Quand une femme mont l'escalier

Par Platinoch @Platinoch

Un grand merci à Carlotta pour m’avoir permis de découvrir et de chroniquer le blu-ray du film « Quand une femme monte l’escalier » de Mikio Naruse.

« Je déteste monter l’escalier. Mais une fois en haut, je fais confiance à ma bonne étoile »

Keiko, une hôtesse de bar d'un certain âge, doit jongler entre ses dettes et subvenir aux besoins de sa famille.

Détestant son travail et accablée par les contraintes sociales imposées par son entourage et sa famille, elle espère trouver l'amour avec un de ses clients.

« Tu es comme tous les autres. Tu ne tiens jamais tes promesses »

Subtil observateur de l'évolution des mœurs de la société japonaise et peintre délicat de portraits de femmes, Mikio Naruse s'était déjà intéressé de près à la condition des femmes de compagnie. Notamment dans « Au gré du courant », en 1956, où il filmait l'inéluctable déclin d'une petite maison de Geisha tokyoïte, symbolisant la disparition progressive du Japon traditionnel et séculaire au profit d'un Japon moderne et rattrapé par la société de loisirs et de consommation. Construit comme un effet de miroir, « Quand une femme monte l'escalier » (1960) reprend peu ou prou cette même thématique, mais dans le Japon moderne des années 60. D'ailleurs, le film adopte ainsi un style résolument moderne qui rappelle les grands films noirs américains dans lesquels la voix du héros s'adresse directement aux spectateurs. Les maisons de Geisha ont ainsi laissé place à des bars de nuit où les hommes d'affaires et les riches cadres viennent passer un peu de bon temps à boire de l'alcool en compagnie de jolies hôtesses et autres entraineuses.

« Je veux boire jusqu’à en mourir »

Mais si les mœurs et les modes changent, les préoccupations du cinéaste restent les mêmes, à savoir de s'intéresser à ces femmes reléguées au rang d'objets de plaisir. Avec une grande délicatesse, Naruse - qui retrouve pour l'occasion sa muse, l'actrice Hideko Takamine - s'immisce dans le quotidien de l'une d'elles, que tous appellent Mama. Mais derrière la douceur des sourires qu'elle affiche devant ses clients, Mama traine avec mélancolie le dégoût que lui inspire sa profession. Un emploi choisit par nécessité, lui permettant de subvenir aux besoins de sa famille, plombée notamment par l'inconséquence d'un frère bon à rien. Car loin de condamner au nom de la morale et de la bienséance la vie des femmes de petite vertu, le cinéaste dénonce ici surtout l'hypocrisie de la société et pointe aussi bien la culpabilité d'un entourage familial toxique (qui se comporte comme des proxénètes en envoyant la fille au turbin pour mieux profiter d'elle) que de la lâcheté des hommes en général, toujours prompts à faire des promesses pour mieux disparaitre une fois l'amour consommé. Dans tous les cas, Naruse érige ces femmes trop souvent mais trop mal aimées comme le dirait la chanson, en héroïnes du quotidien, renonçant à leurs aspirations de normalité pour le bon plaisir de ces riches messieurs. Et dénonce, par le même coup, le temps d'un formidable dernier plan, l'hypocrisie et la vacuité d'une société basée uniquement sur les apparences.

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Le blu-ray : Le film est présenté dans un Master Haute-Définition, en version originale japonaise (1.0). Des sous-titres français sont également disponibles.

Côté bonus, le film est accompagné d’une préface de Pascal-Alex Vincent, cinéaste et enseignant, co-auteur du « Dictionnaire des acteurs et actrices japonais ».

Edité par Carlotta, « Quand une femme monte l’escalier » est disponible au sein du coffret consacré à Mikio Naruse, qui existe en édition DVD et en édition blu-ray, depuis le 21 novembre 2018.

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