Clash (Eshtebak)

Par Cinealain

Date de sortie 14 septembre 2016


Réalisé par Mohamed Diab


Avec Nelly Karim, Hani Adel, Tarek Abdel Aziz,

Ahmed Malek, Husni Sheta, Ahmed Dash, Aly Eltayeb, Amr El Kady


Genre Drame

Titre original Eshtebak


Productions Français, Égyptienne

Synopsis

Le Caire, été 2013, deux ans après la révolution égyptienne.

Au lendemain de la destitution du président islamiste Morsi, un jour de violentes émeutes, des dizaines de manifestants aux convictions politiques et religieuses divergentes sont embarqués dans un fourgon de police. Sauront-ils surmonter leurs différences pour s'en sortir ?

Quelques dates :

2011 - La Révolution égyptienne met fin à 30 ans de présidence.


2012 - Le nouveau président élu est un membre du Parti islamiste, les Frères musulmans.

2013 - Des millions d’Egyptiens se révoltent contre le nouveau président lors des plus grandes manifestations de l’histoire de l’Egypte.


Les jours qui suivent sont le théâtre de sanglants affrontements entre les Frères musulmans et les partisans de l’armée dans toute l’Egypte.

Ce film se passe un jour, durant ces semaines.

Mohamed Diab est un scénariste et réalisateur égyptien aux multiples récompenses.


Son travail met souvent le doigt sur les problèmes de la société égyptienne. Il est connu pour son premier film Les Femmes du bus 678, sorti en Egypte un mois avant la Révolution et qui raconte le combat de trois femmes au Caire contre le machisme et le harcèlement sexuel.


Mohamed Diab a écrit le scénario du blockbuster égyptien El Gezira , considéré comme le plus gros succès du box-office de tous les temps en Egypte et dans le monde arabe. Le film raconte la tyrannie de caïds de la drogue dans une île de la Haute Egypte. El Gezira a représenté l’Egypte aux Oscars en 2007.


Dans son pays, Mohamed Diab est aussi connu pour son implication et ses activités lors de la Révolution égyptienne de 2011 pour laquelle il a été récompensé d’un "Webby Award". Son rôle dans la Révolution a été chroniquée dans le best-seller Rising From Tahrir.


Après la Révolution, Mohamed Diab a souhaité faire un film à ce sujet. Pendant 4 ans, il a développé Clash (Eshtebak), son deuxième film qui devait initialement être un film sur l’essor de la Révolution mais qui a finalement été un film qui en capte l’échec.

Clash a été sélectionné en Ouverture de la section Un Certain Regard au Festival de Cannes 2016.

Entretien avec le réalisateur relevé dans le dossier de presse.

Comment est née l'ifée de Clash ?


Les Femmes du bus 678 est sorti en Egypte quelques semaines avant la révolution de 2011. J’ai participé au mouvement et j’ai très vite eu envie de lui consacrer un film. Mais pendant ces cinq dernières années, les choses ont évolué si vite qu’elles rendaient chaque idée obsolète avant même qu’on ait commencé à écrire. C’est après les événements de 2013 que mon frère Khaled et moi avons évoqué l’idée de Clash. Nous nous sommes mis au travail en nous renvoyant la balle, avec la certitude que c’était la meilleure histoire pour parler de l’Egypte de 2013 et de celle d’aujourd’hui. Les forces en présence, et en conflit, étaient les mêmes : les révolutionnaires, les Frères musulmans, et l’armée. Ironiquement, le seul sujet qu’on a pu trouver sur la révolution, c’est son échec.

Quel a été votre rôle en 2011 pendant la révoltion ?


J’ai utilisé ma notoriété alors toute récente. Les Femmes du bus 678 venait de sortir, on m’avait vu à la télévision, les gens me reconnaissaient. Aujourd’hui en Egypte, on me connaît plus comme activiste que comme cinéaste ! Je n’ai pas été un des idéologues du mouvement, plutôt un de ses promoteurs. J’ai mis de côté mon métier de cinéaste pour me battre, aux côtés du peuple égyptien, pour la démocratie. J’ai senti que c’était mon devoir. J’ai toujours pensé que je reprendrais le cinéma quand les choses seraient stabilisées, et, comme beaucoup, j’ai cru qu’elles l’étaient au moment de l’élection présidentielle de 2012. Mais, hélas, tout a changé depuis.

Où étiez-vous au moment où se déroule le film, quelques semaines après le départ du président Mohamed Morsi ?


Au Caire. Et comme chaque Egyptien, j’ai été embarqué dans ce qui s’est passé. Tous ces événements ont eu lieu dans la rue, on y était tous confrontés, voire mêlés dès qu’on traversait la ville pour aller travailler. À l’époque, j’ai manifesté contre Morsi. Bien sûr, il a été élu démocratiquement, mais on aurait eu besoin d’un Mandela, quelqu’un qui soit au-dessus de la mêlée, qui réconcilie les Egyptiens entre eux. Mais dès la fin du premier tour, on a su que ce ne serait pas le cas : les deux candidats du second tour, étaient un pro-islamiste, Mohamed Morsi, et un ancien du régime Moubarak. On était coincé entre deux maux. Ce soir-là, j’ai littéralement pleuré. Après une année sous la présidence de Morsi, une année où il a divisé le pays, a eu lieu la plus grosse manifestation jamais organisée en Egypte, à laquelle j’ai participé, demandant sa démission et une nouvelle élection. Mais ni lui ni les Frères musulmans n’ont bougé. Peut-être était-ce trop tard… De toute manière, il a finalement été renversé par l’armée.


Clash montre ce qui s’est passé après sa destitution, les manifestations qui ont embrasé Le Caire, et les victimes qu’elles ont faites. Mais il faut être très prudent avec les mots, car l’Egypte est aujourd’hui divisée de façon manichéenne. Par exemple, si vous employez le terme de "coup d’Etat" pour décrire la destitution de Morsi, vous serez immédiatement considéré comme un pro-Frères musulmans. De même, si vous vous y référez en termes de "Révolution", ce mot vous propulsera dans le camp des militaires. Je voudrais que l’on voie mon film sans se demander sans cesse dans quel camp je suis. Ce n’est pas un film sur la politique, c’est un film sur l’humain.

Les scènes d'action sont impressionnantes ...


La première a été faite en deux jours, avec 500 figurants, en studio. C’était l’enfer, notamment parce qu’en Egypte on n’a pas de culture de la cascade. Le coordinateur des effets spéciaux me disait : "ça fait vrai, parce que c’est vrai". Les figurants se battaient vraiment entre eux, certains ont été blessés. La scène du pont a été tournée dans la ville : c’est un grand échangeur, l’une des autoroutes les plus encombrées du Caire.

Le tournage a créé une immense pagaille, parce que les gens pensaient qu’il s’agissait d’une nouvelle manifestation et rebroussaient chemin. Aujourd’hui, dans les rues, dès que les gens voient un rassemblement, ils pensent que c’est une manif et ils ont peur !

On a tourné douze heures d’affilée, avec une équipe passionnée. Je suppose qu’on a été infiltré par les deux camps, Frères musulmans et police, chaque camp pensant que l’autre nous soutenait. Faire ce film dans une contrainte de temps extrême m’a permis de développer un talent peu ordinaire qui consistait à donner des ordres au micro, au moment pile où les personnages n’avaient pas de dialogues !


Il y a une forte élotion dans le plan du "sniper" qu'on finit par tuer : le sentiment d'un gâchis humain...


Le film cherche à éviter les réponses faciles. Cette scène débute dans l’émotion des soldats qui perdent l’un de leurs collègues puis continue avec le tueur mort, étendu sur le sol. C’est à vous de décider de ce que vous ressentez face à cela. Dans cette scène, on voit comment quelqu’un peut devenir un tueur, et comment un officier de police peut devenir aussi violent. Je suis bien sûr opposé à toute forme de violence, mais je comprends le cercle vicieux de la violence.


Comment faut-il comprendre la fin ?


Le fourgon est pris dans une manifestation chaotique. Ni les personnages, ni les spectateurs ne peuvent dire dans quel camp se situent les manifestants. L’ironie, c’est que les détenus se battent depuis le début pour sortir du fourgon et que là, face à la folie meurtrière, ils se retrouvent à s’entraider pour rester à l’intérieur.

Est-ce qu’ils vont mourir ? Je ne sais pas. Le pronostic n’est certes pas très bon, mais c’est assez proche de notre situation en Egypte.

Que voulez-vous dire au peuple égyptien ?


Plusieurs choses, mais la plus claire c’est que si l’on continue comme ça, on ne s’en sortira pas… Mais je continue de rêver au jour où quelqu’un issu de la Révolution, qui ne représenterait ni la loi islamiste, ni la loi martiale, pourra gouverner en Egypte.

"Nelly Karim est aujourd’hui la plus grande star en Egypte.
Elle m’a fait confiance. Elle a voulu être dans Clash bien que ce soit
un film choral, parce que, comme les autres acteurs,
elle croyait au message du film. Elle a pris des risques
comme tous ceux qui ont participé à ce film. "


a déclaré le réalisateur Mohamed Diab


Née à Alexandrie d’un père égyptien et d’une mère russe, Nelly Karim a commencé par être danseuse classique, formée à l’Académie des arts du Caire, avant de devenir mannequin et comédienne.

Elle a joué dans environ vingt-cinq films et séries télé, notamment Alexandrie... New York, l’avant-dernier film de Youssef Chahine réalisé en 2004. Elle a été sacrée meilleure actrice au Festival International du Caire en 2004 pour le film Mon âme soeur, de Khaled Youssef. Elle est l’une des héroïnes Des Femmes du bus 678, et a reçu, avec les co-interprètes du film, Bushra et Hajed El Sebai, le Grand Prix du Jury des Asian Pacific Screen Awards en 2011

Mon opinion

Mohamed Diab, réalisateur du très beau film, Les femmes du bus 678, nous entraîne pendant toute la durée de son nouveau long-métrage à l'intérieur d'un fourgon cellulaire en piteux état.

Nous ne serons rien des personnages entassés les uns contre les autres, à l'exception de la méfiance des uns, par aux autres. Les dialogues en diront davantage quand, la nuit tombée, les principaux protagonistes prennent la parole pour faire taire les cris.

L'ensemble est courageux, d'une grande violence psychique, physique aussi, et baigne dans la fureur.

Les seules ouvertures sur l'extérieur, à peine visibles mais répétitives, au travers des barreaux du fourgon augmentent une sensation de chaos profond. D'asphyxie totale.

Les dernières images d'une dureté inouïe, semblent trouver un écho dans une déclaration du réalisateur : "Est-ce qu’ils vont mourir ? Je ne sais pas. Le pronostic n’est certes pas très bon, mais c’est assez proche de notre situation en Egypte."

Un film important dans son écriture, parfaitement réussi dans sa réalisation.

Merci à Dasola. Son avis m'a encoutagé à aller voir ce film. 

(Cliquez ici pour lire sa critique)