J’ai quelque chose à vous dire… Bertrand Blier

Très cher Bertrand Blier,

J’ai quelque chose à vous dire… Bertrand Blier

Mes mains tremblent à l'instant de les poser sur le clavier pour vous dire à quel point vous avez bouleversé ma vie de cinéphile. Et pourtant la première fois où j'ai croisé un de vos films ce n'est pas dans une salle de cinéma mais dans les colonnes du magazine Première où officiait votre partisan le plus acharné au monde: Marc Esposito. C'est par l'intermédiaire de sa plume enlevée, poétique, dithyrambique que l'envie de découvrir votre œuvre m'est venue. La claque fut stratosphérique. Comme celle que Depardieu inflige à Miou-Miou dans la séquence d'ouverture de Tenue de soirée vous voyez le genre? On ne se remet pas d'une telle entrée en matière sans que ça ne vous laisse des séquelles irréversibles comme l'amour fou et sans retenue pour votre art du dialogue et votre façon de faire sonner les mots dans la bouche de vos interprètes ou cette admiration sans bornes pour vos séquences d'ouverture et votre éblouissante maestria pour nous emmener dans votre monde et faire en sorte qu'il devienne le nôtre. Ce regard énamouré que je porte sur la poésie et le surréalisme dont vous saupoudrez vos films ne m'a pas quitté depuis cette découverte de Tenue de Soirée. il s'est au contraire développé, renforcé au fil du temps, une espèce d'amour irraisonné pour votre œuvre que j'essayais à mon tour de promouvoir autour de moi, vantant les mérites de votre travail à tout bout de champ, déclamant certains de vos dialogues comme des mantras bienfaisants, essayant en vain de domestiquer le frisson et le vertige qui me saisissaient avant de découvrir votre nouveau coup d'éclat, collectionnant fébrilement le moindre article ou le moindre ouvrage qui vous était consacré.

J’ai quelque chose à vous dire… Bertrand Blier

J'ai vibré à vos mots, à vos saillies humoristiques, à vos provocations, j'ai perçu la beauté et me suis senti élevé par vos dialogues comme rarement avec le travail d'un scénariste et d'un metteur en scène. Votre œuvre m'accompagne depuis cette époque où j'ai tout découvert dans le désordre mais où j'ai été enthousiasmé par Les Valseuses (et un peu mal à l'aise aussi je le confesse), étourdi par Préparez vos mouchoirs, fasciné par Buffet Froid, ému par Beau-Père, amusé par La Femme de mon Pote, estomaqué par Notre Histoire, ébloui par Trop Belle pour toi, emporté par Merci La Vie, plié en quatre par Les Acteurs... Si vos derniers films ont un peu étiolé le fil de notre histoire commune, ce n'est pas que je ne les ai pas aimés, mais juste qu'ils ont eus sur moi un impact moindre, coincé entre deux éclairs de votre génie, j'avais cette sensation diffuse de voir votre inspiration un peu moins en verve, concomitamment m'a t-il semblé, à de plus grandes difficultés pour monter vos nouveaux projets... Je n'en ai pas moins découvert chacun de vos nouveaux films le cœur battant, la confiance et l'espoir chevillées au corps de tomber sur une nouvelle pépite qui viendrait s'ajouter au trésor déjà amassé. Et il y avait toujours à prendre bien sûr, des mots enfilés comme des perles pour constituer la plus belle des parures, des images étonnantes, des cadrages saisissants, des idées séduisantes, le cinéma dans sa plus pure expression, la notion d'auteur poussée à son paroxysme ... Et votre talent et non des moindres est de savoir nous faire aimer les actrices et les acteurs qui, sous votre direction, prennent une dimension telle, qu'ils cannibalisent souvent avec vous le reste de leur filmographie. Depardieu, Dewaere, Miou-Miou, Michel Blanc, Carole Bouquet, Josiane Balasko, Alain Delon, Anouk Grinberg, Charlotte Gainsbourg ont rarement été si beaux, si forts, si ébouriffants que devant votre caméra, vous savez les magnifier comme personne et leur proposer des partitions qui les rendent exceptionnels.

J’ai quelque chose à vous dire… Bertrand Blier

Il était temps, alors que votre Convoi Exceptionnel prend enfin la route, neuf ans après votre dernier film, -NEUF ans que l'on se ronge les sangs en se demandant quand votre prochain film arrivera enfin- de vous dire merci. Merci pour tout ce bonheur en grappe, pour ces rires en cascade, pour la beauté des mots et le punch, pour ces moments de grâce qui constituent une des œuvres les plus marquantes du cinéma français contemporain. Depuis plus de 45 ans vous arpentez le cinéma français en long, en large et en travers et vous tracez un chemin inédit que personne n'a emprunté avant vous et que personne n'empruntera ensuite. Vous êtes un être unique à la personnalité détonante et vous vous êtes fait un prénom dans cette jungle implacable. Oui vous ne l'avez pas volé ce merci, je revois passer les images marquantes de votre filmographie, je ris, je tressaille, je suis ému, " et on bandera quand on aura envie de bander" . Et je repense forcément à cette anecdote : Il y a quelques années alors que vous vous rendiez seul à l'avant-première du Cœur des Hommes 3, je vous ai aperçu aux abords du cinéma et j'ai osé prendre mon courage à deux mains pour aller vous parler et vous dire toute mon admiration. Nous avons marché plusieurs minutes côte à côte en échangeant quelques mots -enfin je parlais et vous répondiez brièvement et courtoisement- mais j'étais sur un nuage et je n'oublierais jamais ce moment suspendu qui nous emportait l'un et l'autre vers la projection du film de celui qui m'avait fait me passionner pour votre travail. J'ai eu le sentiment à ce moment-là de boucler la boucle en quelque sorte même si j'ignorais alors que j'allais interviewer Marc Esposito à plusieurs reprises ensuite. Je ne désespère pas avoir la chance que cela arrive aussi avec vous un jour prochain. J'ai gardé précieusement l'adresse mail que vous m'aviez confiée au moment de nous séparer (ainsi que le selfie loupé que j'avais eu l'audace de vous demander). Je vais d'ailleurs de ce pas vous renvoyer un nouveau mail pour retenter ma chance.

J’ai quelque chose à vous dire… Bertrand Blier

Ne vous en déplaise cher Bertrand Blier notre histoire, la votre, la notre, la mienne c'est de l'amour et comme chacun sait " Une histoire d'amour, c'est comme une œuvre d'art : une étincelle, beaucoup de patience, et la patine du temps. ". Qu'il nous en reste encore un peu à partager serait un immense privilège avant que l'on ne constate avec amertume qu' " on est tous en cellule mon petit pote, toi, moi, tout le monde. La vie est une prison. Et la plus terrible de toutes parce que pour s'en évader faut passer l'arme à gauche ". En attendant merci à vous d'avoir fait qu'un jour, même à votre corps défendant, votre œuvre ait télescopée ma vie. Depuis, tout a plus de goût.

Votre dévoué Fred Teper


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