Detroit (2017) de Kathryn Bigelow

de "Aux Frontières de l'Aube" (1987) à "Zero Dark Thirty" (2013) en passant par "Point Break - extrême limite" (1991), "Strange Days" (1996) et "Démineurs" (2009) la réalisatrice Kathryn Bigelow s'est imposée comme une des plus grandes réalisatrices du monde, et surtout elle signe des films dans un genre dominé par les hommes. Elle revient avec toujours à coeur d'être dans l'actualité ou dans l'Histoire récente. Au vu de l'Histoire des Etats-Unis ce nouveau film fait évidemment écho à aujourd'hui. Kathryn Bigelow travaille une nouvelle fois avec Mark Boal, scénariste de ses deux derniers films, en se basant notamment sur les rares documents existants et sur les témoignages des survivants. Au casting, la réalisatrice a fait confiance à toute une nouvelle génération, que des jeunes qui ont explosé dans les génériques de ces 7-8 dernières années voir moins.

Detroit (2017) de Kathryn Bigelow

C'est ainsi qu'on reconnaitra les futures stars de demain avec John Boyega révélation de "Star Wars VII : le réveil de la Force" (2015) de J.J. Abrams, Will Poulter vu dans "Les Miller, famille en herbe" (2013) de Rawson Marshall Thurber, "The Revenant" (2016) de Alejandro Gonzales Inarritu et "Le Labyrinthe" (2014) de Wes Ball dans lequel jouait également Jacob Latimore, Algee Smith révélé par "Echo" (2014) de Dave Green, Jason Mitchell vu dans "N.W.A. - Staight Outta Compton" (2015) de F. Gary Gray et "Kong : Skull Island" (2017) de Jordan Vogt-Roberts, Jack Reynor vu dans "Macbeth" (2015) de Justin Kurzel, "Sing Street" (2016) de John Carney, "Hhhh" (2017) de Cédric Jimenez et "Free Fire" (2017) de Ben Weathley, Hannah Murray issu de la série TV "Game of Thrones" (2012-2016), ainsi que des plus expérimenté comme John Krasinski "13 Hours" (2016) de Michael Bay et surtout Anthony Mackie Avengers vu dernièrement dans "Captain America : Civil War" (2016) de frères Russo... Le sujet dont traite le film est pourtant pas complètement vrai, car si les émeutes de Détroit de 1967 ont bel et bien eût lieu le film ne traite pas franchement de ces émeutes mais plus d'un faits précis qui s'est déroulé pendant ces émeutes, à savoir une grosse bavure policière par un groupe restreint des forces de l'ordre dans un lieu précis. Les émeutes, ce sont 5 jours de pillages, violences en tous genres dans la ville et que ce soit des mises en causes noirs ou blancs ! Car, les émeutes ne sont pas à proprement parlé des émeutes issues des Droits Civiques ou autres discriminations (tous savoir ici !). Précisons que Detroit est une ville prospère à cette époque, et que la population afro-américaine est largement au-dessus des seuils critiques (propriétés, chômage... etc...) comparés au reste des Etats-Unis... Par contre Kathryn Bigelow se focalise sur un évènement précis, qui montre un groupe de policiers ripoux-racistes qui vont au-delà de l'imaginable d'abord parce que les émeutes leur laissent les possibilités de se laisser aller. Le film démarre effectivement avec les émeutes et ses prémices montrant une neutralité judicieuse de la part de Bibelow (police non violente en intervention, émeutiers pillards sans raison valable, caillassage des pompiers... etc...). Une première partie qui permet surtout de mettre en place le contexte avant d'aller là où la cinéaste va et veut nous emmener, dans un lieu précis où des policiers vont déraper. Un faits divers terribles en marge et en plein milieu de ces 5 jours d'émeutes.

Detroit (2017) de Kathryn Bigelow

Là est le premier soucis, alors que les émeutes ont des origines terriblement complexes, et pas de véritables émeutes raciales, elle choisit un fait précis qui fait croire tout le contraire et qui donne un sens très et trop ambigu à ces faits historiques. Ces 5 jours avec ses 43 morts et 467 blessés (noirs et blancs), 7200 arrestations et 2000 bâtiments détruits sans compter des milliers des militaires-policiers sont tout à coup résumé à quelques heures dans un motel avec une douzaines de policiers-militaires 3 morts et 5 blessés avec de surcroît un fond extrêmement raciste qui ne prend pas compte des causes multiples et difficiles qui ont conduites aux émeutes. Sur ce point Kathryn Bigelow signe un film maladroit et manichéen ; manichéen dans le fait de se focaliser sur cet évènement précis, dans les agissements des protagonistes elle arase son propos (rien n'empêche les flics honnêtes et les délinquants noirs). Dommage... Il aurait fallu une première partie plus étoffée et intégrée la seconde comme une incidence et non pas comme l'évènement marquant et symbolique de ces 5 jours. Heureusement, la cinéaste est talentueuse et sait s'entourer pour compenser le fond par la forme. Outre son scénariste, le magnifique boulot du directeur photo Barry Ackroyd (déjà fait l'expérience des émeutes avec "Bataille à Seattle" en 2008 de Stuart Townsend) et du monteur William Goldenberg (à l'oeuvre sur "Heat" en 1995 de Michael Mann et "Argo" en 2012 de Ben Affleck) offrent un film efficace, particulièrement tendu avec un système de tournage qui accentue la véracité du moment (Bigelow tourne avec 3-4 caméras pour tourner en continu et laisser ainsi plus de mouvement aux acteurs). En prime les acteurs sont éblouissants de vérités et de justesse, on peut être sûr de revoir chacun de ces jeunes acteurs monter encore vers les hauts de l'affiche. La dernière partie est plus judiciaire mais elle est déjà plus convenu (on devine très largement la fin, 1967 oblige !) autant dans le fond que dans la forme, Bigelow aurait du sans doute être moins académique sur ce final. En conclusion Kathryn Bigelow frappe fort une nouvelle fois, son film est puissant sur un récit prenant mais tout est contrebalancé par une ambiguité dommageable sur des évènements à l'origine beaucoup plus complexe qu'une bavure raciste trop commune dans cette société ségrégationniste.

Note :

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