Gaspard va au mariage (2018) de Antony Cordier

Par Seleniecinema @SelenieCinema

Après le triolisme dans "Douches Froides" (2005) et l'échangisme dans "Happy Few" (2010) le réalisateur-scénariste Antony Cordier revient pour conter un pan de vie familial original, où une famille soudée et atypique, avec une pincée d'inceste platonique, va tourner une page marquante de leur existence. Le cinéaste explique s'être inspiré de Claude Caillé, créateur du zoo de la Palmyre et il précise : "C'était un autodidacte d'origine modeste qui partait en Afrique capturer des animaux et les ramenait en France pour les montrer dans les écoles. Il a ensuite créé deux zoos : l'un est devenu le plus grand d'Europe et l'autre a périclité. (... ) ... C'était vraiment le zoo comme réservoir à fiction, le zoo comme machine à fabriquer des images surréalistes ! (...) Mais plutôt que de m'intéresser à la success story du plus grand zoo d'Europe, j'ai essayé d'imaginer l'histoire du zoo qui a périclité. Parce qu'on a tous l'impression de vivre la fin de quelque chose, non ?"...

Pour le casting, on salue le choix avec des jeunes stars de la même génération (éclose dans les années 2000-2005), tout en choisissant des acteurs d'univers différents. Pour les trois enfants on retrouve donc la charmante Christa Théret qu'on avait pas vue depuis "Marguerite" (2015) de Xavier Giannoli, Felix Moati qu'on avait pas revu depuis "A trois on y va" (2015) de Jérôme Bonnell et Guillaume Gouix. Les parents sont interprétés par Johan Heldenbergh acteur belge connu depuis le succès de "Alabama Monroe" (2013) de Felix Van Groeningen, et par Elodie Bouchez qui retrouve ainsi sa partenaire Marina Foïs (sans se croiser pourtant !) après avoir déjà tourné pour Antony Cordier dans "Happy Few". Et enfin, le plaisir de retrouver Laetitia Dosch, particulièrement remarquée dans "Jeune Femme" (2017) de Leonor Serraille, qui joue ici l'intruse au sein de la famille... Le film est séparé en différentes parties, mais plus que ce chapitrage ce sont les instants musicaux qui rythment le récit, chaque scène musicale (slow, "chorégraphie fraternelle", même silence...) appuyant un tournant. Ensuite le film repose sur deux belles idées. En premier lieu, le fils qui se choisit une petite amie fictive pour se rendre dans sa famille est un concept éculé depuis longtemps.

Mais cette famille est bel et bien un cas d'originalité qui peut effectivement désarmer une "pièce rapportée", qui plus est si elle ne joue qu'un rôle. Ajouté à cela une soeur qui se prend pour un ours, un fils inventeur s'inspirant de l'art japonais du Chindogu (on vous laisse chercher !) et enfin l'inceste platonique. Ce point de sexualité devient une marque de fabrique du cinéaste qui impose une certaine liberté et ouverture d'esprit qu'il transmet via Marina Foïs : "ça va pas menacer l'espèce"... Tournée au parc animalier du Reynou dans le Limousin, cette chronique familiale douce-amère est décalé et touchant, rafraichissant et poétique, sensuelle et agréable auquel il manque pas grand chose pour aller plus haut...

Note :