LA CITÉ DE LA PEUR (Critique)

LA CITÉ DE LA PEUR (Critique)LA CITÉ DE LA PEUR (Critique)

SYNOPSIS: Odile Deray, attachée de presse, vient au Festival de Cannes pour présenter le film " Red is Dead ". Malheureusement, celui-ci est d'une telle faiblesse que personne ne souhaite en faire l'écho. Mais lorsque les projectionnistes du long-métrage en question meurent chacun leur tour dans d'étranges circonstances, " Red is dead " bénéficie d'une incroyable publicité. Serge Karamazov est alors chargé de protéger le nouveau projectionniste du film...

Les Nuls ont laissé une empreinte dans la culture populaire française si forte et si prégnante qu'il est difficile d'imaginer avec le recul qu'ils n'auront sévi ensemble que durant sept petites années seulement. De1987 à 1992 c'est sur Canal + qu'ils bâtissent les fondations de ce qui fera leur succès et qui s'inscrira pour l'éternité dans le cœur de leurs aficionados. Objectif Nul, le JTN, TVN 595, A.B.C.D. Nuls (stoppée rapidement suite à la mort brutale de Bruno Carette, le 8 décembre 1989), Histoire(s) de la télévision et Les Nuls L'émission auront forgé une légende qui ne s'est jamais démentie. Il aura fallu attendre 1994 pour qu'ils sautent enfin le pas, une fois dégagés de leurs activités télévisuelles chronophages et qu'ils viennent se frotter au grand écran. En dépit d'un box-office plus qu'honorable (2,2 millions d'entrées) ce qui n'en fait pas non plus un énorme carton, La Cité de la Peur est devenu au fil du temps un film culte dont les multiples rediffusions n'altèrent pas un instant la force de son caractère comique. Si Les Nuls étaient les représentants d'un humour clivant, leur ton était unique et leurs écrits ultra référencés, associant toutes les tendances de la comédie absurde venue d'Angleterre, des États-Unis et évidemment de France pour en tirer la substantifique moelle et trouver leur propre respiration. Après que Claude Berri qui passa à côté de l'esprit " Nuls " n'assure finalement pas la production du film c'est Charles Gassot qui reprend les cordons de la bourse de ce qui allait devenir un véritable phénomène transgénérationnel.

LA CITÉ DE LA PEUR (Critique)

La Cité de la Peur fait souffler un vent de fraîcheur sur le cinéma français formaté lorsqu'il débarque sur les écrans le 9 mars 1994. Imaginez un peu l'esprit de Goscinny, des Monty Python, des ZAZ, des Blues Brothers, du Saturday Night Live et de ses icônes avec le franc-parler, le décalage et l'humour que Les Nuls insufflent depuis 1987 à la télévision où ils ont repoussés des limites que seul un Coluche ou un Desproges avant eux avaient osés franchir. Pour réussir leur passage au cinéma et ne pas juste aligner une série de sketches, la forme a été aussi soignée que le fond. Si l'humour était une vertu indéniable du trio, il fallait faire en sorte qu'ils parviennent à articuler ensemble les éléments de l'intrigue pour donner suffisamment de corps à leur histoire. Car La Cité de la Peur est un vrai film de cinéma avec un récit qui se tient, aussi absurde soit t-il, des situations totalement loufoques jouées avec le plus grand sérieux par des acteurs tous plus formidables les uns que les autres et une mise en scène au cordeau (signée d'un de leurs complices de la télévision Alain Berbérian) qui offre des cadres somptueux pour que s'épanouisse tout le comique visuel si cher aux Nuls agrémenté d'une musique en parfaite adéquation signée Philippe Chany. Creusant avec virtuosité leur sens du délire et de la parodie, Les Nuls livrent un travail d'orfèvre extrêmement exigeant qui mixe à la fois l'hilarité de leurs émissions et les références cinéphiles qui font le bonheur des spectateurs. La grande force du film est de ne pas verser dans le fan service tout en proposant une relecture de ce qui faisait le sel de leurs aventures télévisées (les fausses pubs, les parodies, les numéros absurdes...) conçue dans le cadre d'un long métrage. Même après de multiples visionnages toutes les références ne sautent pas aux yeux et le film offre encore des surprises, des gags au second ou au troisième plan, des éléments de décor, des détails qui feront rire comme des bossus ceux qui sauront les débusquer.

LA CITÉ DE LA PEUR (Critique)

En réussissant à faire exister toutes leurs influences et en les amenant à ébullition dans un film qu'ils étaient les seuls à pouvoir faire de cette manière-là, Les Nuls ont écrit une date majeure du cinéma comique français. Ils ont montré qu'il était possible de faire une comédie populaire avec ce sens de l'absurde et du délire que l'on envie tant aux anglo-saxons, ils ont démontré qu'ils pouvaient écrire une véritable histoire avec ses rebondissements et sa dramaturgie sans renoncer au tempo comique, aux vannes hilarantes et sans faire de concessions au grand public en niant leurs personnalités. En jouant avec le fantasme populaire du Festival de Cannes et ses codes médiatiques, en ne prenant pas le public pour les idiots, sans calcul marketing et en n'étant pas cynique un seul instant, La Cité de la Peur est devenu un marqueur générationnel tout autant qu'un immense film comique dont on se récite les répliques, passées pour beaucoup dans la vie courante. Avec ses interprètes au diapason ( Gérard Darmon éblouissant, Sam Karmann excellent...), ses apparitions savoureuses et inoubliables ( Valérie Lemercier, Jean-Pierre Bacri...) le trio Alain Chabat-Chantal Lauby-Dominique Farruggia (tous trois absolument époustouflants) a inscrit son nom en lettres d'or dans l'Histoire du cinéma français. En ne dupliquant pas leur recette, Les Nuls ont laissé une trace indélébile dont on se repasse en boucle les prouesses.

LA CITÉ DE LA PEUR (Critique)

Titre Original: LA CITÉ DE LA PEUR

Réalisé par: Alain Berbérian

Casting : Alain Chabat, Chantal Lauby, Dominique Farrugia...

Genre: Comédie

Sortie le: 09 mars 1994

Ressortie le : 05 juin 2019 en version restaurée

Distribué par: Universal Pictures Video

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