Years and Years, le futur c’est maintenant

Par Fredp @FredMyscreens

Il y a de la concurrence cette année côté séries. L’attendu final de Game of Thrones, le choc de Chernobyl. Mais celle qui décroche la palme et qui devrait être incontournable, c’est Years and Years. Encore une fois les anglais mettent tout le monde à l’amende avec une mini-série d’anticipation aussi effrayante que touchante et révoltante. Bref, c’est excellent et immanquable !

Vous avez été déçu par les derniers épisodes de Black Mirror sur Netflix ? Rassurez-vous les anglais (la série est produite par la BBC, et diffusée également aux US sur HBO) ont encore des atouts dans leur manche. Cette fois le créateur de Queer as Folk et Cucumber et responsable de la relance 00’s de Doctor Who s’attaque à la mini-série d’anticipation en convoquant autant l’anthologie de Charlie Brooker que l’intrigue familiale de This is Us, mais c’est aussi du côté de l’anticipation réaliste et pessimiste des Fils de l’Homme qu’il faut regarder.

Car Years and Years nous entraîne donc aux côtés de la famille Lyons pendant 10 ans. Nous apprenons rapidement à les connaitre en 2019, le grand frère et sa famille travailleurs avec une fille mal dans sa peau, la grande soeur activiste, le cadet gay et marié et la benjamine, mère enjouée et handicapée, sans oublier leur mère célibataire isolée. Et sans prévenir, nous voilà parachutés cinq ans dans le futur puis une année supplémentaire par épisode.

Dès lors, la paranoïa s’installe, l’isolement du pays aussi avec une montée d’un parti nationaliste, des tension internationales, une réduction des droits, des technologies qui s’immiscent plus dans la vie privée et le corps humain… mais la grande réussite de la série est de voir ces changements nationaux et mondiaux à travers les yeux et les actions de la famille. Ainsi l’aîné va faire faillite et devoir être hébergé avec toute sa famille chez sa mère alors que sa fille veut s’abandonner au cloud, et le cadet va tomber amoureux d’un réfugié qui sera expulsé. Et en toile de fond, la politicienne nationaliste Vivienne Rook prend de plus en plus d’importance.

Tout cela est traité avec un effrayant réalisme et l’on se dit qu’effectivement cette projection à 5 ou 10 ans, avec tout ce qu’il se passe aujourd’hui (Brexit, Trump, essor de la Chine, Facebook et la vie privée, …) pourrait bien devenir réalité. Avec une justesse d’écriture bluffante pour nous immerger dans cet univers d’anticipation et une réalisation qui peut se montrer aussi froide et brutale que touchante par moment, on ne peut qu’être entraîne dans cette spirale qui colle des frissons.

Et comme on s’attache à une famille, on s’attache aussi à des personnages qui évoluent, s’aime, se déchirent et vont mener leurs propres combats. A ce titre tout ce qui tourne autour de Daniel à la recherche de son amoureux renvoyé en Ukraine où il risque la mort est touchant jusqu’à un quatrième épisode particulièrement déchirant (surement le plus gros coup de poignard en plein coeur vu à la télé depuis longtemps). Ces destins finiront inévitablement par se lier à la grande histoire, parfois de manière légèrement artificielle mais on pardonnera cette incartade finale facilement car elle fait tout de même sens.

En 6 épisodes, c’est un véritable choc réflexif et émotionnel qui nous est asséné. Une grand claque qui devrait en faire réfléchir plus d’un sur l’avenir qui s’offre à nous et sur les luttes qui vont être à mener car nous n’en sommes qu’au début. C’est dit, Years and Years est la série de l’année !