La Chambre des Officiers (2001) de François Dupeyron

Par Seleniecinema @SelenieCinema

Ce film est adapté du roman éponyme (1999) de Marc Dugain, qui sera lui-même réalisateur en adaptant ses propres romans comme "Une exécution Ordinaire" (2010), et aussi d'autres auteurs comme "L'Echange des Princesses" (2017). Le film est réalisé et scénarisé par François Dupeyron qui signe là son 5ème long métrage. L'histoire suit un soldat de 14-18 qui doit survivre en tant que Gueule Cassée, terme qui désigne les victimes de graves blessures aux visages... Ce film reste l'unique film sur le sujet, on peut citer l'excellent "Au Revoir Là-Haut" (2017) de et avec Albert Dupontel mais ce n'est pas son sujet réel. Et pourtant il faut rappeler que 14-18 c'est un grand minimum de 15000 Gueules Cassées rien qu'en France...

Le héros défiguré est incarné par Eric Caravaca qui joue là dans son 3ème des 5 films qu'il tourne sous la direction de Dupeyron. Ses camarades sont interprétés par Denis Podalydès qui sortait tout juste de l'excellente comédie "Liberté-Oléron" (2001) de Bruno Podalydès et Grégori Derangère qui connaitra sonheure de gloire un peu plus tard avec "Bon Voyage" (2003) de Jean-Paul Rappeneau et (2004) de Philippe Lioret. Le médecin et l'infirmière sont respectivement joués par André Dussolier et Sabine Azéma tandis que l'amante et interprétée par la jolie Géraldine Pailhas... Au début du film, on reste perplexe sur l'"accident", où comment comprendre qu'un obus arrive de nulle part dans un silence idyllique et un désert bucolique ?! Néanmoins l'atmosphère est d'ores et déjà fataliste, le film débute en effet au son de la "Marche Funèbre de Siegfried" de Richard Wagner. La photographie du film, signé du Directeur Photo Tetsuo Nagata, est soigné avec un ton monochrome afin de correspondre au mieux aux photos de l'époque. On est particulièrement impressionné par le traitement et le suivi des soins des Gueules Cassées. D'abord par la qualité des maquillages et effets visuels, mais aussi par l'effet psychologique et post-traumatique. Pour cette partie l'équipe a reçu les conseils techniques de chirurgiens stomatologues et cervico-faciale de l'Hôpital d'instruction des Armées du Val-De-Grâce à Paris... Le tout est surtout traité avec délicatesse, c'est bel et bien la grande force du film. On peut par contre trouver superflu la voix Off, même si elle n'est utilisée que sur une courte période pour les pensées du début de convalescence.

Si le film est très fidèle au roman à l'exception notable de la fin, mais cette fin reste entièrement cohérente avec un optimisme presque inattendue qui se conclut sur la musique enjouée "Spiegel im Spiegel" de Arvo Pärt. Le film fut sélectionné au Festival de Cannes et obtint 2 Césars, pour la photographie et le meilleur second rôle masculin pour André Dussolier ; d'ailleurs si l'acteur est excellent on peut légitimement penser que d'autres auraient sans doute été plus appropriés au vu des performances. Néanmoins, François Dupeyron signe un drame poignant et un hommage salutaire qui a de surcroît, le mérite de ne jamais tomber dans le pathos. Un bon et beau film à voir et à conseiller.

Note :