Si beale street pouvait parler – 13,5/20

Par Taibbo

De Barry Jenkins
Avec KiKi Layne, Stephan James, Regina King

Chronique : Beale Street est une histoire d’amour magnifique et tragique. L’extrême délicatesse qui la caractérise n’a d’égale que la violence sourde qui s’abat les deux jeunes amants.
Barry Jenkins laisse opérer son talent en livrant une mise en scène minutieuse, à la fois sophistiquée et discrète, élégante mais frontale. Elle a l’évidence d’une œuvre d’art. Il joue sur les flous, les couleurs, les plans serrés, sur une caméra qui enveloppe amoureusement ses acteurs, superbes et émouvants. Vrais. Elle donne de l’ampleur à de petites choses, un regard, des mains qui s’agrippent, un sourire qui se crispe. Un silence. Elle s’habille d’une remarquable composition musicale, alternant cuivres jazzy et cordes mélancoliques.
En misant sur un récit éclaté faisant des aller-retours dans le temps, il fait répondre à la pureté de l’histoire d’amour un propos très politique sur les erreurs judiciaires touchant la communauté afro-américaine. Toujours dans l’épure et l’économie d’effets dramatiques, le réalisateur parvient à tenir son paradoxe et à donner autant de poids à la douceur des sentiments qu’à la rage d’un propos engagé. La beauté de l’amour qui lie Tish et Fonny se heurte à l’injustice profonde qui frappe le couple, symbole des violences que subissent les afro-américains des quartiers défavorisés d’un New York en pleine mutation.
Ça se passe dans les années 70, mais Jenkins fait résonner son film dans notre époque, faisant de l’enfant que porte Tish un protagoniste à part entière, l’héritier de cette histoire. Ce pourrait-être lui, sans doute.

Synopsis : Harlem, dans les années 70. Tish et Fonny s’aiment depuis toujours et envisagent de se marier. Alors qu’ils s’apprêtent à avoir un enfant, le jeune homme, victime d’une erreur judiciaire, est arrêté et incarcéré. Avec l’aide de sa famille, Tish s’engage dans un combat acharné pour prouver l’innocence de Fonny et le faire libérer…