[MOVIE CHALLENGE 2018] : Joe de David Gordon Green

Par Fuckcinephiles

#9. Un film dont un personnage a le même nom/surnom que moi (Movie Challenge 2018 / récapitulatif)
Que ce soit par son titre à trois lettres correspondant justement, au surnom de son héros, son thème de la figure paternelle de substitution, sa peinture des marginaux peuplant le sud des États-Unis dénuée de loi et de justice ou encore son acteur vedette Tye Sheridan; Joe transpire Mud à plein nez, sans pour autant atteindre sa splendeur un seul instant, la faute à un script foutrement bancal dont on ne s'est pas réellement qu'elle est son but précis, outre une mise en image de la relation fascinante et attachante entre Joe et Gary.
Mais si le film de Nichols trouvait sa singularité - et sa force - dans son développement proche du conte de fée contrariée (ce qui le rapprochait sensiblement des prods Amblin de tonton Spielberg), celui de Green lui, rappelant ses premières péloches (George Washington et L'Autre Rive en tête), planche plus pour une chronique social brute et sans concessions, sur une Amérique rude et dénuée de tout romantisme.
Son Americana est gangrenée par la violence, le racisme et la dureté, une image rugueuse jusque dans sa description de cette populace white trash, des rednecks aux accents de bouseux, rustres et misogynes pour la plupart et fortement portés sur l'alcool.
Le Killer Joe de Friedkin n'est d'ailleurs jamais loin, notamment à la vue de son cynisme où de la famille délirante du jeune Gary, copieusement surchargée dans la caricature, le cinéaste partageant avec le papa de Traqué, un sérieux penchant pour le sordide et le sinistre de la psyché humaine.

Drame familial sombre et pourtant férocement humain à la fois, souvent poussif et étiré sur la longueur - comme Mud, mais en moins maitrisé -, aux scènes frôlant parfois limite l'absurde ou le déconcertant, mais magnifiquement haletant grâce à un humour noir et un ton constamment oppressant, Joe fascine surtout dans sa volonté d'iconiser un Nicolas Cage/Joe que l'on ne rêvait plus de voir aussi inspiré et bouleversant.
Tout en intériorité, débarrassé de tout excès qui se retrouve bien plus ici dans la mise en scène que dans son jeu, Cage, barbu comme jamais, revennait un temos des enfers et nous retournait les tripes au point de nous faire chialer comme des madeleines par la simple force de son regard.
Sa relation avec Gary (Tye Sheridan, parfait), profondément réaliste et empathique, est l'attrait le plus puissant du métrage puisqu'il est constamment déconstruit et mis en parallèle par la vraie relation père-fils qu'entretient Gary avec son pater, destructeur, alcoolique et abusivement autoritaire.
Belle et sérieuse peinture sur la dureté des relations humaines, à la crudité quasi documentaire et au climax d'une violence inouïe, certes bourré de défauts mais sincèrement cornaqué (une réalisation privilégiant les scènes caméra à l'épaule et un découpage réfléchi, culminant parfois à des instants de pure magie et de poésie) et interprété, Joe est une œuvre noire et subversive sur la rédemption tout autant qu'un récit aussi intimiste qu'empli d'un lyrisme sincère.
Et comme chez le talentueux Cormac McCarthy, la violence y est douloureusement attractive et attirante.
« Tant que je me maîtrise, je reste en vie... Ca m'empêche de finir en taule. »


Joe de David Gordon Green avec Nicolas Cage, Tye Sheridan, Adrienne Mishler, Ronnie Gene Blevins,... (2013)
Dans une petite ville du Texas, l’ex-taulard Joe Ransom essaie d’oublier son passé en ayant la vie de monsieur tout-le-monde : le jour, il travaille pour une société d’abattage de bois. La nuit, il boit. Mais le jour où Gary, un gamin de 15 ans arrive en ville, cherchant désespérément un travail pour faire vivre sa famille, Joe voit là l’occasion d’expier ses péchés et de devenir, pour une fois dans sa vie, important pour quelqu’un. Cherchant la rédemption, il va prendre Gary sous son aile… "