Écrire un scénario : les fondamentaux (24)

Par William Potillion @scenarmag

Tout ce qui a pu se passer dans l’acte Deux mène irrésistiblement à ce que sera l’acte Trois. C’est-à-dire la résolution de l’intrigue, la solution au problème qui préoccupe le héros depuis le début du scénario.

Vous avez peut-être ressenti le besoin d’ajouter au moins une intrigue secondaire dans l’acte Deux. L’acte Trois et en particulier en son début se chargera d’apporter une solution à cette ou ces intrigues secondaires.
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Les conflits comme autant de questions que soulève le scénario auront une réponse dès le début de l’acte Trois.

Un changement de lieu

Beaucoup d’histoires amorcent l’acte Trois par un déplacement de l’action. Elles ajoutent aussi un déplacement dans le temps. Un scénario est un outil visuel et sonore. La description d’un nouveau lieu (comme peut-être le même lieu mais illuminé par un soleil resplendissant et une verdure chatoyante alors  que pendant tout l’acte Deux, il nous avait plutôt été présenté comme aride et sans vie) fait partie de l’expression cinématographique.

Le scénario doit donc apporter au lecteur d’un scénario ou au spectateur d’un film des éléments visuels et sonores suffisamment expressifs de ce média qu’est le cinéma.
Bien sûr, si votre histoire n’exige pas une telle mutation des lieux, ne vous forcez pas inutilement à vouloir l’insérer.

Tout élément dramatique doit faire sens. Un nouveau lieu devrait avoir une raison sémantique qui supporte le message de l’auteur ou le thème de l’histoire ou quoi que ce soit d’autres.
Par exemple, si une intrigue secondaire voit sa solution dans un échange entre deux personnages, cet échange pourrait avoir lieu dans la voiture qui les ramène chez eux après avoir passé le week-end à la campagne.

Un changement de rythme

Classiquement, après le point médian, les choses ont tendance à s’emballer. A la fin de l’acte Deux, soit elles sont toujours sur leur élan et l’acte Trois marquera son entrée par un ralentissement de l’action.
Les choses se mettront en position d’attente de quelque chose. Comme par exemple des soldats qui attendent la charge de l’ennemi, une sorte de calme avant la tempête.

Ou bien la fin de l’acte Deux calme le jeu avant le début de l’acte Trois. Dans ce cas, c’est l’inverse qui se produit. Les choses s’accélèrent lorsque cet acte Trois s’ouvre. C’est ce qui se passe dans Coup de foudre à Notting Hill lorsque William et ses amis se précipitent à la rencontre de Anna avant que celle-ci ne s’envole définitivement.

Le climax

Tout cela a pour finalité en somme de mener votre protagoniste vers le climax, c’est-à-dire son ultime confrontation avec ce qui a représenté la véritable force antagoniste jusqu’à présent.
Le climax étant l’ultime étape avant le dénouement de l’histoire.

On peut considérer que le climax est l’essence même de l’acte Trois. Gardez à l’esprit que cette série d’articles sur les fondamentaux du scénario n’est qu’une proposition d’écriture et de planification de votre histoire.
Vous pourriez très bien vouloir positionner votre climax dans la seconde partie de l’acte Deux. Vous devez opter pour ce avec lequel vous vous sentez le plus à l’aise.

Néanmoins, pour la première version de votre scénario (un projet d’écriture pour le cinéma réclame souvent un certain nombre de réécritures), vous pourriez vous fonder sur les articulations présentées dans cette série d’articles.
Quitte à changer l’ordre des choses plus tard.

Tout comme le passage dans l’acte Deux a demandé un événement spécifique, le passage dans l’acte Trois a besoin aussi d’un événement qui le caractérise. Comment se termine l’acte Deux ? C’est une question à se poser car la recherche d’un contraste entre l’acte Deux et l’acte Trois s’impose (précisément comme le passage entre l’acte Un et l’acte Deux).

Ce peut être un contraste purement visuel. Par exemple, l’acte Deux s’est déroulé pendant la nuit. Il fera jour lorsque l’acte Trois débutera. Le rythme aussi comme nous l’avons vu peut offrir une différence.
Ce qui compte, c’est qu’un rapport de causalité soit maintenu entre l’acte Deux et l’acte Trois au risque sinon de rendre confus le lecteur. Pourquoi les choses s’accélèrent-elles à travers les rues de Londres lorsque William Thacker et ses amis cherchent à retrouver Anna ? Parce qu’il y a urgence. Et cette urgence est précisément ce contraste entre la fin de l’acte Deux plutôt marqué par la résignation et l’envolée soudaine de l’espoir renaissant qui s’insinue déjà dans le dénouement.

La causalité est partout

La relation qui unit le dénouement et le passage dans l’acte Deux (un passage qui décide de ce que sera le début de l’acte Trois) doit être en rapport avec le dénouement.
Si vous éprouvez quelques difficultés a effectivement trouver un rapport entre la fin de l’acte deux et le dénouement (je vous rappelle que nous avons planifié ce dénouement avant de nous lancer dans l’écriture proprement dite du scénario), il faut envisager non pas de changer la fin de l’acte Deux afin qu’elle s’accorde avec la conclusion de votre histoire, mais bien plutôt de réviser la résolution de celle-ci.

Peut-être parce que maintenant que vous avez ainsi anticiper l’écriture de votre histoire, vous vous rendez compte que votre véritable message était tout autre que ce que vous aviez d’abord envisagé.
Quoi qu’il en soit, pour marquer ce début de l’acte Trois, décrivez en quelques lignes sur une petite note quelle pourrait être la scène (ou la séquence) que vous souhaitez développer à ce moment précis du scénario.

Rendez-vous au prochain article :
ÉCRIRE UN SCÉNARIO : LES FONDAMENTAUX (25)