Le joyeux charlatan

Par Platinoch @Platinoch

Un grand merci à Elephant Films pour m’avoir permis de découvrir et de chroniquer le DVD du film « Le joyeux charlatan » de Douglas Sirk.

« C’est terrible d’associer dans une même phrase des mots comme foyer et détention ! »

En 1904, le Docteur Tilbee, colporteur, aide Tad, un jeune garçon échappé d'un orphelinat aux mauvaises conditions (résultat de politiques véreuses) qui va être l'objet d'une enquête menée par Zerelda Wing, qui ne sait pas que son fiancée est un des politiciens responsables. Tad veut rester avec son nouvel ami le docteur Tilbee qui est attiré par Zerelda, à l'embarras de Clara son amoureuse de toujours.

« Ce n’est pas une affaire de loi mais une affaire de cœur »

Pour la plupart des cinéphiles, le nom de Douglas Sirk reste intimement associé à ses grands mélodrames flamboyants des années 50 avec Rock Hudson ou Barbara Stanwyck (« All I desire », « Demain est un autre jour », « Tout ce que le ciel permet », « Écrit sur du vent »...) dans lesquels il se livre en creux à une critique acerbe du puritanisme et du racisme de la société américaine (« Mirage de la vie » notamment). Pour autant, avant d'avoir la renommée suffisante pour mener à bien ses propres projets et imposer sa signature, ce cinéaste allemand exilé après l'avènement politique d’Hitler, cherche quelque peu sa voie à Hollywood où on le cantonne pendant près de dix ans à des films noirs de série B (« Hitler's badman », « Des filles disparaissent », « L'homme aux lunettes d'écaille ») et aux films en costumes (« L'aveu », « Scandale à Paris »). Son salut viendra à la faveur d'un passage sous la bannière des studios Universal au début des années 50, qui lui permet de changer de registre et d'enchainer les comédies légères à succès. Ainsi, après « Week end with father », « No room for the groom » ou le très bon « Qui donc a vu ma belle ? », il signe en 1953 avec « Le joyeux charlatan » une dernière comédie avant de s'adonner aux mélodrames.

« De nos jours, un garçon a besoin d’une famille et de recevoir une éducation. Les cow-boys n’ont plus d’avenir »

Soit l'histoire d'un orphelin en fuite de son hospice lugubre qui se retrouve recueilli par un bonimenteur itinérant, le tout sur fond de magouilles politiciennes et de corruption. Cette libre relecture d'Oliver Twist au far west se fait néanmoins sur un mode léger, foncièrement joyeux et, surtout, en chansons (pas mal de classiques américains comme « Oh Suzanna » ou de chants religieux). Le film est également peuplé de personnages hauts en couleurs,  à l'image du Doc, séducteur joyeusement mythomane qui raconte avec malice ses improbables aventures, ou de son assistant au grand cœur toujours prompt à pousser la chansonnette. Quant au scénario, simplifié à l’extrême, il offre suffisamment de coups de théâtres (très bonne scène que celle des faux cousins venus adopter l’enfant) pour maintenir l’intérêt du spectateur. Bien évidemment, ce « Joyeux charlatan » n’a pas la puissance des grands mélodrames du cinéaste, mais cette petite série B musicale fort divertissante se suit néanmoins sans déplaisir. Une véritable rareté qui mérite pleinement d’être vue.

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Le DVD : Le film est présenté en version originale américaine (1.0). Des sous-titres français sont également disponibles. A noter que contrairement aux autres Sirk parus chez Elephant Films, ce film très rare (inédit en DVD aux USA comme au Royaume-Uni) ne bénéficie d’aucune restauration et que sa définition est digne du bon vieux temps de la VHS.

Côté bonus, le film est accompagné d’une présentation du film par Jean-Pierre Dionnet, d’une présentation du réalisateur Douglas Sirk par ce même Jean-Pierre Dionnet, d’une Bande-annonce d’époque et d’une Galerie photos.

Edité par Elephant Films, « Le joyeux charlatan » est disponible en DVD depuis le 26 mars 2019.

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