L'évadé de l'enfer

Par Platinoch @Platinoch

Un grand merci à Artus Films pour m’avoir permis de découvrir et de chroniquer le DVD du film « L’évadé de l’enfer » de Archie Mayo.

« J’ai perdu au cours de ma vie un paquet de fric en pot de vin... Ce poste de juge va me donner l’occasion de me refaire ! »

Abattu par son complice de toujours dès sa sortie de prison, le gangster Eddie Kagel se retrouve aux enfers. Surnommé Nick, le diable lui propose de retourner sur terre afin de lui permettre d’assouvir sa vengeance.

En échange, Eddie devra endosser la personnalité d’un juge à l’origine de la rédemption d’âmes promises à la damnation et le discréditer.

« N’écoute pas le Diable, il ne veut que ta perte »

Au lendemain de la Seconde guerre mondiale, Hollywood connait une éphémère mode des films à portée plus ou moins mystique dans lesquels certains défunts - voire même les anges - ont droit de revenir exceptionnellement sur Terre pour finir une mission ou se racheter une (dernière) bonne conduite. On se souvient ainsi de l'archange de « La vie est belle » de Capra venu sauver le héros du suicide en lui montrant ce qu'aurait été la vie de ses proches et de la communauté sans son action bénéfique pour tous. Une thématique également exploitée chez Lubitsch avec « Le ciel peut attendre », chez Koster avec « Honni soit qui mal y pense » ou encore chez Mankiewicz et son magnifique « Fantôme de Madame Muir ». « L'évadé de l'enfer », qui sera le dernier film du réalisateur Archie Mayo (« La forêt pétrifiée », « Une nuit à Casablanca »), s'inscrit un peu dans ce même registre, son intrigue étant peu ou prou basée sur celle du mythe faustien du pacte avec le diable.

« Ici et avec toi je découvre comme une sensation de tranquillité. Une autre vision des choses. »

Soit l'histoire d'un gangster sournoisement assassiné par son complice qui se voit offrir par le Diable lui-même le droit de remonter sur Terre pour se faire justice. A condition bien sur de rendre dans le même temps quelques menus services à Méphistophélès. Le scénario, plutôt plaisant, poussera l'ironie jusqu'à le faire revenir dans la peau d'un juge incorruptible et candidat au poste de gouverneur. Un procédé habile pour que le héros prenne conscience de ses torts et de la vie qu'il aurait pu avoir s'il était resté sur le droit chemin. A commencer par l'amour de la belle Barbara. Mais comme souvent dans la très moralisatrice Hollywood, il n'y a pas de véritable rédemption pour les truands ni pour les salauds et le héros devra se contenter in fine de négocier une peine allégée en enfer. Entre comédie et film noir, Archie Mayo signe là un film prévisible mais plutôt bien mené, qui surprend par sa tonalité douce-amère teintée d'un second degré savoureux (les échanges entre le héros et le diable sont souvent très drôles) et de sous-entendus sexuels tellement évidents qu'on s'étonne même qu'ils aient pu franchir la censure du code Hays. Tout juste regrettera-t-on le manque de charisme de Paul Muni (un Bogart aurait été tellement génial dans ce type de rôle) pour faire le poids face à un Claude Rains magistral en Belzébuth machiavélique. Une série B plutôt sympathique.

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Le DVD : Le film est présenté en version originale américaine (2.0). Des sous-titres français sont également disponibles. Aucun bonus ne vient compléter cette édition.

Edité par Artus Films, « L’évadé de l’enfer » est disponible en DVD depuis le 4 décembre 2018.

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