13 REASONS WHY : À qui la faute ? ★★★★★+♥

Le portrait déchiré et déchirant d’une jeunesse aux abois. Incontournable.

Comment réinvestir d’un souffle nouveau le champ de la série adolescente ? La tâche semblait compliquée et pourtant, la réputation extrêmement flatteuse qui précédait 13 Reasons Why aurait dû nous rassurer. Adaptée du roman Treize Raisons de Jay Asher, cette série fait l’effet d’une déflagration, imprévisible, foudroyante, mémorable. L’exploit est d’autant plus saisissant que l’on croit d’abord, à tort, à une énième itération sur le mode « le bahut, ça craint ! ». Comme dans tout récit adolescent, le lycée est le lieu où tout se noue et se dénoue, les élèves vont et viennent dans les couloirs, s’observent, s’aiment ou se détestent, selon leur appartenance à un groupe. Jusque-là rien d’inédit ou de follement excitant donc. Mais voilà, après quelques minutes seulement, nos à priori sont balayés. Avant de rentrer dans le détail, que nous raconte 13 Reasons Why ? On y suit Clay Jensen, un jeune homme discret, qui reçoit des cassettes audio enregistrées par Hannah Baker, une camarade de classe qui s’est suicidée et dont il était secrètement épris. En écoutant les enregistrements, il découvre qu’Hannah s’est donnée la mort pour treize raisons, toutes impliquant son proche entourage. Clay ne va pas tarder à comprendre qu’il a lui aussi sa part de responsabilité.

13 REASONS WHY : À qui la faute ? ★★★★★+♥

Le dispositif est simple et tout sauf théorique. Chaque épisode illustre l’une des raisons évoquées et construit in fine une mosaïque absolument fascinante. La voix d’Hannah, à la fois intra et extra-diégétique, redessine perpétuellement notre perception des évènements et celle de Clay, véritable « personnage-transfert » qui assume le point de vue du spectateur. Difficile de remettre en cause la parole d’une morte, qui plus est narratrice de sa propre histoire, et c’est sans aucun doute la grande subtilité de cette série, qui ne prend jamais aveuglément parti pour la « victime ». Si Hannah dit la vérité, c’est sa vérité, comme le prétendent les « responsables » désignés par les enregistrements, eux aussi destinataires des cassettes. Mais là encore, difficile de croire une bande de lycéens à qui tout réussit… ou presque. Tous dissimulent des secrets qu’Hannah, par-delà la mort, va déterrer au grand jour et ainsi tous vont gagner en complexité psychologique. Que ce soit le don juan un rien arrogant, la bonne élève appliquée, le sportif un peu effacé, aucun ne réussit à se camoufler bien longtemps. Les masques tombent et malgré les motifs de culpabilité qui se vérifient peu à peu pour certains, l’empathie est totale.

Bien sûr, le spectateur s’identifie en premier lieu à Clay, en charge de toute la détresse d’Hannah. Dylan Minnette n’est pas étranger à l’attachement que l’on éprouve pour lui, tant il incarne chaque trait de son personnage avec un mélange de force et d’impuissance. Il voudrait se faire oublier mais ne supporte pas l’idée d’étouffer ce qui est arrivé, alors qu’il est coupable au même titre que les autres. Pour autant, il souffre de devoir revivre une histoire qui n’aura jamais abouti. En ce sens, la love-story non-déclarée entre Clay et Hannah hante l’intrigue d’une amertume magnifique. Chaque scène qui leur est dédiée, celle du bal du lycée ou celle de la fête chez Jessica, retentit comme un rendez-vous manqué, au point que l’on s’accroche à l’espoir impossible que les choses se soient passées autrement. C’est là la vraie beauté tragique de 13 Reasons Why, qui raconte comment des destins sont brisés par peur ou lâcheté.

13 REASONS WHY : À qui la faute ? ★★★★★+♥

Les conséquences terribles relatées par les enregistrements sont à ce titre montrées avec un souci glaçant du détail. On pourrait pester que la série se transforme de temps en temps en campagne de prévention contre la violence chez les adolescents mais il n’en est rien. La dramaturgie l’emporte toujours, grâce à une approche méticuleuse, respectueuse mais aussi très sensible des sujets évoqués. Alors que plusieurs réalisateurs se succèdent derrière la caméra d’un épisode à l’autre (citons le génial Gregg Araki), la mise en scène reste d’égale qualité, d’une cohérence irréprochable dans son rapport aux personnages et à ce qu’ils endurent. La douleur est palpable, souvent insoutenable, car vue dans son plus simple appareil. Pourtant, derrière le désenchantement absolu, on se plaît à croire à une issue favorable. C’est là encore tout l’art de 13 Reasons Why qui laisse à ses protagonistes le temps de reconsidérer le mal fait à l’autre, et de choisir la voie de la réconciliation ou de la rédemption. Même si d’autres malheurs se profilent, tout n’est pas perdu, mais pour le spectateur, difficile de tourner la page.

Créée par Brian Yorkey, avec Dylan Minnette, Katherine Langford, Christian Navarro

Disponible sur Netflix depuis le 31 Mars 2017.