Archétype : hera, matriarche et rejetée

Héra (ou Junon dans la mythologie romaine) est la puissante déesse du mariage et de la fécondité des couples. Zeus s’en éprit mais elle fut capable de lui résister jusqu’à ce qu’il lui promette le mariage.
Mais il la trahit et elle en conçut depuis ce jour un esprit vindicatif. Les vœux du mariage sont sacrés pour Hera et malgré les infidélités de son mari, il n’était pas question pour elle de s’en séparer.

Sa vengeance s’accomplit alors sur les enfants que Zeus eut avec des mortelles. Cependant, elle est une figure majeure des dieux de l’Olympe qu’elle considérait comme une famille qu’il fallait maintenir soudée.
Hera est la figure archétypale de la femme matriarche. Elle est à la tête du clan et dépositaire de l’autorité. Elle représente aussi un trait de caractère puissant : la jalousie envers les infidélités (éventuelles) de son mari.

La famille comme pilier

Hera veille aux besoins de la famille. Et elle demande le respect en retour. Elle a autant besoin de la famille qu’elle tente de les persuader qu’ils ont besoin d’elle.

Son rôle de mère et d’épouse emplit toute son identité. C’est une femme forte qui ne se laisse pas facilement démonter et est pleine de ressources.
Sa jalousie presque maladive envers les infidélités d’un mari la pousse à agir. Elle ne se contente pas de subir les injustices ou le mal causé.

Aucun autre archétype n’est aussi fidèle et aimant que Hera. Sa place dominante au sein de la famille ou dans une activité en fait une véritable matriarche. Elle n’abandonne jamais un membre de la famille ou un collègue (parce qu’elle englobe autrui dans une relation de type familial) quelles que soient les circonstances ou les conséquences.

Elle est un véritable soutien et le don de soi est formidable chez elle (si elle le décide cependant). Le souci néanmoins peut provenir qu’elle attend de même d’autrui. C’est pourquoi elle n’accepte pas d’être trahie.

L’archétype du mentor peut s’inspirer de la femme matriarche

Dans le sens où tout un chacun se tourne vers l’archétype à la recherche de réponses.

Pour en revenir à la femme, le jour de son mariage est un des plus importants de sa vie et elle aimerait qu’il dure éternellement. C’est pour elle un accomplissement intérieur incomparable et l’âge importe peu.
Elle est au centre de l’attention, objet d’admiration. Et elle ressent cela comme une véritable addiction. Il est évident que cette femme a besoin de reconnaissance et d’amour.

Son mari devient sa vie et leur union doit être véritablement réciproque. Elle veut être une épouse parfaite. Mais ce n’est pas pour rendre l’autre heureux. C’est d’abord un besoin personnel qu’elle satisfait. C’est elle-même qu’elle cherche à rendre heureuse par une démarche assez égoïste, en somme.
Ainsi, un ménage fort (ou une relation forte) lui apporte énormément de bonheur (mais ce dernier n’est pas forcément partagé).

L’archétype de la matriarche inspiré par la figure mythologique de Hera peut être à la tête de sa propre entreprise. Sa relation avec ses employés devient une sorte de substitut à la famille.
Si cette relation qu’elle établit avec autrui se dégrade, la matriarche se sent alors comme inachevée. Il lui manque définitivement quelque chose.

L’engagement

L’engagement caractérise cet archétype. Les autres lui sont nécessaires pour donner un sens à sa vie. Et c’est précisément ce regard des autres qui définit l’archétype.

Le souci de cet engagement social est que la matriarche cherche à être en constant contrôle des autres. C’est sa façon d’être : elle sent qu’ils ont besoin de son aide et de son amour. Ce qui n’est pas forcément vrai.

Concrètement, cet archétype cherche toujours à réunir les autres autour d’elle. Elle aime organiser des rencontres festives (avec les personnages qui gravitent autour d’elle).
Il faut reconnaître chez cet archétype un certain esprit calculateur. Car pour réunir les gens qu’elle aime, elle doit faire preuve d’un peu plus que de diplomatie et user parfois d’astuces quelque peu immorales.
Et ceux qui lui résiste risque de ne pas l’oublier tant son esprit de vengeance est vif.

Sur le plan familial, elle adore ses enfants. Et lorsque la vie lui apporte des petits enfants, les conseils qu’elle donne sont souvent très directifs au point d’en être pesants.
Cela aboutit à un rejet de la matriarche.
C’est un éloignement qu’elle ne supporte évidemment pas et qu’elle ne comprend pas.

Ainsi et paradoxalement, son engagement résulte en une exclusion, une éviction du cadre familial (ou professionnel).

Ses plus grandes peurs

Ce que craint le plus la matriarche est de voir se dégrader les relations qu’elle entretient avec les autres. Que ce soit l’échec de son mariage ou bien une incommunicabilité avec autrui.
Elle se bat donc pour maintenir ces relations afin d’échapper à la solitude qui semble constamment la menacer.

Elle a peur de vieillir seule. La matriarche ne supporterait pas de se retrouver seule face à elle-même sans personne pour lui renvoyer un regard.
La matriarche est en fait une femme vulnérable qui cache sa fragilité en tentant de maintenir le contrôle sur les autres par moyen d’autorité. Ce qui est dramatiquement conflictuel.

Par exemple, elle pourrait prendre sous son aile un jeune toxicomane dont l’addiction a brisé les liens avec sa famille. Elle se battra non seulement pour le désintoxiquer mais aussi pour lui permettre de réinstaurer des liens affectifs (sa propre famille ou une famille de substitution).
Concrètement tous les personnages qui pourraient avoir besoin d’une aide forte la trouveront en la personne de la matriarche. La relation qui s’installe alors entre la matriarche et son protégé s’affermit de plus en plus au cours du processus.
Jusqu’au jour où elle peut peut-être éclatée.

Ses motivations

L’amour, l’appartenance et le respect sont ce qui la motive. Notez cette réciprocité à laquelle elle aspire tant. C’est d’ailleurs lorsque le retour ne se fait pas ou ne se fait plus que la vie de la matriarche prend une tournure tragique.

Cet abandon qu’elle croit alors ressentir peut provoquer chez elle des réactions violentes ou du moins inattendues. Elle exige un amour inconditionnel dont autrui ne se sent pas forcément dans l’obligation de lui donner.

C’est un être assez complexe, somme toute. D’un côté, le sacrifice dont elle fait apparemment montre est ce qui lui donne un sens à sa vie.
De l’autre, une exigence de reconnaissance. Ce motif pourrait fonctionner s’il n’était pas corrompu par le regard d’autrui qui peut soit profiter de cette aide inespérée pour obtenir ce qu’il veut de la vie, soit ne pas avoir demander cette aide (ou du moins avoir eu besoin d’un support momentané et certainement pas aussi intrusif que celui de la matriarche).
Et dans ce cas, autrui peut trouver la présence de cet archétype très pesante et chercher à s’en éloigner.

Il y a un besoin de reconnaissance chez le matriarche qui est difficile à contenter. Car elle s’immisce dans la vie des autres et prend parfois une attitude dictatoriale  leur imposant comment les choses doivent être faites. Il est certain que cela ne facilite pas la vie de son entourage.

C’est un personnage qui pourrait se tenir dans l’ombre écoutant les conversations pour mieux contrôler autrui. Il ne supporte pas d’être pris au dépourvu dans des situations qu’il n’avait pas envisagées.
Néanmoins, ce constant contrôle que la matriarche veut exercer sur les autres permet à ceux-ci de la considérer comme un roc et de se tourner vers elle pour les aider à sortir de situations embarrassantes.

Son arc dramatique

Un arc dramatique, c’est une courbe dont au moins deux coordonnées sont l’objectif du personnage et les peurs qu’il devra affronter pour réussir cet objectif.

La question d’un arc dramatique est de savoir ce que le personnage doit apprendre ou doit acquérir pour l’aider à surmonter ses peurs. Concernant l’archétype de la matriarche, a t-elle besoin d’apprendre comment vivre seule ?
Si elle est le personnage principal d’une histoire et qu’elle vient de perdre le seul amour de sa vie, comment pourra-t-elle gérer cette perte ?

Et si elle était ce roc dont nous parlions précédemment et que tous les membres de sa famille (ou n’importe quel groupe) dépendent d’elle. Et soudain, la maladie la frappe. Comment pourra-t-elle abandonner sa position et comment les autres géreront-ils son absence ?
Serait-ce alors pour eux le moment de connaître une évolution ?

Le vrai problème de la matriarche est un problème d’identité. Elle craint d’affronter qui elle est vraiment par peur de la solitude ou de l’abandon. Alors elle pense trouver le bonheur en fusionnant avec autrui, s’oubliant elle-même dans le processus.
Elle a cependant besoin de réaliser que le bonheur qu’elle croit déceler chez les autres par son action ne peut lui apporter que de la tristesse.

Ses faiblesses

La toute première de ses faiblesses est qu’elle croit que les autres ont besoin d’elle alors que c’est l’inverse qui se produit. Il lui arrive aussi de mettre des priorités car ne disposant pas du don d’ubiquité, il lui arrive de négliger certaines relations afin d’en favoriser d’autres qui, pense-t-elle, la rendrait davantage heureuse.

Une source de conflit est son côté intrusif. Elle ne peut s’empêcher d’envahir la vie des autres afin de mieux les protéger, du moins le croit-elle. Et elle se fond dans les autres oubliant au passage sa propre identité.
On peut noter aussi chez cet archétype de la matriarche une tendance à l’obsession.

A titre d’exemple, Carolyn Burnham dans American Beauty et l’infirmière Ratched dans Vol au-dessus d’un nid de coucou.


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