La mouche

Par Dukefleed
Derrière l'épouvante, les peurs d'une époque
Un scientifique découvre et est proche de la maitrise de la téléportation. Il convie chez lui une journaliste pour lui présenter son invention et fait devant lui une expérience avec un objet. Entre eux démarre une histoire d’amour, improbable pour ce scientifique coincé. Un soir alcoolisé et triste de penser que sa jeune amoureuse est retournée vers son ex, il tente l’expérience de la téléportation sur lui-même ; mais une mouche s’est logé dans le télépod avec lui. L’ordinateur décide de fusionner leurs deux ADN et là commence la terreur. Le scientifique s’appelle Seth comme le dieu égyptien mi-homme mi-animal et est également le 3ème fils d’Adam et Eve ; il est donc la descendance d’une humanité dégénérée dont la partie animal persiste et prend le dessus sur l’humanité. Et de nombreux thèmes sur une humanité en mauvaise santé sont abordés dans ce film : la maladie et plus précisément le SIDA ; l’utilisation à mauvais escient de la science ;… Seth terré dans son labo offre un huis clos étouffant digne d’une série B et Cronenberg s’en donne à cœur joie pour exploiter toutes les dimensions des lieux avec un homme mouche grimpant au mur et marchant au plafond. Pur film de SF, il est aussi une fable noire, entomologique et métaphysique. L’homme devenu mi mouche voie tous les avantages de la situation et finit par se comporter comme un demi dieu et là Cronenberg apporte une critique cinglante à la surpuissance des hommes maitrisant la biologie ; une thématique qui aujourd’hui fait mouche en plein débat sur l’eugénisme. Mais la morale revient très vite avec un homme qui voie aussi les méfaits de se retrouver en marge de l’humanité. Dans une montée crescendo de l’angoisse, le finale fait office d’uppercut avec un homme aux désirs de savant fou ramené in extremis à sa nature humaine. Un film court concis avec un lieu et seulement 3 personnages (le scientifique, la journaliste et l’ex de la journaliste) et 2 animaux (un babouin et une mouche). Et c’est sur le dernier point que le bas blesse. Le triangle amoureux n’est pas crédible une minute, on ne comprend pas le lien entre la journaliste et son ex qui est odieux, qu’elle ne supporte plus, qu’elle regarde parfois comme un pygmalion, auprès duquel elle se confie, qui débarque chez elle pour prendre une douche. Il fallait 3 personnes pour que tous les ressorts narratifs se mettent en place, mais le trio ne marche pas. Tout comme le scientifique qui héberge des babouins chez lui et qui s’en sert comme des rats de laboratoires. Des invraisemblances acceptables tout simplement car il est clairement affiché que l’on est dans un film de genre. A voir comme référence du cinéma d’épouvante des 80’s.
Sorti en 1987
Ma note: 15/20