[CRITIQUE] : Capharnaüm

Par Fuckcinephiles
 
Réalisateur : Nadine Labaki
Acteurs : Zain Alrafeea, Yordanos Shifera, Nadine Labaki,
Distributeur : Gaumont Distribution
Budget : -
Genre : Drame.
Nationalité : Libanais, Français.
Durée : 2h03min.

Le film est présenté en clôture du Festival de Cannes 2018

Synopsis :

À l’intérieur d’un tribunal, ZAIN, un garçon de 12 ans est présenté devant le JUGE.
LE JUGE : « Pourquoi attaquez-vous vos parents en justice ? »
ZAIN : « Pour m’avoir donné la vie. »

Critique :

D'une véracité bouleversante même s'il n'est pas toujours subtil dans l'expression de ses intentions et de ses émotions, #Capharnaum est une plongée aussi émouvante qu'éprouvante dans les bidonvilles libanais, porté par la justesse du jeune et époustouflant Zain Alrafeea pic.twitter.com/lpKM00TUU3— FuckingCinephiles (@FuckCinephiles) 20 mai 2018

Comme assez souvent à Cannes, alors que le jury vient de rendre son palmarès, les cinéphiles eux, débattent en trouvant toujours le moyen d'annoncer qu'un tel où un tel à été honteusement oublié, ce qui n'est décemment pas faux cette année (Burning et Leto en tête, sans oublié la formidable Zao Thao pour Les Éternels), mais tout de même, gageons que les prix remis par la troupe de (Queen) Cate Blanchett, furent pleinement justifiés - dans la généralité - et infiniment dans l'air du temps d'un Festival un poil plus impliqué dans certains combats, qu'à l'accoutumée.

Tous donc, même Capharnaüm et ses retours presses mitigés.
Nouveau long-métrage de la réalisatrice Nadine Labaki (le sublime Et Maintenant on va où), Capharnaüm joue jusqu'à l'extrême la carte de l'empathie et de l'émotion en contant l'histoire bouleversante d'un jeune garçon, Zain, accusé d'avoir poignardé quelqu'un et qui dans les tréfonds douloureux d'un Liban en souffrance, intente un procès à ses parents pour lui avoir donné la vie.

À hauteur d'enfants et avec une mise en scène intimiste proche du documentaire - à la caméra alerte -, la cinéaste concocte avec colère et flashbacks affûtés, une charge contre les dérives d'une société broyée par la misère où les parents sont jugés irresponsables tant ils abandonnent - quand ils ne sont pas obligés de les vendre où de les marier de force - leurs plus jeunes pousses, engoncées dans des bidonvilles de Beyrouth, pour les forcer à travailler plutôt que de s'instruire à l'école.

Époustouflant et immersif dans sa première heure (ou le spectateur prend totalement fait et cause du brillant Zain Alrafeea), le film se fait pourtant infiniment plus lourd dans sa seconde moitié, où la surenchère d'émotions devient infiniment moins subtile, tout comme la rigueur de son propos, avec l'arrivée d'une jeune femme sans papiers, accueillant le jeune héros - et lui ajoutant un jeune bébé dans les bras.
Larmes en gros plans et dialogues surlignant à outrance la leçon de morale- pourtant louable - de la cinéaste (sans oublier le score pesant en prime), qui se permet même une présence pas forcément juste; Capharnaüm se veut fort (ce qu'il est), trop fort, quitte à se brûler les ailes avec ses immenses ficelles scénaristiques.

Pas toujours fin dans l'expression de ses intentions donc, mais important dans sa volonté de mettre en lumière une vérité révoltante beaucoup trop poussée au mutisme, Capharnaüm est un beau et vibrant portrait d'une enfance obligée d'entrer dans la dureté de l'âge adulte presque dès la naissance, un puissant torrent d'émotions auquel il est parfois bien difficile de résister.

Jonathan Chevrier