Réalisateur : Lee Chang-Dong
Acteurs : Yoo Ah-In, Steven Yeun, Jeon Jong-seo,...
Distributeur : Diaphana Distribution
Budget : -
Genre : Drame, Thriller.
Nationalité : Sud-Coréen.
Durée : 2h28min.
Le film est présenté en Compétition au Festival de Cannes 2018.
Synopsis :
Lors d'une livraison, Jongsu, un jeune coursier, tombe par hasard sur Haemi, une jeune fille qui habitait auparavant son quartier. Elle lui demande de s’occuper de son chat pendant un voyage en Afrique. À son retour, Haemi lui présente Ben, un garçon mystérieux qu’elle a rencontré là-bas.Un jour, Ben leur révèle un bien étrange passe-temps…
Critique :
Puisant sa force dans le non-dit et une ambivalence pesante, #Burning joue tout du long la carte de l'épure & du minimalisme total pour mieux incarner un pur morceau de cinéma intimiste, puissant & complexe, une merveille de thriller hypnotique dont on ressort aussi k.o qu'ébloui pic.twitter.com/BCMTY3s81P— FuckingCinephiles (@FuckCinephiles) 18 mai 2018
Ce serait incroyablement réducteur de limiter la carrière de Steven Yeun à sa présence hautement remarquée pendant sept saisons, au sein de la (jadis brillante) série The Walking Dead et pourtant, impossible pour tous les fans du show, encore hantés par sa disparition brutale - et le mot est faible -, de ne pas penser à sa vision dans d'autres projets, à son personnage de Glenn Rhee; jeune homme aussi loyal que courageux, totalement saccagé par les scénaristes (qui n'ont très vite plus vraiment su quoi faire de lui dès la saison 5) mais qui cristallisait clairement tout ce qu'il pouvait rester de bon dans une humanité face à une apocalypse sans nom.
Ce qui n'empêche pourtant pas le bonhomme de se payer une sacrée carrière depuis (le délirant Mayhem, le très attendu Sorry To Bother You), qui lui a permis de squatter la Croisette deux années de suite, avec Okja l'an dernier et Burning de Lee Chan-Dong cette année (lui aussi un habitué du festival, Secret Sunshine et Poetry avaient déjà eu les honneurs de la sélection officielle); candidat plus que sérieux au palmarès.Drame vertigineux à la lisière du thriller psychologique, puisant sa force dans le non-dit et une ambivalence pesante, Burning joue tout du long la carte de l'épure et du minimalisme total, et articule son imposante toile d'araignée autour d'une relation supposément banale entre trois personnages finement croqués (et dont on ne sait finalement pas grand-chose), mais dont le malaise qui ronge leur interactions est intensément palpable et semble pouvoir exploser à tout moment.
En ne montrant rien ou peu, Lee Chan-dong réussit la prouesse pourtant de tout dire, notamment sur une Corée bouffée par la lutte des classes, une lutte personnifiée par la rage intériorisée de Jongsu, livreur discret qui se rêve écrivain (Yoo Ah-in, puissant), confronté à l'arrogance du golden boy Ben (Steven Yeun, parfait), aux activités professionnelles énigmatiques; mais véritable rival sentimental pour le coeur de Haemi (pétillante Jeon Jong-seo).Captivant de tout son (imprévisible) long, jonglant avec la temporalité et entre les genres avec une facilité proprement déconcertante, sublimé par une écriture redoutable, jamais réellement explicite (pour mieux intensifier ses nombreux niveaux de lecture) et une mise en scène exigeante; Burning, pur morceau de cinéma intimiste et complexe, est une merveille de thriller hypnotique dont on ressort autant k.o que profondément ébloui.
Une vraie oeuvre de virtuose, tout simplement.Jonathan Chevrier