[Cannes 2018] “Asako I & II” de Ryusuke Hamaguchi

Par Boustoune

Asako (Erika Karata), une jeune femme sage et réservée, rencontre Baku (Masahiro Higashide), un garçon taciturne, à une exposition sur le thème du double, dans un musée d’Osaka. Ils tombent amoureux l’un de l’autre, mais leur idylle est aussi fugace qu’un été. Très vite, le garçon laisse entrevoir un comportement erratique. Il est capable de disparaître sur un coup de tête, de laisser derrière lui ses proches pour partir en vadrouille pour un temps indéterminé. Il promet cependant à la jeune femme de toujours revenir auprès d’elle. Sauf qu’il ne précise aucun délai… Quand l’absence ne se compte plus en jours ou en semaines, mais en mois, Asako conclut que leur histoire est terminée et décide de refaire sa vie à Tokyo, en tant que gérante d’un café.

Deux ans plus tard, elle rencontre un client qui est le parfait sosie physique de Baku. Mais ce n’est pas lui. L’homme, Ryôhei, semble beaucoup plus mature, plus responsable et plus fiable que son ancien amant. Avec lui, il serait probablement possible de construire une véritable histoire d’amour. Elle se sent donc irrésistiblement attirée, mais, sans doute encore blessée par l’incompréhensible abandon de Baku, essaie également de le maintenir à distance. Si elle décidait de débuter une relation avec lui, serait-elle une copie conforme de sa romance avec Baku, avec ce que cela induit en humiliation et chagrin? Et si Baku finissait par tenir sa promesse et revenir, abandonnerait-elle Ryôhei pour le suivre?

Asako I&II est une petite oeuvre intimiste, humble et délicate, qui s’intéresse aux affres de l’amour et du hasard. Ryusuke Hamaguchi réussit assez bien, et c’est là l’essentiel, à décrire le séisme intérieur qui s’opère en Asako, la cassure que provoque cette double relation amoureuse, qui l’oblige à se confronter à ses propres contradictions et aux conséquences de ses choix. Pour autant, il ne s’agit pas d’une oeuvre mémorable. Sa simplicité, tant sur le fond que sur la forme, empêche de le considérer comme un candidat sérieux au palmarès cannois. A vrai dire, on comprend mal les raisons qui ont poussé les sélectionneurs à la placer en compétition officielle, face à d’autres longs-métrages autrement plus solides. Une projection dans une section parallèle aurait semblé un meilleur écrin à ce petit film fragile.