage et pieux aussi si c’est ce que nous avons choisi.

Le but de cet exercice est d’aller au-delà des limites en usant des mots qui, par habitude, nous blessent.
Posez sur cinq pages ce langage étrange qui est au fond de vous et qui ne manquera pas de vous surprendre.

Mary Shelley

Mary Shelley, auteure de Frankenstein, est née le 30 août 1797. Selon ses propres dires, son roman est la retranscription d’un rêve.

Si nous émettons l’hypothèse que le rêve est un assemblage ou plutôt un ré-assemblage des événements que nous avons vécu mais dans le rêve, il sont hors du temps et des lieux de leur survenance.

Cherchez davantage dans votre mémoire que dans votre imagination ce matériel qui constitue vos rêves et posez-le en une histoire.

Un personnage secondaire

Considérez une histoire que vous aimez bien. Avec un peu d’effort, on peut y distinguer les fonctions des personnages.
Ces fonctions que l’on peut assimiler à des archétypes après tout (ce qui n’est pas un mal, bien au contraire) nous désignent arbitrairement des personnages secondaires.

Imaginons que nous adoptions le point de vue de ce personnage. Nous pourrions raconter la même histoire mais selon cette nouvelle perspective.

Suspense

C’est la nuit. Votre personnage principal est seul dans une maison. Soudain, deux autres personnages frappent à la porte.

Cette scène sera la séquence d’ouverture que vous vous apprêtez à écrire. L’intérêt de cette séquence est primordial parce que c’est elle qui décide du destin qu’un lecteur accordera à votre histoire.
Un auteur instille dès la séquence d’ouverture les questions dramatiques dont le lecteur cherchera la réponse plus tard. Cela crée du suspense, donc, on tourne les pages.

Qui est ce personnage principal ? Que fait-il dans cette maison ? Connaît-il ceux qui frappent à la porte ? Qui sont-ils et que veulent-ils ?
Pour cet exercice, vous pouvez vous contenter de cette scène d’ouverture.

Passé et présent

Ne cherchons pas à expliquer comment le passé influe sur le présent. Essayons plutôt de raconter une histoire qui mêlera le passé et le présent dans des éléments fictifs.

Ne faisons pas une comparaison non plus. Plutôt une opposition ou bien encore choisissez deux domaines (comme la religion et la science comme le fait Dan Brown) et imprégnez-en votre intrigue, les lieux et les situations, les dialogues et bien sûr, les personnages.

Suggestion

A travers une situation et quelques personnages, suggérez que quelque chose de grave s’est produit. Ne décrivez pas ce qu’il s’est passé. Parlez plutôt des conséquences.

Description

Une histoire prend place dans un monde. Nous avons des personnages qui sont soumis au monde et d’autres en rébellion contre ce monde.

Supposons que vous soyez intéressé par les inégalités sociales. Listez les détails qui pourraient vous permettre de faire comprendre à votre lecteur que ces inégalités sociales sont précisément l’univers, l’arrière-plan de votre histoire.
Ce n’est pas une problématique. Nous ne cherchons pas à explorer le thème de l’injustice sociale. Seulement à en observer les détails pour recréer un monde réaliste.

L’être et le paraître

Comment apparaît-on aux autres ? Cela révèle souvent quelques traits de personnalité et un style de vie. Mais ce sont des caractéristiques empruntées.
Dans notre vie privée, celle où nous sommes face à nous-mêmes, notre réalité est radicalement différente.

Avec un même player (terme du vocabulaire Dramatica pour une seule entité. Pour cet exercice, il s’agit d’un même personnage mais le player pourrait tout aussi bien être un lieu), imaginez deux personnages pour nourrir une intrigue et créer de la tension dramatique.

La fin n’est pas la fin

Continuez une histoire que vous avez lue. Par exemple, un journaliste d’investigation met le doigt sur une corruption au sein d’une municipalité d’importance moyenne (conflit d’influence ou ce que vous voulez).

On n’échappe pas à la corruption. L’esprit est comme le corps. On entretient la morale comme on travaille ses muscles mais au bout du compte, tout s’effondre.
Reprenez cette pensée très pessimiste et continuez de façon à la rendre positive.

Se découvrir d’un fil

Un auteur cherche sa vérité. Imaginez un personnage qui a une addiction quelconque et qui en éprouve de la honte. Mais bien sûr, il ne résiste pas. Comment le pourrait-il d’ailleurs ?

La voie de la vérité n’est-elle pas celle qui nous force à nous rencontrer sur le même chemin ? Sans possibilité d’y échapper.

Plongez un peu en vous-mêmes. Quel épisode le plus honteux vous rappelez-vous ? En quelques pages, écrivez le contexte dramatique de cet événement. Le défi ici n’est pas d’exorciser ce sentiment, que vous en donniez un blanc-seing pour qu’on vous absout.
Ce serait un psychologisme de mauvais aloi. Considérez plutôt cet exercice comme une anagnorisis, c’est-à-dire comme une révélation.