JOHN WICK 2 : Call of Keanu ★★★★☆

Encore plus jouissif que le premier opus, la suite des aventures de John Wick nous ramène au cinéma d’action que l’on aime.

Si le premier John Wick était une série B modeste mais incroyablement efficace dans son exécution, son succès, peut-être un peu exagéré, a surtout révélé un ras-le-bol des films d’action plus préoccupés par une pseudo profondeur intellectuelle que par leur mise en scène censée amener cette profondeur. Reposant sur la performance de son acteur Keanu Reeves, sublimé dans sa dévotion totale à son entraînement physique, transcrite dans des plans-séquences souvent impressionnants, le long-métrage revenait avec plaisir à un cinéma d’artisan honnête et ingénieux. Ainsi, en rehaussant ses ambitions avec un budget plus confortable sans perdre l’esprit du premier film, John Wick 2 s’impose dès ses premières minutes au body count jouissif comme l’un des revivals les plus revigorants des actioners d’antan, aux côtés du diptyque The Raid. Il est d’ailleurs aisé de comparer les deux sagas, tant Chad Stahelski semble avoir suivi la même voie opératique que Gareth Evans.

Plus grand, plus fou et plus jusqu’au-boutiste, ce deuxième volet reprend les fondements de sa mythologie, toile de fond passionnante sur une organisation de tueurs internationale au système ultra-sophistiqué (monnaie propre, hôtels, et code d’honneur strict) pour en faire un univers à part, presque irréel, où n’importe qui peut avoir une double-vie. Et au sein de ce monde à la dangerosité prégnante, Stahelski corrige le défaut principal du premier John Wick, à savoir sa difficulté à rendre son personnage de plus en plus iconique alors que ses ennemis étaient de moins en moins puissants. Avec une ampleur et une construction dramatique mieux équilibrée (bien que très épurée), le visage monolithique de Keanu Reeves se prête plus que jamais à la légende que constitue son rôle, corps quasi-surhumain et inarrêtable dévoilant tout son talent dans la maîtrise du « gun-fu » (la technique imaginée par le cinéaste, ancien cascadeur qui a notamment travailler sur les Matrix). Et si cet art martial révèle vite ses limites et un certain manque de variété, la jouissance absolue de sa vivacité est accompagnée de quelques idées inattendues, jouant avec la menace que représente le protagoniste, comme lors d’un meurtre au crayon faisant référence au premier film, où un bad guy évoquait cette capacité tant fantasmée du héros.

JOHN WICK 2 : Call of Keanu ★★★★☆

John Wick 2 conserve ainsi les velléités d’une bonne série B, choisissant d’expérimenter en mêlant diverses références qu’il digère avec intelligence. Le plaisir immédiat que le film procure provient surtout de ce respect évident de ses modèles, de John Woo à McTiernan en passant par Michael Mann et même les Wachowskis, qui jouaient d’ailleurs avec Matrix d’un même mix d’inspirations. Sans être révolutionnaire d’un point de vue formel, en plus de parfois vriller gonzo dans certains pans de son scénario, le métrage retrouve un savoir-faire qui ramène le cinéma à un art de la cinétique, du mouvement qui doit être soigné, mis en valeur dans un espace-temps et pas simplement fragmenté sous le prétexte cache-misère que le septième art repose sur le hors-champ. Toujours plus impressionnant par la longueur de ses plans, notamment lors d’une géniale séquence dans les catacombes romaines, John Wick 2 jouit d’une scénographie aux petits oignons qui manque tant aux blockbusters actuels. Stahelski concentre le regard de sa caméra sans perdre de la richesse de ses décors, et s’amuse ainsi des capacités de ce corps qu’il magnifie au sein de cet espace dans des saillies bien bourrines et gores. Et à l’heure où les jeux vidéo, surtout ceux d’action, peuvent résumer leur gameplay à une suite de plans séquences maîtrisés par le détenteur de la manette, il est inévitable que le cinéaste ait pioché dans ce nouveau modèle, qui transcende un cinéma de plus en plus embourbé dans sa maladie du montage intempestif.

JOHN WICK 2 : Call of Keanu ★★★★☆

En effet, à l’instar d’Hardcore Henry, John Wick 2 semble avoir compris que tous les codes du médium vidéoludique ne s’adaptent pas au cinéma, mais que certains d’entre eux peuvent apporter une plus-value évidente à l’entreprise, à commencer dans sa mise en scène construite sur la durée. On retiendra pour cela les instants loufoques que peut provoquer le code d’honneur des tueurs, telle l’impossibilité de tuer un collègue au sein d’un hôtel, qui résonne comme les règles, parfois dissonantes, que se donne un système de jeu ; ou encore la non-réaction des figurants face aux combats qui se déroulent sous leurs yeux, notamment dans un wagon de métro où ils rappellent des PNJ sommairement programmés. Tout ceci aide à la propension ultra-stylisée et irréelle du film, qui trouve tout son sens lors d’un climax dans une pièce bardée de miroirs. Si cette scène avait tout pour paraître galvaudée, Chad Stahelski lui offre à la fois une lisibilité et un effet de vertige dignes de La Dame de Shanghaï, tout en démultipliant son héros et ses adversaires tels d’éternels avatars reproduits à l’envi. John Wick, aussi unique soit-il, n’est qu’une addition d’autres personnages et de styles. Ce rapport post-moderne au film d’action, que John Wick 2 embrasse avec ferveur, lui permet dès lors d’apporter sa patte en sachant quelles sont les inspirations qu’il faudra retenir pour l’avenir. Renversant et galvanisant, le long-métrage parvient à marier avec une certaine maîtrise la classe des actioners passés avec des expérimentations plus futuristes, qui ne font que révéler à la machine hollywoodienne un héritage qu’elle ne peut rejeter.

Réalisé par Chad Stahelski, avec Keanu Reeves, Common, Riccardo Scamarcio

Sortie le 22 février 2017.