Sparrows (Sparrows / Serçeler)

Par Cinealain

Date de sortie 13 juillet 2016


Réalisé par Rúnar Rúnarsson


Avec Atli Oskar Fjalarsson, Ingvar Eggert Sigurðsson, Nanna Kristín Magnúsdóttir,

Rade Serbedzija, Kristbjörg Kjeld, Pálmi Gestsson

Titre original Sparrows / Serçeler


Genre Drame

Production Islandaise, Danoise, Croate

Synopsis
 

Ari (Atli Oskar Fjalarsson), 16 ans, vit avec sa mère à Reykjavik lorsqu’il doit soudain retourner vivre chez son père Gunnar (Ingvar Eggert Sigurðsson), dans la région isolée des fjords, aussi splendide qu’anxiogène, au nord-ouest de l’Islande.

Sa mère, pour des raisons inconnues, est partie vivre en Afrique avec son nouveau mari.

Sa relation avec son père n’est pas des plus faciles et ses amis d’enfance semblent avoir bien changé.

C’est dans cette situation difficile à laquelle il ne peut échapper qu’Ari devra s’imposer pour trouver sa voie.

Né à Reykjavik en Islande en 1977 Rúnar Rúnarsson a vécu au Danemark pendant 7 ans, où il est sorti diplômé de la Danish Film School en 2009. Nommé pour un Oscar en 2006, pour la Palme d'Or et pour les European Films Awards en 2008, il est certainement le réalisateur de court métrages le plus acclamé dans le monde, avec plus de 90 prix internationaux.


Rúnar Rúnarsson est retourné en Islande pour tourner Volcano, son premier long métrage, présenté à la Quinzaine des réalisateurs de Cannes en 2011.

Sparrows son second long métrage tourné également en Islande, a obtenu de multiples prix (San Sébastian, Les Arcs, Goteborg, Sao Paulo…) depuis sa première mondiale au festival de Toronto en septembre 2015.

Après Volcano, découverte de la Quinzaine des réalisateurs cannoise 2011, Rúnar Rúnarsson confirme tout son potentiel avec Sparrows, vainqueur cette année à San Sebastian et présenté en compétition au 7ème Festival de Cinéma Européen des Arcs, un événement où le cinéaste islandais a ses habitudes puisque son film y avait été sélectionné au Village des Coproductions et au Work-in-Progress l'an passé.

Sparrows a été tourné en 2014 en Islande, dans la région de Westfjords, en particulier les villages de pêcheurs de Flateyri et Isafjordur.

Interview avec le réalisateur réalisé par Fabien Lemercier
au Festival de Cinéma Européen des Arcs 2016 pour Cineuropa.

Quels thèmes vouliez-vous aborder dans Sparrows ?


Trop de films ne sont construits que pour raconter une seule chose et quelquefois ils prétendent même détenir la vérité comme si c'étaient des histoires de la Bible. Je n'aime pas ça et je veux que mes films soient plus vastes. Bien sûr, Sparrows traite du passage à l'âge adulte d'un jeune homme traversant une période de transition, mais le film parle aussi des relations père-fils, d'intégration, de retour aux sources, de masculinité, d'amour, de perte et de pardon. J'aime travailler avec beaucoup d’éléments car la vie est plus complexe qu'une seule morale en 90 minutes. La vie n'est pas noire ou blanche, elle est grise avec une échelle de nuances de gris. C'est la réalité et je veux que le public la perçoive. Ensuite, c'est un film, donc il faut que ce soit visuel et narratif. Et comme je me suis aperçu que les spectateurs aiment identifier le genre précis des films, avec mon équipe, nous définissions ce que nous faisons comme du réalisme poétique. Car il est important d'avoir de la beauté et de l'esthétique.

Sans être ultra-sombre, l'univers de Sparrows est très rude. Est-ce votre vision de la vie ?


Il faut prendre conscience qu'il y a des obstacles à franchir tout au long de la vie, que de petits et des grands drames surviendront forcément. Mais il faut surligner les bonnes choses. Et si dans mon film, il y a un ou deux événements qu'on peut trouver choquants, mon intention n'est pas de choquer gratuitement, mais que l'on ressente la beauté qui succède à cette laideur. C'est une erreur de laisser le spectateur penser que tout est lumineux et bon comme on le fait dans les productions hollywoodiennes ou que l'existence est un enfer sans espoir comme dans certains films art et essai. Aucune des deux options n'est juste car dans la vie, quand on tombe, on se relève et le soleil brille de nouveau. Il y a toujours de l'espoir, on ne doit jamais abandonner.

Le décor joue un rôle très important dans la grande qualité générale de votre film, notamment grâce à des cadres très beaux.


Quand j'écris, je pense aussi au financement et je veille à ne pas me lancer dans des choses que je ne pourrais pas m'offrir. J'essaye toujours de tirer le meilleur parti de possibilités existantes. Au lycée, j'avais deux amis originaires de cette ville où nous avons tourné, donc je connaissais très bien cette région et je savais que je pourrais raconter cette histoire avec beaucoup de décors différents dans une zone géographique réduite, que je pourrais utiliser des maisons abandonnées, changer facilement le plan de travail en cas de modification de la météo, loger aisément toute l'équipe, etc. C'est essentiel de très bien se préparer pour pouvoir prendre les meilleures décisions quand des imprévus surviennent durant le tournage. On peut alors improviser, profiter par exemple d'une très belle lumière qui surgit pour tourner une scène qui n'existait pas sur le papier. C'est pour cela que j'essaye de toujours avoir le même cadre dans un décor donné, pour éventuellement pouvoir insérer des scènes improvisées.

Avez-vous une méthode de tournage particulière ?


J'ai rencontré la plupart de mes collaborateurs, en particulier mon monteur et mon directeur de la photographie, à l'école de cinéma au Danemark. Nous avons travaillé sur beaucoup de projets et nous avons créé ensemble notre propre style, notamment avec le tempo des scènes qui correspond au réalisme que nous visons. Nous ne coupons pas et nous utilisons assez souvent ce qui est filmé après la prise. Par ailleurs, même si je n'avais pas les moyens d'avoir du 35 mm, Sparrows est tourné en Super 16 car il n'y a rien de mieux que la pellicule en termes de délicatesse. Nous vivons dans un monde d'écrans haute définition qui nous bombardent de contrastes affreux et quand on regarde un film tourné en pellicule dans de bonnes conditions, on retrouve du vrai cinéma. Et cela revenait même moins cher de tourner en Super 16 qu'en numérique !

Comment voyez-vous la suite de votre carrière ? Êtes-vous lié indissolublement à l'Islande ?


L'Islande est un petit pays et j'ai toujours coproduit mes films avec le Danemark, où j'ai vécu huit ans, et j'ai été soutenu par les fonds des deux pays. Peut-être que mon prochain film aura pour cadre le Danemark, ce serait finalement une étape assez logique. Je suis aussi à l'aise avec la langue anglaise, mais je n'irai jamais travailler dans un endroit dont je ne connais rien. Je dois vivre et respirer l'atmosphère, expérimenter l'environnement pour pouvoir en faire le portrait : cela fait partie de mon processus d'écriture. Et c'est important pour moi de travailler avec des gens en qui j'ai confiance, d'avoir toute la liberté artistique possible et le contrôle sur le processus de fabrication de mes films. Car les décisions qui ne semblent que des questions pratiques sont en réalité des décisions artistiques.

Interview de Atli Oskar Fjalarsson réalisé par Lisa Braamt - Berlinale 2016.

À 12 ans, Atli Oskar Fjalarsson prête sa voix aux personnages de BD et pose ainsi ses jalons pour sa future carrière. Deux ans plus tard, il joue dans 2 Birds, court métrage primé de Rúnar Rúnarsson. S'ensuivent d'autres rôles dans des films et des shows télévisés. Enfin, il retravaille avec le réalisateur et scénariste islandais Rùnar Rúnarsson, pour Sparrows, une production qui a été récompensée lors du dernier festival du film de Toronto et dans laquelle Atli joue le rôle d'un adolescent effrayé. La Berlinale 2016 est une première pour lui dans la capitale allemande.


Quelle impression cela fait-il de se retrouver au milieu de la Berlinale Shooting Star présentée cette année ?

C'est toujours un grand honneur d'être récompensé et c'est toujours sympa quand quelqu'un vous met une tape sur l'épaule et vous dit "Bien joué !" J'imagine que tout le monde aspire à cette reconnaissance.

Quelques mots sur toi et ta carrière actuelle ?


À 16 ans, j'ai obtenu mon premier rôle et depuis ce temps, je n'ai pas cessé de travailler en Islande. Récemment, je suis parti à Los Angeles pour étudier la comédie.

A quelle école es-tu et quelles ont été tes motivations?


J'ai choisi de suivre un programme universitaire sur trois ans à la New York Film Academy. J'ai toujours voulu apprendre, comment on joue réellement la comédie. Certes, j'ai un don naturel pour cet art, mais j'ai toujours souhaité savoir ce qu'il y avait derrière tout ça, en découvrir davantage sur les pères fondateurs de la comédie et comment ils ont trouvé leurs rituels. Comment on se prépare, comment on peut démonter un scénario. C'est tout cela que je souhaite véritablement apprendre. Cela fait maintenant un an et demi que je suis à Los Angeles.

Tu veux donc conquérir Hollywood, est-ce que c'est un objectif que tu t'es fixé ?


Les États-Unis me fascinent depuis toujours. J'ai postulé à la fois pour New York et Los Angeles et lorsque l'on m'a pris à LA, je m'y suis installé. Je ne regrette absolument pas, c'est une ville fantastique. J'adore vraiment cet endroit, il y fait toujours beau. C'est magnifique.

Selon toi, qu'est-ce qui différencie l'Islande de Los Angeles, c'est à dire l'Europe des USA? En termes de comédie et de fonctionnement ?


Le fonctionnement est sensiblement le même. Les méthodes sont similaires. La comédie et le cinéma parlent une langue universelle. Tu vas sur le plateau et là peu importe qu'il s'agisse d'un petit film d'art et d'essai en Islande ou bien d'une super production hollywoodienne. Les méthodes et la manière dont le film est tourné sont les mêmes. C'est essentiellement pareil, même si l'on utilise d'autres termes et que l'on parle dans d'autres langues. J'adore travailler en Islande, tout le monde est très proche et forme une vraie famille.

Un acteur préféré ?


Depuis tout petit, j'admire Tom Hanks. J'adore tout ce qu'il fait. Forrest Gump naturellement. Cloud Atlas est sans conteste mon film préféré. Bien sûr, il y a aussi des acteurs islandais que j'apprécie beaucoup. Ingvar Eggert Sigurosson, qui a joué le rôle de mon père dans Sparrows. Petit, je l'ai souvent aperçu dans des films et pouvoir jouer un rôle à ses côtés est un rêve devenu réalité. Cela a clairement été un des grands moments de ma carrière actuelle.

Est-ce qu'il y a d'autres réalisateurs ou acteurs islandais qu'il faut connaître ?


Grímur Hákonarson est un réalisateur incroyable et également un de mes amis. Je citerais également Rúnar Rúnarsson. Il y a beaucoup de bons réalisateurs islandais, également beaucoup de jeunes talents en herbe.


Ta conception du malheur ?


Pour ma part, le malheur se manifeste dans la solitude. Celle-ci peut avoir de nombreux visages. On peut se trouver au milieu d'une foule de gens et se sentir seul pour autant. Voilà ce qu'est le malheur selon moi. Je crois aussi que nous devons commencer à traiter les dépressions différemment. Particulièrement lorsqu'il s'agit d'hommes et de jeunes hommes, lorsqu'ils se sentent perdus. La plupart du temps, ils n'arrivent pas à exprimer leurs sentiments. Un homme ne doit pas pleurer, autrement ce n'est pas un homme. Cette idée mène bien souvent à l'isolement.

Et ta conception du bonheur ?


Dans les moments où je me sens le plus heureux, je ne pense pas au bonheur. Je crois que le sentiment d'être heureux ou le bonheur est un oxymore. J'ai le sentiment que nous y pensons uniquement lorsque l'on se sent triste. C'est dans ces moments là que nous recherchons le bonheur. Lorsque l'on est vraiment heureux, on ne prend pas conscience de tout ça et on ne réfléchit pas, on vit simplement sa vie sans s'arrêter, en toute quiétude.

Mon opinion

Attiré pas les critiques dithyrambiques de la presse, qui saluent ce film récompensé dans quantités de festivals, j'avoue avoir été passablement déçu par ce long-métrage sans aucune originalité et d'une platitude quasi ennuyeuse.

Le scénario "traite du passage à l'âge adulte d'un jeune homme traversant une période de transition, mais le film parle aussi des relations père-fils, d'intégration, de retour aux sources, de masculinité, d'amour, de perte et de pardon", a déclaré Rúnar Rúnarsson. Rien de très nouveau.

À l'exception de la toute fin du film, qui réserve une belle surprise, la mise en scène très classique est plombée par trop de longueurs. Tourné en Super 16, pendant cette période des nuits dites blanches, la photographie est à la fois belle, floue et très pâle. Elle tente de magnifier ces immensités désertes tout en restant anxiogène, étouffante, sans horizons.

Selon le réalisateur "La vie n'est pas noire ou blanche, elle est grise avec une échelle de nuances de gris". Un peu comme ce film au titre énigmatique de Sparrows. Peut-être en référence au principal protagoniste qui, de jeune adolescent, devra prendre son envol pour devenir un homme.