Detroit : Black lives matter

Par Kinocinéblog @amauryfoucart

Après le quotidien de soldats en Irak dans Démineurs et la traque de Ben Laden dans Zero Dark Thirty, la réalisatrice oscarisée Kathryn Bigelow poursuit son obsession pour les territoires en conflit. Toujours épaulée par le journaliste et scénariste Mark Bowl, elle s'attaque cette fois-ci à une bavure policière commise à Détroit lors des émeutes raciales de 1967. Un thriller éprouvant et d'une actualité brûlante.
Synopsis : Été 1967. Les États-Unis connaissent une vague d’émeutes sans précédent. La guerre du Vietnam, vécue comme une intervention néocoloniale, et la ségrégation raciale nourrissent la contestation. À Detroit, alors que le climat est insurrectionnel depuis deux jours, des coups de feu sont entendus en pleine nuit à proximité d’une base de la Garde nationale. Les forces de l’ordre encerclent l’Algiers Motel d’où semblent provenir les détonations. Bafouant toute procédure, les policiers soumettent une poignée de clients de l’hôtel à un interrogatoire sadique pour extorquer leurs aveux. Le bilan sera très lourd : trois hommes, non armés, seront abattus à bout portant, et plusieurs autres blessés...

Anthony Mackie


Avant toute chose, il me tient à cœur d'évacuer l'éternelle question de la représentation de violence au cinéma (« le travelling est une affaire de morale », bla bla bla...). Dans ce film-ci tout comme dans Zero Dark Thirty, Kathryn Bigelow, à travers l'investigation précise et objective de Mark Bowl, s'en tient au faits : si violence il y a eu, violence il y aura à l'écran, et ce parfois avec images d'archives à l'appui. La mise en scène, dans un style très documentaire, ne nous impose aucun point de vue, c'est au spectateur de juger, de se faire son opinion et d'analyser les images auxquelles il est confronté.
Oui, Detroit est une œuvre peu agréable à regarder, s'adressant à un public averti, prêt à affronter quasiment deux heures et demie de chaos. Car du strict point de vue de la dramaturgie, il faut dire que la cinéaste réalise un coup de maître. Structuré en trois actes, le long-métrage s'ouvre in medias res sur une scène d'émeute, qui introduit les différents personnages via une multiplicité de cadrages nerveux et un montage extrêmement habile. L'immersion est totale et le suspense atteint son acmé dans une seconde partie (la bavure policière) aux allures de survival, nous confrontant aux pires travers du racisme dans l'Amérique contemporaine, tout en évitant l'écueil du manichéisme. La séquence finale, plus judiciaire et intimiste, fait quant à elle le constat de tous ces événements tragiques et, préparez-vous à être révulsé, car ce n'est pas beau à voir.
Frontale, mais pertinente dans ce qu'elle souhaite dénoncer, Kathryn Bigelow livre donc un long-métrage dérangeant, politique, engagé et donc incontestablement nécessaire.
Amaury Foucart

Date de sortie : 11 octobre 2017Réalisation : Kathryn Bigelow
Genre : Drame, thriller
Nationalité : Américain