Réalisatrice : Josie Rourke
Acteurs : Saoirse Ronan, Margot Robbie, Jack Lowden, Joe Alwyn, Guy Pearce, Martin Compston, David Tennant,...Distributeur : Universal Pictures International France
Budget : -
Genre : Historique, Drame.
Nationalité : Américain.
Durée : 2h04min
Synopsis :
Le destin tumultueux de la charismatique Marie Stuart. Épouse du Roi de France à 16 ans, elle se retrouve veuve à 18 ans et refuse de se remarier conformément à la tradition. Au lieu de cela elle repart dans son Écosse natale réclamer le trône qui lui revient de droit. Mais la poigne d’Élisabeth Iʳᵉ s’étend aussi bien sur l’Angleterre que l’Écosse. Les deux jeunes reines ne tardent pas à devenir de véritables sœurs ennemies et, entre peur et fascination réciproques, se battent pour la couronne d’Angleterre. Rivales aussi bien en pouvoir qu’en amour, toutes deux régnant sur un monde dirigé par des hommes, elles doivent impérativement statuer entre les liens du mariage ou leur indépendance. Mais Marie menace la souveraineté d’Elisabeth. Leurs deux cours sont minées par la trahison, la conspiration et la révolte qui mettent en péril leurs deux trônes et menacent de changer le cours de l’Histoire.
Critique :
Malgré les raccourcis dans l’histoire et la véracité moyenne de l’oeuvre, #MarieStuartReinedEcosse, mené de front par deux actrices fantastiques, résonne dans sa modernité et trouve parfaitement son chemin dans notre société actuelle (@CookieTime_LE) pic.twitter.com/BaTFnCMnIF— FuckingCinephiles (@FuckCinephiles) February 28, 2019
Alors que La Favorite hante encore - dans le bon sens - aussi bien nos esprits que les salles obscures hexagonales, il y a quelque chose de profondément excitant à l'idée de voir qu'une autre sortie elle aussi profondément engagée et moderne dans sa mise en image de l'histoire - souvent volontairement oubliée -, vienne lui emboîter le pas avec fougue.
Certes, les biopics contant les destins extraordinaires de nombreuses femmes à travers les époques sont plutôt légion depuis ce riche début d'année ciné 2019, mais il est assez rare de voir qu'autant de films arrivent à allier aussi bien une maîtrise minutieuse de leur propos qu'une vraie ambition cinématographique, comme si la claque ne devait plus simplement être qu'un acte louable, mais bien un geste dont la puissance se doit de marquer dans la chair la culture populaire et le septième art.En s'attachant au prisme de la vie de l'une des plus imposantes des figures historiques féminines, Marie Stuart, et plus directement dans sa relation avec la reine Elizabeth II, que l'on pensait pourtant connaître sur toutes les coutures - une véritable figure Shakespearienne avant l'heure -, la wannabe cinéaste Josie Rourke (figure installée de la mise en scène au théâtre), dont c'est le premier long-métrage, réussie pourtant la prouesse de nous faire re-découvrir le personnage tout en apportant à son récit une note de modernité incroyablement pertinante.
Ne sombrant jamais dans un académisme facile, la péloche n'a que pour seul volonté de compter avec un naturel et une pudeur désarmante (même s'il se permet quelques écarts avec la réalité), les destins de deux femmes de pouvoir fortes et singulières au sein d'une société patriarcale et volontairement mysogine qui n'aura de cesse que de remettre en cause ce pour quoi elles se sont battus, pour le simple fait qu'elles sont... des femmes; deux héroïnes des temps anciens et modernes, monarques insoumises et décidées (avant d'être sacrifiées) mais dont le sentiment de sororité/amitié sera terriblement mis à mal par leurs propres ambitions.
Avec une aisance proprement indécente pour un premier passage derrière la caméra, Josie Rourke superpose ses deux portraits avec subtilité (aucun jugement ne sera prononcé pour l'une ou l'autre) pour mieux les opposer au fil d'un récit foisonnant, infiniment juste et passionnant dans son discours sur la condition féminine (cruellement d'actualité) et l'homosexualité, autant qu'il est d'une nécessité absolue dans sa mise en avant loin d'être gratuite, de l'histoire, qu'elle tord à sa guise.Esthétiquement renversant, d'une écriture fine et intelligente, incarné à la perfection par deux comédiennes en totale possession de leurs moyens (Margot Robbie et Saoirse Ronan, absolument parfaites), Marie Stuart, Reine d'Écosse est un biopic étincelant, un jeu de pouvoir remarquable et puissant.
La belle séance du moment... avec La Favorite, doux hasard... ou pas.
Jonathan Chevrier
Le biopic (issu de l’anglicisme et de la contraction de biographical motion picture) est un genre mal aimé. Considéré comme trop académique, comportant de nombreuses erreurs, son penchant de ne montrer que le meilleur côté de la célébrité incarnée, le biopic est accusé d’être un genre cinématographique faible. Pourtant, et même depuis le début du cinéma, ce genre pullule. Le cinéma hollywoodien, surtout depuis les années 30’s, où chaque grands hommes de l’Histoire (des Etats-Unis et d’ailleurs) ont reçu l’honneur d’être incarné par un acteur célèbre et d’avoir donc un surplus de lumière sur leur carrière et leur vie. Mais comme nous le savons, si les historiens adorent raconter les hommes qui ont marqué, les femmes, elles, sont toujours mises de côté. Depuis les années 2000, cependant, les femmes sont enfin considérées, ce qui amène aussi un essor de films qui leur sont dédiés, à Hollywood. En France, nous continuons à nous intéresser aux hommes, même si le succès du film La Môme d'Olivier Dahan en 2007, a montré que oui, un film avec un lead féminin peut fonctionner.
Cette année, Hollywood a décidé de mettre les bouchées doubles et nous a proposé quatre biopics sur des femmes qui ont marqué l’Histoire. Une femme d’exception de Mimi Leder revenait sur les débuts de la juge à la Cour Suprême Ruth Bader Ginsburg, devenue une icône féministe. Colette de Wash Westmoreland revenait sur la jeunesse de l’autrice française Gabrielle Sidonie Colette et son histoire d’amour avec Willy.La Favorite de Yorgos Lanthimos s'intéressait à la reine Anne d’Angleterre et ses amours féminins. Et enfin, le film qui nous intéresse aujourd’hui, Marie Stuart, reine d’Ecosse de Josie Rourke. Alors oui, je vous vois venir. Il est vrai que Marie Stuart est loin d’être sous-représentée dans le cinéma. Nous comptons huit autres films, le plus connu étant celui de John Ford avec Katherine Hepburn en 1936. De même pour Elisabeth Ire, incarnée plus d’une vingtaine de fois. Pourtant, nous avons l’impression de redécouvrir son histoire au travers des yeux de la réalisatrice Josie Rourke et son scénariste Beau Willimon. Le film réhabilite enfin la figure de cette reine, considérée pendant longtemps comme une femme aux mœurs légères, une intrigante, et il évite la comparaison douteuse avec Elisabeth Ire, la Virgin Queen.
Un peu d’histoire …
Ce qu‘il faut savoir, c’est que Marie est catholique, alors que les anglais sont protestant. Nous sommes au XVIème siècle, les guerres de religions sont courantes. Si certains veulent voir Marie au Trône d’Angleterre, d’autres à contrario, voudront l’empêcher de nuire. Se considérant comme légitime au Trône, Marie Stuart veut entretenir des liens avec la reine, seulement si celle-ci accepte d’en faire son héritière directe. Sauf que Marie, ainsi que Elisabeth sont entourées d’hommes avides de pouvoir, qui n’hésiteraient pas à les renverser. Marie prend de mauvaises décisions, étant trop brusque, trop hargneuse pour les hommes. Son demi-frère, ainsi que les membres de son conseil réussissent à la longue à la faire abdiquer et lui donne une réputation de femme légère, d’intrigante. Elisabeth la prend tout d’abord sous sa protection en Angleterre, mais les rumeurs de complots contre elle l’oblige à signer son exécution. Marie Stuart et Elisabeth Ire sont des figures majeures dans la monarchie anglaise. Leur histoire est un exemple concret et important, montre la société sexiste et misogyne dans laquelle elles ont vécu et comment, pour garder le pouvoir, il leur fallait être encore plus vigilante, encore plus sur leur garde.
Femmes au pouvoir
Version moderne du XVIème siècle
Marie Stuart, reine d’Ecosse se démarque des autres biopics sur le personnage par sa façon de vouloir mettre en avant des questionnements modernes, qui font écho à notre société. Le regard de Josie Rourke se veut féministe et son point de vue est une bouffée d’air frais. Elle n’hésite donc pas à montrer les règles, d’une façon tout à fait ordinaire pour une fois. Le sang des règles fait peur, est tabou. Il est rare de le voir aussi bien représenté sur grand écran, dans une scène qui rend la séquence tout à fait banale et sert à démystifier ce passage naturelle du corps de la femme. Le film fait de Marie Stuart une figure progressiste, qui accepte dans sa cour le musicien David Rizzio, homosexuel et le fait bénéficier de sa protection. Malheureusement, cela ne suffira pas et le film montre un meurtre homophobe d’une violence inouïe. Si le sang venant des femmes est naturel et anodin, le sang qui provient des hommes est violent et sale. Nous avons également une scène de viol conjugal. Difficile à regarder, cette scène reste du point de vue de Marie et met en exergue jusqu’où le désir de pouvoir des hommes peut aller.
Mené de front par deux actrices fantastiques, mis magnifiquement en lumière par John Mathieson (Logan), avec une direction artistique de toute beauté, Marie Stuart, reine d’Ecosse coche toutes les cases qui fait de lui un excellent film. Pour une fois, la figure de la Femme, de la Reine au pouvoir prédomine et ne se contente pas simplement de rester sur les amourettes (comme bon nombres de biopics). Le film mélange habilement les propos sur être une femme au XVIème et être une femme de pouvoir et la difficulté de concilier les deux. On peut tout bonnement le mettre en lien avec La Favorite, qui contient le même thème (il est intéressant de savoir que la reine Anne du film est la descendante directe de Marie Stuart, qui emporta la dynastie des Stuart avec elle). Malgré les raccourcis dans l’histoire et la véracité moyenne de l’oeuvre, Marie Stuart résonne dans sa modernité et trouve un chemin dans notre société actuelle.
Laura Enjolvy