Red Sparrow, un chant eraillé

Red Sparrow, un chant eraillé

Après avoir travaillé ensemble sur les trois derniers épisodes d’Hunger Games, Francis Lawrence et Jennifer Lawrence poursuivent une fructueuse association avec Red Sparrow. Mais leur dernier-né ne possède ni le sous-texte ni la force de la quadrilogie inspirée par Battle Royale. Jennifer Lawrence qui a depuis révélée à plusieurs occasions, l’étendu de son jeu, avec quelques magnifiques rôles, notamment chez David O.Russel, dans Happiness Therapy, American Bluff ou encore Joy n’est ici qu’au quart de ses capacités dramaturgiques, desservie par un personnage sans aspérités.

Dominica Egorova (Jennifer Lawrence que l’on a vu dans Hunger Games – La Révolte : Partie 2, Joy, Hunger Games – La Révolte : Partie 1, X-Men: Days of Future PastHunger Games – L’embrasement et American Bluff) est première étoile du Ballet du Bolchoï lorsqu’un accident comploté par son partenaire la blesse à la jambe et l’empêche, de danser. Sa mère malade (Joely Richardson que l’on a remarqué dans Snowden et Maggie), entretenue par le Bolchoï, se retrouve, sans aides. Et c’est alors que son oncle Ivan (Matthias Schoenaerts qui jouait dans The Danish Girl), cadre des services secrets russes, lui propose du travail.

Red Sparrow, un chant eraillé

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Dominica (Jennifer Lawrence)

Red Sparrow inscrit son action dans la Russie actuelle, post-soviétique, mais dont les services de renseignement du FSB, successeur du KGB, ont gardés de nombreux cadres. Un brin caricatural dans les représentations des rapports entre l’État et les citoyens, issus de fantasmes sur l’Union Soviétique dont Hollywood mettra encore longtemps à se débarrasser, présentant tous les Russes comme de fervents patriotes prêts à tout sacrifier au pays, le film atténue néanmoins ces vieilles habitudes en renvoyant également l’Amérique dans les cordes où d’après l’agent de la CIA, Nate Nash (Joël Edgerton que l’on a vu dans Jane Got A Gun et Exodus : Gods And Kings), la liberté n’est qu’une aspiration métaphysique bien loin des préoccupations gouvernementales. Red Sparrow décrit aussi, brièvement, une société désolidarisée où, clairement les services sociaux ne sont plus ce qu’ils étaient et où le chômage agite son couperet. Reste toutefois que la dichotomie habituelle est belle et bien là, malgré la chute du mur, d’un côté les occidentaux sont romantiques et de l’autre les Russes sont insensibles. Une partie importante de l’action se situe également en Hongrie et celle-ci, même que le fascisme orbaniste la gangrène avec la bénédiction (ou du moins le silence coupable) des technocrates européens, est présentée de la manière la plus neutre qu’il soit, tous les soubresauts de son histoire récente ayant été gommée. À Budapest ou dans n’importe quelle autre capitale européenne, le résultat aurait été le même. L’action initiale du roman de Jason Matthews se situe d’ailleurs à Helsinki. Dommage que la production ne se soit tournée vers un pays fascisant.

Red Sparrow, un chant eraillé

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Dominica (Jennifer Lawrence) et Matrone (Charlotte Rampling)

Côté interprétation, le personnage de Dominica, froid et sans passions, ne se prête guère à laisser libre cours à l’interprétation parfois saisissante de Lawrence. Ici, la voilà réduite à feindre l’indifférence que sa formation à la manipulation induit. Les aspects scénaristiques censés lui donner corps, la maladie de sa mère et son rapport à la danse, reste des épiphénomènes. De son côté, Edgerton, qui pourtant incarne un personnage plus animé par ses sentiments, peine à contrebalancer. Il y a des acteurs qui peuvent incarner toute la palette du ressenti humain, comme Lawrence, avec brio, et ceux qui sont très bien cantonnés à des rôles de brutes épaisses. C’est un véritable gâchis de confier des rôles si plat à Lawrence qui s’épanouit dans des rôles dramatiques où, des personnages au caractère vraiment fort. Dominica Egorova subit tellement l’histoire que l’on nous compte que l’on finit par ressentir la même chose. C’est le belge Matthias Schoenaerts qui tient le mieux son rôle d’oncle sadique et pervers. Red Sparrow souffre d’un déficit important d’émotion d’autant plus qu’il n’y pallie pas en proposant une action trépidante ou des enjeux prenants. Même l’aspect dérangeant des scènes de sexes, soit franchement dégueulasses par leurs natures-mêmes, comme le viol subit par Dominica lors de sa première mission, soit d’un érotisme pudibond, comme la scène d’amour avec son alter-ego dont elle est censé être amoureuse, sans juste milieux, ne se justifie pas. N’est pas Verhoeven qui veut… Les autres personnages ne sont jamais assez développés pour que l’on s’y attache. Il manque ce soupçon de conspirationnisme qui fait le sel de toute bonne histoire d’espionnage. Même s’il faut reconnaître, toutefois que l’intrigue est bien ficelée, du moins son déroulement, imposant une fin suffisamment inattendue pour surprendre. 

Red Sparrow, un chant eraillé

Dominica (Jennifer Lawrence) et Marta (Thekla Reuten)

Red Sparrow avait tout pour séduire, une tête d’affiche que l’on suit de prêt et la promesse d’un thriller haletant. C’est sur un rythme trop lent que le film ne sait pas choisir de direction artistique qui la propulserait de son classicisme vers d’autre cieux. Ni le thriller, ni l’espionnage, ni la romance, ni le drame, ni l’action ne prennent suffisamment le pas sur les autres pour donner une consistance à l’ensemble. De chacun de ses aspects suinte d’un goût d’inachevé qui nous a réellement laissé sur notre faim.

Boeringer Rémy

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