Dernier Train pour Busan, la fraîcheur du zombie coréen.

Ces derniers mois les films coréens ont la cote dans l'hexagone ! Nous parlions ici même il y a peu de The Strangers, du réalisateur Na Hong-jin. Quelques jours plus tard le polar Man on High Heels de Jin Jang sortait en salles. En novembre prochain, Mademoiselle, le dernier Park Chan-Wook en compétition à Cannes, pointera le bout de son nez dans nos salles obscures. Et voici qu'aujourd'hui nous nous retrouvons pour discuter du Dernier Train pour Busan de Yeon Sang-ho, également présent à Cannes, en séance de minuit cette fois, et où il a reçu une standing ovation. Dernier Train pour Busan se différencie de ses homologues, plus portés sur le thriller et le polar, pour emprunter le chemin du film catastrophe. Alors qu'un virus inédit se propage en Corée du Sud, un père embarque dans un train avec sa fille pour l'accompagner voir sa mère dont il est séparé. La situation se dégrade rapidement en ville et il s'avère qu'un passager mal-en-point parvient à grimper dans le train avant la fermeture des portes... Vous l'aurez probablement deviné, le film de Yeon Sang-ho surfe sur le genre du film de zombies et entend bien rafraîchir ce style popularisé par les films de Georges A. Romero. A commencer par les créatures : vives, violentes et rapides. Le réalisateur reste cependant attaché, comme le veut la tradition, à la lecture politique de la créature bien que le propos général ait été tempéré, de son propre aveu. Dernier Train pour Busan est en réalité l'adaptation en prise de vues réelles d'un long-métrage d'animation du même réalisateur intitulé Seoul Station. En effet, Yeon Sang-ho a fait ses armes dans le cinéma d'animation avant de livrer ce premier film live, où il reconnaît bien volontiers un caractère plus commercial et grand public. Quoi qu'il en soit, cette reprise n'est pas dépourvue de saveur et d'inventivité. Yeon Sang-ho choisit de situer une grande part de l'action à l'intérieur d'un KTX -le TGV coréen-, à la fois symbole de mixité sociale mais également véritable tombeau sur rails. Ce décor parcellé d'espaces réduits donne naturellement lieu à quelques trouvailles d'action et de mise en scène.

Dernier Train pour Busan, la fraîcheur du zombie coréen.
La réalisation est un exemple de sobriété et de finesse : l'action est claire et lisible, le rythme soutenu sans être frénétique et le film ne se livre pas à la surenchère d'effets que l'on aurait pu attendre au vu de son genre. Qualités que l'on doit très probablement au travail du réalisateur dans l'animation, un genre qui suppose un travail précis et clair du mouvement. A l'inverse de la plupart des autres productions du genre, les couleurs sont présentes, souvent vibrantes et chatoyantes. Prouvant ainsi qu'il n'est pas nécessaire de parier sur la désaturation et la lenteur pour installer une ambiance inquiétante et oppressante. Autre chose intéressante à remarquer : le traitement de la violence à l'écran. Elle se fait d'abord discrète et subtile : c'est un mouvement brutal que l'on aperçoit du coin de l'œil. Puis démonstrative : ce sont les scènes de rixe retransmises par la télévision à bord du train. Et enfin, frontale : ces sont ces corps contorsionnés et agressifs qui tapent inlassablement sur les surfaces vitrées, courent après la moindre cible en mouvement. Sans compter la violence psychologique et symbolique qui se manifeste entre les passagers survivants eux-mêmes. Dernier Train pour Busan a par moments emprunté aux infectés de World War Z ,notamment dans la gestuelle et les mouvements de masse. On retrouve par exemple une scène où les zombies à s'amoncellent en tas, pressés qu'ils sont d'atteindre leurs proies. Cependant Dernier Train pour Busan exploite l'idée à une échelle moindre, plus intimiste. L'impacte de la scène s'en trouve triplé chez Yeon Sang-ho, là où celle de World War Z apparaissait comme une débauche de moyens et d'effets spéciaux grandiloquents. Plutôt que de miser entièrement sur les effets spéciaux, le réalisateur coréen choisit de les utiliser avec parcimonie, préférant notamment miser sur le maquillage et les contorsions de ses acteurs. Les personnages, quant à eux, forment une galerie d'individus attachants, aux personnalités et aux comportements plausibles. Yeon Sang-ho nous épargne les traditionnelles scènes d'héroïsme surjoué, où les personnages se livrent à une petite réplique sarcastique avant le grand sacrifice ou l'ultime bataille.

Dernier Train pour Busan, la fraîcheur du zombie coréen.
Enfin, derrière le film catastrophe zombiesque, il y a tout un sous-texte auquel on ne peut s'empêcher de penser. Dans les corps décharnés des films de Romero, on pouvait apercevoir les sacrifiés de la guerre du Vietnam, la critique d'une société de consommation qui, sous couvert d'apporter plus de libertés, emprisonne les individus dans un cocon mercantile ou encore l'expression d'une véritable méfiance vis-à-vis des autorités, toujours les premières à être dépassées par les événements. Difficile donc de ne pas voir dans les zombies de Yeon Sang-ho des problématiques propres à la Corée et la réaffirmation de problématiques plus universelles. Lorsque les membres d'une même communauté, ou deux membres d'une famille, se trouvent séparés par la porte d'une rame ou les grilles d'une barrière, le spectateur se surprend à y voir la matérialisation dérisoire de la frontière entre la Corée du Nord et celle du Sud. On trouve également dans Dernier Train pour Busan une critique de la société capitaliste. Le protagoniste est un trader, dont on devine qu'il a défendu les intérêts financiers de la société à l'origine de la propagation du virus, qui va se trouver aux prises avec un grand patron bien déterminé à assurer sa sécurité au détriment des autres survivants. Yeon Sang-ho nous laisse entrevoir une société cannibale où chacun se dévore tant sur le plan professionnel que personnel, une symbolique qui trouve sa manifestation explicite dans ces infectés qui se repaissent la chaire de leurs pairs. L'homme reste finalement son propre prédateur. En somme, Dernier Train pour Busan nous prouve que le cinéma de genre est encore bien vivace en Asie, ce qui n'est pas pour nous déplaire. Il nous livre un spectacle saisissant et divertissant, bien incarné et finement rythmé. On espère surtout que la popularité en salle de ce film grand public motivera les distributeurs français à faire découvrir les films d'animation du réalisateur coréen : The King of Pigs , The Fake et Seoul Station.


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