Selma

Par Inglourious Cinema @InglouriousCine

Lorsque nous étions enfants ma sœur, mon frère et moi, notre mère nous a élevés dans le respect de l'autre, quelques soient sa couleur de peau, sa religion ou son orientation sexuelle. Instillant en nous cette croyance que l'on était tous égaux. Et chaque jour qui passe, je remercie les valeurs qu'elle nous a inculquées et léguées. Toutefois, en grandissant, on s'aperçoit très vite que « égalité» est un mot à géométrie variable et que les discriminations sont nombreuses dans notre société. Et ce que je croyais acquis naturellement pour tous, fut acquis après de nombreuses luttes, que cela soit pour les femmes et les minorités. Est-ce fini pour autant ? Bien sur que non ! Les femmes sont toujours moins payées que les hommes pour un poste similaire et à travail égal, les personnes LGBT sont toujours plus agressées pour leurs orientations sexuelles et l'antisémitisme tout comme le racisme se portent beaucoup trop bien !
Que faire pour enrayer cela si ce n'est se battre encore et encore pour ses droits ? C'est ainsi que la réalisatrice Ava Duvernay apporte sa pierre à l'édifice, alors que le mouvement « Black Lives Matter » secoue les USA, en utilisant sa caméra, une icône emblématique et l'histoire de son pays.


« Selma retrace la lutte historique du Dr Martin Luther King pour garantir le droit de vote à tous les citoyens. Une dangereuse et terrifiante campagne qui s’est achevée par une longue marche, depuis la ville de Selma jusqu’à celle de Montgomery, en Alabama, et qui a conduit le président Jonhson à signer la loi sur le droit de vote en 1965. »
« Selma » est un film qui compte la grande histoire, au travers de la petite, celle des événements de Selma (les marches). Et le résultat au final est plutôt bon. Tout d'abord, parce que le film n'est pas un biopic, même si on veut nous le faire croire; car il fait étrangement écho à notre réalité, mais aussi parce qu'il sonne étonnamment juste. Une qualité qui fait souvent défaut aux films abordant la même thématique que « Selma ».
En 1965 le mouvement afro-américains pour les droits civiques a connu quelques victoires non négligeables avec par exemple la signature en 1961 de « l'Affirmative Action » par JFK qui permet de lutter contre les discriminations à l'embauche ou encore l'adoption en 1964 par le président Lyndon B. Johnson du « Civil Right Act » qui supprime les lois ségrégationnistes dites « Jim Crow ». Mais ce qui manque encore au mouvement, c'est l'égalité pleine et entière pour le droit de vote encore assujettit à bien trop de contrainte qui limite l'inscription des afro-américains sur les listes électorales. Et c'est à Selma en Alabama, un ancien état confédéré, que ce joue la bataille pour le droit de vote lors des « trois marches de selma », conclusion de « la campagne de Selma pour le droit de vote » débuté le 2 Janvier 1965.
Au scénario on trouve Paul Webb, qui a ma grande surprise livre une histoire bien plus factuelle que ce que l'on a l'habitude de trouver dans un film tiré de faits réels. On aborde ainsi avec sérénité les trois marches de Selma, qui se concluent par le discours de Martin Luther King à Birmingham. Le seul soucis de l'histoire, alors que c'est une qualité, c'est d'être aussi factuel, car cela devient beaucoup trop prévisible. Mais à côté de ça, il soigne les détails ! Le contexte est clairement établi (Attentat de l'église baptiste de la 16 ème rue), l'acte fondateur amenant aux marches explicité (Le meurtre de Jimmie Lee Jackson), l'ampleur de la répression policière (canon à eau, gaz lacrymogène et chien d'attaque) et gouvernementale ( les écoutes du FBI) ou encore les difficultés du président Johnson.


C'est ce mélange entre l'intimité des différents personnages ayant pris part à cela et le poids de l'histoire, qui fait tout l'intérêt du film. Puisqu'il ne s'agit pas que de l'histoire de Martin Luther King, mais bien l'histoire d'un mouvement, des gens qui l'ont fait et de ceux qui l'ont soutenu, qui montre qu'ensemble on va toujours plus loin !
La réalisation de Ava Duvernay est assez bonne et elle raconte cette histoire avec énormément de conviction, alternant le spectaculaire, avec l'intime ! où même si l'on ne connait pas tous les personnages dans le détail, elle nous donne cette impression de proximité et de chaleur pour que l'on y croit, notamment pas sa direction artistique qui nous ramène aisément dans les années 70, en plus du travail de la costumière Ruth E. Carter. La photographie de Bradford Young y participe aussi, en inondant l'image d'une lueur jaune et dé-saturer, montrant selon l'endroit la chaleur de l'instant ou l'aridité du climat ambiant. Et ce soin apporté à la reconstitution est un plus qui sert lors des diverses scènes de tensions qui sont sans concession, notamment par le montage de Spencer Averick qui fait en sorte que ça reste lisible, ou encore à ce que l'émotion nous prenne à la gorge lors de l'acte final.


Le casting du film est de qualité, tout comme la direction d'acteur d'Ava Duvernay qui tire le meilleur d'eux-mêmes. On trouve une pléiade d'acteurs et d'actrices talentueuses, comme Tessa Thompson, Carmen Ejogo, Lorraine Toussaint qui sont aux cœurs du mouvement, au même niveau que les hommes, avec courage et conviction. Puis du côté des acteurs, on trouve Common, Wendell Pierce, André Holland, Corey Reynolds et tant d'autres qui incarnent des activistes convaincus, tel James Bevel ou Hosea Williams. On trouve aussi Tom Wilkinson, convaincant président Johnson; ou encore Tim Roth qui incarne parfaitement l'imbuvable gouverneur Wallace. Mais celui qui canalise cela, c'est David Oyelowo dans le rôle de Martin Luther King ! Il est absolument bluffant du début à la fin. C'est une performance de choix, ou l'on ressent toutes les facettes de l'homme et ce poids face au combat qu'il mène avec les siens. Et le discours de fin est touchant, inspirant, électrisant …