The Little Stranger (2018) de Lenny Abrahamson

Retour du réalisateur irlandais Lenny Abrahamson après son succès mérité (2016) qui a valu l'Oscar de la meilleure actrice à Brie Larson. Cette fois il adapte le roman éponyme (2009) de Sarah Waters, un premier roman qui a été salué entre autre par un certain Stephen King. Les producteurs Gail Evan et Andrea Calderwood, auxquels on doit "Les jardins du Roi" (2015) de Alan Rickman et "A Ceux qui nous ont Offensés" (2017) de Adam Smith, ont confié le scénario à Lucinda Coxon qui a écrit pour les films "Petits Meutres à l'Anglaise" (2010) de Jonathan Lynn et "The Danish Girl" (2016) de Tom Hooper. On suit un jeune médecin qui, de retour sur les lieux de son enfance, reprend contact via son fonction avec des aristocrates pour qui travaillait sa mère jadis... Ce médecin est incarné par Domhnall Gleeson (fils de l'excellent Brendan !) qui était déjà à l'affiche du film "Frank" (2015) de Abrahamson.

The Little Stranger (2018) de Lenny Abrahamson

La famille aristocrate est composée par la mère jouée par Charlotte Rampling dont la prestance toute british fait une nouvelle fois merveille, la fille est interprétée par Ruth Wilson qui trouve là son premier rôle important sur grand écran malgré un Golden Globe de la meilleure actrice dans une série dramatique dans "The Affair" (2015), puis le fils joué par le méconnaissable Will Poulter qui retrouve ainsi son partenaire Domhnall Gleeson après le chef d'oeuvre "The Revenant" (2016) de Alejandro Gonzales Inarritu... La grande majorité du film a été tourné au domaine de Langleybury près de Londres, un manoir du 18ème siècle qui a été choisi pour ne pas correspondre trop au style gothique attendu dans le genre maison hantée mais qui reste typique de l'aristocratie britannique, et symbole du déclin de leur classe sociale. L'effet flash-back montre ainsi la différence entre le faste passé et les effets du temps qui passe. Si on pense très vite à un mixte entre Hitchcock et James Ivory le film de Abrahamson est beaucoup plus froid et austère. Cette sensation est symptomatique du personnage principal, le docteur Faraday/Gleeson est particulièrement peu engageant, voir antipathique. Le contraste est saisissant et particulièrement judicieux puisque les membres de la famille Ayres (aristos) seraient presque plus chaleureux.

The Little Stranger (2018) de Lenny Abrahamson

D'une atmosphère pesante laissant penser à un histoire de maison hantée on s'aperçoit doucement que l'intrigue est un peu plus compliquée. Le film mélange les genres avec intelligence, Abrahamson signe une sorte de thriller dramatico-psychologique avec un fond anthropologique non négligeable... Le film laisse quelques blancs, quelques mystères bienvenus (pourquoi le déclin de cette famille aristos ?!) mais place également une intrigue avec une cause ambition/vengeance qui repose sur un lien peu tangible. Ensuite le cinéaste semble parfois un peu timoré, comme si il ne savait pas franchement jusqu'où il pouvait aller d'où quelques maladresses comme l'incendie qui est trop vite expédier alors qu'il devait être un paroxysme de démence, le premier jalon d'une montée oppressante. Pas parfait, un film qui pêche surtout par une raison du retour pas assez convaincante. Néanmoins le récit est prenant, l'atmosphère pesante avec une intrigue bien ficelée et des acteurs au diapason.

Note :

Little Stranger (2018) Lenny AbrahamsonLittle Stranger (2018) Lenny AbrahamsonLittle Stranger (2018) Lenny Abrahamson