Le chat

Par Dukefleed
Les fauves ne meurent jamais... à moins que?
Pour qui attend une histoire d’amour entre deux monstres du cinéma, des bons sentiments et un happy end… Celui-ci est aux antipodes. Julien et Clémence joués par deux fauves du cinéma français (Gabin / Signoret) s’étripent joyeusement au crépuscule de leur vie et après 25 ans de mariage. Ce film décrit, comme peu avant et après lui, la déliquescence du sentiment amoureux avec le temps aboutissant avec l’impossibilité de se supporter, de vivre ensemble ; mais pourtant en continuant la vie commune comme si de rien n’était. Victimes du temps qui passe, ils préfèrent cet enfer à la solitude comme si ces échanges rudes et tendus qu’ils s’imposent étaient le seul moyen qu’ils aient trouvé pour briser l’indifférence dont ils font preuve à l’égard de leur conjoint respectif. Une description d’un couple en pleine descente aux enfers cruelle, mais terriblement réaliste. Lui froid, fermé et rustre ; elle, alcoolique, à la santé bancale et nostalgique d’un passé glorieux ; tous deux sont attendrissants par moments et ce couple par son réalisme doit en rappeller d’autres que nous avons côtoyé ou côtoyons toujours. Des couples incapables de communiquer ; où au moment d’un décès de l’un d’entre eux ; l’autre est inconsolable d’avoir perdu son pire ennemi ; mais aussi celui ou celle qui le rendait vivant à travers ces conflits. Granier-Deferre met en scène sobrement et avec une justesse irréprochable ce huis clos à couteaux tirés adapté du roman éponyme de Simenon. Moqué par Truffaut et confrères ; il fait partie de cette génération post Nouvelle Vague qui a continuée à surfer sur le cinéma à l’ancienne de qualité. Anachronique !!! Non, sa mise en scène est finement ciselée, les flashbacks bien amenés et le parallèle entre le couple en ruine et le quartier en pleine mutation superbement pensé. En mettant en scène une banlieue parisienne apocalyptique et en pleine mutation, on voie aussi la fin du monde ouvrier parisien, des petites gargotes,… Ce couple est donc aussi un des derniers vestiges local d’un monde en plein changement dont eux aussi finiront par être exclus.
Beau film sur un sujet difficile réalisé et joué avec une superbe maitrise. Un classique et le film préféré de Gabin dans sa carrière post 1945.Sorti en 1971Ma note: 19/20