Intime conviction

Intime convictionUne justice des hommes imparfaite
Jacques Viguier est accusé de meurtre de sa femme et acquitté ; quoi de plus logique dans un crime sans preuve et pire encore sans cadavre. Aux Assises, le parquet peut faire appel. Et boum ! Un nouveau procès va se dérouler à Albi ; le parquet suivant l’enquête de la police a l’intime conviction que Viguier est coupable d’un meurtre sans cadavre !!! Alors que l’on comprend très vite qu’aucune autre piste que le crime familial n’a été sérieusement étudiée ; à ce titre, un schéma présenté devant le tribunal par la fille de Viguier démontre toute l’étendue des possibles quant à cette disparition inexpliquée. Antoine Raimbault dont c’est le premier long métrage livre ses propres obsessions. Il est la Nora du film. Qui est Nora ? Dans ce film hyper documenté, le réalisateur a bon goût de mettre un personnage purement fictionnel au cœur de l’enquête, Nora. Nora, c’est vous, c’est moi et peut être même Raimbault lui-même. Une jurée du premier procès qui a « l’intime conviction » que Viguier est innocent et qui consacre tout son temps libre et plus encore à décortiquer l’enquête et les pièces à conviction. Cette force de conviction de Nora finit par faire froid dans le dos ; c’est une croisade où la frontière entre le droit et la haine est ténue. Mais ce personnage montre aussi au combien la justice des hommes est friable ; au combien prouver l’innocence ou la culpabilité d’un homme est aussi lié aux moyens humains et financiers que l’on peut mettre en œuvre pour sa défense. Même la police pour l’enquête n’a même pas exploité toutes les pièces à sa disposition ; et la défense si elle en a les moyens peut démonter l’enquête. Mais sans moyen, sans une Nora, qu’advient-il d’un Viguier ? Eloquent. Et c’est bien un focus intéressant sur le mécanisme de notre propre justice et de ses lacunes qui éclatent aux yeux. Et le message du film est implacable. Quant à l’histoire même de ce procès atypique ; le contenu technique du dossier est quelque peu brouillon et on peut se perdre dans une démonstration pas toujours très claire. On n’est pas dans « Faites entrer l’accusé » puisque le sujet est la justice ; mais pour le fond du dossier judiciaire, le doc apporte plus de billes. On aurait donc juste aimé que le traitement de l’affaire soit plus étoffé. Un bon film judiciaire sur les failles et imperfections de notre système malgré tout.
Sorti en 2019

Ma note: 14/20


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