Écrire un scénario : les fondamentaux (21)

Par William Potillion @scenarmag

Une histoire et à fortiori un scénario, c’est une succession de scènes. Parmi celles-ci, d’un point de vue structurel, il y a des étapes incontournables : le monde ordinaire du héros, l’incident déclencheur, le passage dans l’acte Deux, le point médian, le passage dans l’acte Trois et le dénouement.

L’intrigue, l’espace de l’acte Deux, est la durée la plus longue du scénario. Ce qui implique que le lecteur peut laisser vagabonder sa pensée si rien n’est fait pour la maintenir concentrée sur l’histoire.
Nous avons vu que l’acte Deux contient approximativement en son centre un point médian (ce point peut s’étendre sur plusieurs pages, nous ne sommes pas non plus dans un modèle géométrique).
Nous pouvons supposer que le point médian sépare l’acte Deux en deux parties.
Pour redonner de l’énergie à l’intrigue, il est coutume de placer en chacune de ces parties un événement (une scène ou une séquence de plusieurs scènes).

A propos des séquences

Un petit aparté pour donner un début de définition de la séquence. Plaçons-nous sur le plan d’une action. Celle-ci débute en un point et finit à un autre point. La distance entre ces deux points ne se mesure pas seulement par l’espace que cette action couvre mais aussi en terme de durée.

Entre le commencement et la fin d’une action, il peut exister un certain nombre de points intermédiaires qui rendent l’action plus compréhensible.
Considérons l’exemple d’un personnage que l’on voit ouvrir la porte de son appartement puis le plan suivant nous le montre, une main sur le volant, refermant la porte de sa voiture. Entre le début de l’action et la fin de celle-ci, il n’est nul besoin d’expliciter le mouvement. La description telle qu’elle nous est donnée est suffisamment explicite par elle-même.

Maintenant, imaginons que votre héros parcourt les couloirs de son lycée à la recherche de sa petite amie qui lui a pourtant bien donné rendez-vous à la salle de gym mais elle ne s’y trouve pas. Nous avons besoin de marquer l’absence de la petite amie.
Il nous faut donc, entre le début de la recherche et la fin de celle-ci, un certain nombre de points comme autant de salles qu’il visite pour donner sens à la recherche (ce qui ajoute aussi de la tension et du suspense).

Toutes ces scènes assemblées en séquence font partie de l’intrigue mais ne sont pas nécessairement un tournant majeur de celle-ci.
Il existe aussi la possibilité de découper son histoire en séquence comme nous pouvons le voir dans cette série d’articles :

L’effort pour relancer l’intrigue

D’abord, il faut comprendre que dans une fiction, les événements ne sont généralement pas posés là gratuitement. Il existe un nécessaire rapport de causalité entre les scènes.
En somme, un événement est l’effet (ou la conséquence) d’une action qui l’a précédée.

Ainsi, l’auteur peut rechercher la cause d’une scène qu’il est en train d’écrire ou imaginer les conséquences possibles de ce qu’il est en train d’écrire. Dans un sens comme dans l’autre, les possibilités narratives sont nombreuses.
Et cela lui permet de compléter l’espace entre les moments majeurs qui devraient figurer dans son scénario.

A fin de l’acte Un, le héros prend son envol dans son aventure. Les premières scènes de l’acte Deux consisteront en une période d’adaptation à ce nouvel environnement. Il faut savoir que l’intérêt du lecteur commence à s’émousser à partir de là à moins que quelque chose ne vienne relancer son envie d’en savoir plus.

Après cette période d’adaptation, il faut donc que le héros connaisse sa première épreuve comme une sorte de test de sa détermination à aller jusqu’au bout de son objectif.
Revenons un instant sur la période d’adaptation. Face aux difficultés de ce début d’acte Deux, le protagoniste (et conforme en cela à sa nature humaine) va tenter de contourner l’obstacle par la voie qui lui semble la plus facile d’accès.

Par exemple, votre héroïne a compris qu’un intrus avait pénétré son appartement. La première chose qu’elle fera sera de se précipiter vers la porte d’entrée pour fuir ce lieu maintenant devenu hostile.
Mais seulement pour se rendre compte que la porte est fermée. Elle se souvient alors qu’elle a posé les clefs sur sa table de chevet dans sa chambre qui est justement le lieu où se situe la menace.

La véritable première épreuve

Celle-ci peut revêtir n’importe quelle forme. Je reprends l’idée d’une héroïne qui passe le week-end dans une maison isolée en pleine forêt. Un inconnu cherche à la tuer mais il ne peut entrer, l’héroïne a réussi après quelques soucis à se barricader (c’est la période d’adaptation).

Maintenant, le lecteur se dit que la menace immédiate s’étant évanouie, votre héroïne va pouvoir appeler du secours. Elle cherche son téléphone portable (c’est le seul téléphone qu’elle possède) mais dans sa précipitation à se protéger du tueur, le téléphone est perdu ou détruit.
Elle se rue sur son ordinateur portable et commence à pianoter sur le clavier pour contacter quelqu’un. Cependant, le tueur n’est pas resté inactif. Il a trouvé l’arrivée de l’électricité et parvient à la couper.

L’héroïne se retrouve dans le noir. Son état émotionnel est totalement dévasté. Elle ne sait plus que faire et la silhouette du tueur se présente dans l’encadrement de la porte fenêtre, un mauvais sourire au coin des lèvres.
Cette épreuve qui se situe entre le début de l’acte Deux et le point médian est destinée non seulement à renforcer la question dramatique si le personnage principal réussira ou non son objectif (dans cet exemple, si l’héroïne survivra) mais aussi à démontrer la fragilité de sa situation comme s’il prenait lui-même conscience de sa position.

Prenons par exemple un jeune homme enthousiasmé à l’idée de défendre son pays et qui s’engage dans l’armée. Sa première épreuve sera alors la prise de conscience du sérieux de sa situation lorsqu’il verra tomber ses camarades sous les balles ennemies.
Vous pourriez aussi introduire un nouveau personnage ou bien si cela sied à votre scénario, en tuer un. Ce peut être aussi que les croyances de votre héros sont mises à mal. Un événement fait qu’il doute de tout ce à quoi il croyait jusqu’à présent.

Intensifier la situation

L’idée de ce moment intermédiaire dans la première partie de l’acte Deux est d’aggraver ou d’amplifier la situation du héros.
Que ce soit un obstacle irrésoluble (dans mon exemple, l’héroïne ne peut pas rétablir l’électricité) ou bien que les enjeux deviennent soudain plus pressants, plus terribles ou quoi que soit d’autres qui vous viennent à l’imagination, assurez-vous de resserrer l’étreinte ou la contrainte sur le personnage.

A ce moment, sa puissance d’agir que nous avons vue lors de l’article précédent est pratiquement réduite à néant. Cette incapacité soudaine s’ajoute encore à la tension dramatique et au suspense (éléments indispensables du scénario).
Il ne vous reste plus qu’à écrire une note pour planifier cet événement.

Prochain article :
ÉCRIRE UN SCÉNARIO : LES FONDAMENTAUX (22)