DERNIERS REMORDS AVANT L’OUBLI : La pré-production et la recherche de financement

Alors que le tournage du long-métrage Derniers remords avant l'oubli s'est déroulé au cours du mois de juin dans le Cotentin, en Normandie, nous poursuivons notre dossier sur sa genèse en compagnie de son réalisateur, Jean-Marc Culiersi. Après vous avoir parlé du processus de création artistique, nous évoquons aujourd'hui deux sujets majeurs : la pré-production et la recherche de financement. Rencontre.

La préparation du tournage

Comment s'est déroulée la recherche des acteurs ?

Jean-Marc Culiersi : Dès le départ du projet, le but était de travailler avec les comédiens du Matamore. D'une part, car ils connaissent et maîtrisent le texte, l'univers et d'autre part, je trouve que ces derniers sont excellents dans leurs rôles au théâtre. C'est en voyant le travail de Serge Lipszyc et sa proposition de mise en scène que l'idée de réaliser ce film est venue. Il y a donc eu une influence de son travail sur moi et ces différents éléments m'ont amené logiquement à travailler avec toutes ces personnes.

Ces comédiens ont-ils été ouverts au projet cinématographique dès le départ, ou avez-vous fait face à quelques réticences ?

J-M.C. : Il y a eu une surprise mêlée à ce que j'appelle une joyeuse stupéfaction, quelque chose d'incroyable : "Tiens, on va faire un film". Ça rejoint la motivation, la fraîcheur, on va faire quelque chose de nouveau, on va aborder cette œuvre avec un autre medium. Ils connaissaient très bien la différence entre le théâtre et le cinéma, certains avaient effectué de petits rôles. La proposition d'adaptation de la pièce de Lagarce en film a été reçue très positivement par les comédiens avec qui je souhaitais travailler. Il n'y a eu aucune peur, aucune réticence quant à ce projet. Pour moi, le point essentiel était que l'on soit tous d'accord pour se lancer dans l'aventure.

Vous avez tourné votre film au mois de juin en Normandie : pourquoi avoir choisi le Cotentin ?

J-M.C. : J'étais sensible à la Normandie, c'est une région qui me parle. J'y vais depuis que je suis tout jeune donc on peut dire que j'ai tout fait pour la favoriser. Nous aurions également pu tourner en Bourgogne ou en Île-de-France. À Lessay, dans le Cotentin, j'ai rencontré Vincent Rollet, qui tient une agence immobilière et avec qui j'ai très rapidement sympathisé. Dans la journée, il m'a proposé de visiter 5 ou 6 maisons qui étaient en vente. Je suis donc descendu en Normandie pour aller ressentir si l'atmosphère correspondait à la pièce de Jean-Luc Lagarce.

" La maison était un enjeu pour l'adaptation au cinéma [...]. Faire le bon choix était fondamental. "

Cette maison a-t-elle quelque chose de spécial ?

J-M.C. : Dans la pièce, il s'agit d'une vieille maison de campagne en pierre. De là, je suis parti sur ce que proposait Lagarce. La maison était un enjeu pour l'adaptation au cinéma, sachant qu'il fallait filmer l'intérieur et les alentours. Faire le bon choix était fondamental. La particularité de cette maison m'a tout de suite intéressé, car je me suis rappelé qu'on faisait un film. Qu'est-ce que je veux dire par là ? C'est qu'il fallait absolument trouver quelque chose qui oblige le spectateur à s'interroger. Cette maison, quand on la voit, on est impressionné.

Le tournage n'a duré que 15 jours, c'est très peu. Comment se prépare un tournage si court ?

J-M.C. : L'enjeu de cette adaptation était de se préparer à un tournage court, nous avons donc effectué des répétitions pendant 15 jours avec les comédiens à Paris. Cela nous a permis de découvrir ensemble le texte, de nous interroger sur les enjeux de mise en scène et de commencer à travailler les séquences sous forme de lecture, mais aussi sous forme de jeu. En parallèle, avec Pierre Larribe, nous sommes venus régulièrement dans le Cotentin afin de repérer les lieux pour le tournage (contraintes techniques, lumières...), mais également pour travailler la circulation des personnages dans la maison.

DERNIERS REMORDS AVANT L’OUBLI : La pré-production et la recherche de financement

La complexe question du financement

Avant de vous orienter vers un mode de production totalement indépendant, avez-vous tenté de bénéficier des aides que proposent le CNC ou les régions ?

J-M.C. : Quand on crée une société de production en France, il existe ce qu'on appelle les guichets traditionnels qui peuvent permettre d'obtenir des financements : le CNC avec l'avance sur recette, les régions, les distributeurs qui vont mettre un minimum garanti pour le film, le soutien d'une télé, etc. Ceci est un schéma idyllique, mais derrière tout cela il y a une réalité. J'étais avant tout un scénariste avec un court-métrage et un documentaire à mon actif, et la création des Films du Lion devait permettre d'accélérer ce genre de rencontres. J'ai donc fait un très beau dossier pour l'avance sur recette, ce qui était la seule opportunité pour nous de toucher de l'argent public pour la réalisation de Derniers remords avant l'oubli. Mais le dossier a été refusé. On ne m'interdit pas d'exister en tant que société de production, mais pour le CNC je ne suis, a priori, pas dans les rails.

Vous avez donc voulu montrer qu'il est quand même possible de réaliser des projets cinématographiques sans ces guichets traditionnels ?

J-M.C. : Oui, c'est à partir de ce refus que je me suis donné la possibilité de laisser le film s'épanouir autrement. Il fait partie, de fait, du cinéma indépendant, car il n'est pas aidé. Cependant, nous ne voulons pas être dans une "opposition" aux guichets et circuits traditionnels de production. La vraie question est de savoir si à un moment donné, est-ce qu'on fait un film comme le nôtre par conviction ou par défaut. Nous avons donc dû réfléchir pour trouver des sources de financements comme la production participative, les apports industriels, le partenariat, le sponsoring, les placements de produit. Je suis allé vers ces différentes solutions en me disant que c'était une nouvelle manière de financer le cinéma sans renoncer aux ambitions artistiques. Dans un film comme Derniers remords avant l'oubli, il faut bien savoir que nous avons une situation financière bien particulière, il faut embarquer avec vous une équipe qui est prête à accepter ces conditions-là.

" Beaucoup de gens n'imaginent pas que les aides pour le cinéma deviennent de plus en plus difficiles à décrocher. "

En rencontrant Vincent Rollet, vous avez pu trouver un lieu de tournage. Avez-vous fait d'autres rencontres aussi importantes ?

J-M.C. : Les rencontres sont aussi très importantes, surtout avec ce mode de financement là. Vous pouvez, lors d'une soirée, rencontrer des gens qui flashent sur votre projet et qui vous signent un chèque pour vous aider. Malheureusement, ça ne s'est pas passé de cette façon pour nous. Mais nous avons eu, par exemple, la chance de rencontrer le directeur général de TSF qui a beaucoup aimé le projet et qui nous a soutenus en nous prêtant gracieusement du matériel pour la lumière. Il y a également tous les petits mécènes qui ont cru au projet sur Ulule et sur Arts Valley et qui nous permettent également de faire ce film. [...] Beaucoup de gens n'imaginent pas que les aides pour le cinéma deviennent de plus en plus difficiles à décrocher.

Le financement participatif est donc une alternative pour l'émergence de petits réalisateurs ?

J-M.C. : C'est effectivement la question qui est au centre de l'enjeu de cette production participative. Elle oblige à nous interroger sur toutes les étapes du processus créatif. La vraie question est la suivante : peut-il exister un nouveau cinéma qui ne passe pas par la salle et les guichets traditionnels ? Aujourd'hui, un projet comme Derniers remords avant l'oubli sort des sentiers battus, mais je ne le fais pas par défaut. Il est inévitable que ce genre de projets existent en dehors des guichets traditionnels. Donc moi, je suis dans une démarche d'évangélisation en quelque sorte, je montre qu'on peut créer un film sans passer par les chemins habituels.

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